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" Page mise à jour le 22 février 2010
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DU MERCREDI 15 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 18 SEPTEMBRE (18 H) 2010



UNE NORMANDIE SENSIBLE : REGARDS CROISÉS

DE GÉOGRAPHES ET DE PLASTICIENS


DIRECTION : Sylvain ALLEMAND, Francine BEST, Monique FRÉMONT

Avec la participation d'Armand FRÉMONT

ARGUMENT :

Si la Normandie a nourri l’inspiration des peintres et plasticiens, notamment ceux qu’on a regroupé sous le titre d’impressionnisme, elle a aussi fait l’objet d’une attention de la part de scientifiques (en particulier de géographes et d’historiens) qui décrivent, interprètent une région, façonnée entre terre et mer, largement ouverte sur la baie de Seine, accrochée à la fois aux grandes plaines du Bassin parisien et aux collines du massif armoricain, où vivent  des paysans, des marins, des bourgeois, des clercs, des artistes, des notables et des prolétaires... Composée d’une grande diversité de paysages, de bourgs et de villes, elle forme, dans sa diversité, une certaine unité née de l’histoire, de la culture, des usages, des activités agricoles et industrielles, des échanges économiques.

Ce colloque s’inscrit dans le festival Normandie impressionniste initié par les deux régions normandes. Il proposera, en fin de saison, une réflexion sur la manière dont les artistes et les géographes regardent une région, apprécient les paysages, observent leurs transformations, et s’interrogera sur les complémentarités éventuelles de ces approches pour comprendre ce qui fait la permanence, mais aussi le changement, des "espaces vécus" et leur appropriation par les populations qui les habitent ou les parcourent.

L’angle choisi est suggéré par l’ouvrage récent d’Armand Frémont, "Normandie sensible", qui offre un triple cheminement: le parcours du professionnel (ayant fait de la Normandie le laboratoire de ses recherches géographiques); l’itinéraire d’un Normand (dont la famille a parcouru la région du Mortainais jusqu’au Havre, en passant par Caen pour aboutir à Francheville) ; la promenade littéraire et artistique d’un amateur (qui ouvre avec Impression, soleil levant de Claude Monet, son regard sur "Le Havre, le port, la lumière et ses ombres").

Mais au-delà de l’impressionnisme et de la Normandie, le colloque sollicitera également des artistes classés des mouvements autres, jusqu’aux plus contemporains, et des géographes qui ont étudié selon des perspectives semblables d’autres territoires.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 15 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 16 septembre
Matin:
Pourquoi rapprocher la géographie et les arts plastiques?, deux conférences en regards croisés (animation: Francine BEST)
Sylvain ALLEMAND, Francine BEST & Monique FRÉMONT: Ouverture
Alain TAPIÉ: Physique de la nature, physique de la peinture
Françoise PÉRON: Le paysage, le peintre et le géographe

Après-midi:
Vernissage de l'exposition de photos de Christian MALON

Les hybrides à double affinité (témoignages, pratiques, analyses) (animation: Sylvain ALLEMAND)
Georges AMAR (ingénieur-poète, peintre, géopoéticien)
Madeleine BROCARD (géographe) et Alain BROCARD (architecte-urbaniste)
Nicole MATHIEU (géographe) et Maurice MATIEU (artiste peintre): Habiter La Rayrie (Manche): au croisement de deux sensibilités
Françoise PÉRON (géographe) et Yves-Marie PÉRON (peintre)

Soirée:
Lectures de textes d'Armand FRÉMONT (Normandie sensible) et de romans policiers de Michel BUSSI


Vendredi 17 septembre
Matin:
Deux dialogues, animés par Francine BEST
- Falaise du pays de Caux: Armand FRÉMONT (géographe) et Anne-Marie BERGERET (conservateur des musées d'Honfleur)
- Un peintre, un géographe: influences, voisinages, héritages: Jacques DESCHAMPS (peintre) et Pascal BULÉON (géographe)

Après-midi:
Visite au Musée des Beaux-Arts et au Musée ethnographique du Bocage (Saint-Lô) de l'exposition: Sur les pas de Corot et Millet : de l’époque impressionniste à la Normandie contemporaine (Jean-Luc DUFRESNE et Christian MALON)


Samedi 18 septembre
Matin:
Les lieux du géographe et du peintre, le risque du régionalisme et du localisme? (animation: Hélène WAYSBORD-LOING)
Francis BEAUCIRE: La Normandie de Paul Vidal de la Blache
Pierre BRUNET: Les peintres ont-ils contribué à la connaissance des paysages bas-normands?

Après-midi:
Table ronde de géographes et des conservateurs de musées, animée par Sylvain ALLEMAND et Francine BEST
- des géographes très divers parlent de leur expérience: Arnaud BRENNETOT, Michel BUSSI, Yves GUERMOND et Hervé GUMUCHIAN
- des conservateurs parlent de leurs désirs de géographie: Françoise LATY (musée Quesnel-Morinière de Coutances), Louise LE GALL (musée Thomas Henry, Cherbourg) et Patrick RAMADE (musée des Beaux-Arts de Caen)
- conclusions: Anne-Marie FIXOT et François SOLIGNAC LECOMTE

Clôture, avec des responsables du Festival Normandie Impressionniste et des élus normands

DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Madeleine BROCARD
(géographe) et Alain BROCARD (architecte-urbaniste)
La comparaison entre les approches des architectes, des géographes et des urbanistes (qui peuvent relever aussi d'autres approches comme celles des ingénieurs, des économistes, des juristes, etc.) peut se faire, d'une part, à travers les échelles privilégiées d'intervention et les relations entre ces échelles, et, d'autre part, en référence aux finalités des uns ou des autres dans leur approche des territoires. Ils ont en commun le repérage de sites "sensibles" pour en assurer leur mise en valeur, de la variété et de l'homogénéité des paysages pour éviter les processus de mitage. Les architectes privilégient une approche qualitative et créative du bâti, de l'insertion d'une construction dans son environnement immédiat. Les géographes tentent de comprendre selon une approche "objective" ce que disent les lieux des pratiques des habitants, de repérer les itinéraires privilégiés par les uns ou les autres.

Pierre BRUNET: Les peintres ont-ils contribué à la connaissance des paysages bas-normands?

Les peintres des deux derniers siècles ont laissé des centaines de tabeaux de paysages. Mais la carte de la localisation de ces œuvres montre une répartition très sélective. Si les littoraux de l'estuaire de la Seine, du Cotentin, du Bessin, de la baie du Mont Saint Michel, les gorges de la Sarthe et la Suisse normande ont été beaucoup représentés, les plaines ont été négligées et les bocages, le Perche ou le Pays d'Ouche ignorés. Les paysages de bocage qui couvrent les trois quarts de la Normandie ont été boudés. Au-delà de la conclusion que les peintres n'ont pas illustré la variété de nos paysages, on peut s'interroger sur les raisons d'un tel choix. La facilité des communications, surtout au début du XIXe siècle a avantagé certaines régions pour les peintres horsains. Les courants touristiques ont drainé vers les côtes. Quelques foyers culturels locaux — Cherbourg, Alençon — ont rassemblé des artistes, comme le hasard de certaines relations sociales. Mais parmi les caractères qui définissent ces scènes paysagères, la profondeur du champ de vision à travers la mer ou le ciel a certainement exercé une grande attraction. Malgré leur panorama incomplet des paysages et l'originalité de chacune, ces œuvres aident à lire les traits caractéristiques des tableaux que la nature et les hommes ont réalisés.

Références bibliographiques :

P. BRUNET (avec P. GIRARDIN): Inventaire régional des paysages de Basse-Normandie, Conseil régional et DIREN de Basse-Normandie, 2004, 2 volumes, 871 p.
P. BRUNET
et A. CATHALA: Recensement des œuvres picturales représentant les paysages de Basse-Normandie, Caen, 1999, 121 p.
P. BRUNET (dir): L'Atlas des paysages ruraux de France, Paris, 1992, 200 p.
P. BRUNET: Les paysages du Pays d'Auge. Le Pays d'Auge, S6, 2006, fasc.5, p 4-11 et 14 -33


Jean-Luc DUFRESNE
: "Sur les pas de Corot et de Millet de l'époque impressionniste à la Normandie contemporaine"
(musée des Beaux Arts et musée ethnographique du Bocage à Saint-Lô)
Une double exposition autour de la question du lien entre le "genius loci", la permanence du motif et l'influence des artistes à travers le temps!
A/ Corot et la Normandie
Les œuvres de Corot sont mises en rapport avec la collection de peintures de paysage du musée qui comporte deux importants Corot, le plus célèbre étant "Homère et les bergers", peint pour le salon de 1845 et donné par Corot à la ville de Saint-Lô vers 1864. Parmi les oeuvres représentant la Normandie, une place centrale est tenue par la "Vue générale de Saint-Lô", peinte par Corot vers 1835 pendant un des nombreux séjours de Corot à Saint-Lô (prêt du musée du Louvre).
Des œuvres réalisées sur les mêmes sites que Corot par des peintres dessinateurs et graveurs montrent l'évolution des styles face aux motifs.
B/ Sur les pas de Millet et le motif rural (XIXe/XXIe siècle)
Exposition complétée par une partie en plein air sur le site du musée du Bocage. Comme pour Corot, on part de la connaissance du motif par  l'artiste de référence.
Millet est le peintre référence de la vie rurale, il a vécu en paysan normand et l'on souligne la qualité de son graphisme saisissant l’instantané d'une manière que seul Degas égalera... On groupe un ensemble de dessins et gravures de Millet autour de ce motif (prêts de la maison Millet à Gréville, du musée de Cherbourg et du musée d'Orsay...).
Section montrant les dérivés et les successeurs sur le motif paysan. Vaste développement formant une exposition autonome autour du geste paysan. La permanence et l’évolution des gestes est illustrée en priorité à travers un vaste choix des photographies de Christian Malon prises en Normandie et parfois en Auvergne des années 1960 aux années 2000. Christian Malon est avec Depardon, le réfèrent pour la vision de la fin du monde paysan, il est l’auteur d'une dizaine d'ouvrages.

Yves GUERMOND: L'analyse spatiale: une géographie insensible?

Bien qu’ayant toujours affirmé que le paysage n’était qu’un modèle parmi d’autres, résultat d’une sélection inavouée parmi les éléments qui constituent la réalité, et qu’il existait une illusion littéraire comme il existait une illusion mathématique, je ne voudrais pas être pris pour un "géographe insensible". Armand Frémont montre lui-même comment, à partir d’un socle de connaissances denses et supposées objectives, se fait le passage vers un enrichissement par la recherche d’autres rapports. Ce qu’il y a de sensible dans la connaissance fournit en effet des intuitions empiriques sur les situations géographiques, dépassant les simples traits extérieurs qui caractérisent les objets, par exemple la notion d’identité territoriale, malheureusement souvent instrumentalisée ensuite. Mais à ce jugement de connaissance se superpose vite un jugement esthétique, qui dépend de l’auteur lui-même. L’émotion esthétique peut alors infléchir les jugements en survalorisant certaines données: "pour rendre la Normandie maritime", écrit Armand Frémont, "j’ai choisi les peintres "... Il reste, comme il l’écrit aussi, que " tout bon géographe, qu’il le cache ou non, possède cette aptitude à s’émouvoir du fait même de cette sensation de la connaissance qui fait cligner l’œil d’émotion".

Christian MALON

Les raisons de ma participation sont doubles: premièrement, j’ai eu le plaisir d’illustrer l’ouvrage d’Armand Frémont: "Normandie sensible". Secondement, je prépare, pour le mois de juin, un ouvrage, auquel participe Armand Frémont,  et une exposition intitulés "Sur les pas de Jean-François Millet,…photographies de Christian Malon".
Les participants au colloque pourra voir l’exposition (présentée à Saint-Lô jusqu’en octobre 2010). En outre, une exposition d’une trentaine de photos sera présentée à Cerisy pendant la durée de la rencontre. Dans la tradition des photographes humanistes français, j’ai pendant près de quarante ans photographié les paysages et les paysans normands. A la recherche des lumières  rasantes que le noir et blanc impose à son auteur.

Nicole MATHIEU
& Maurice MATIEU: Habiter La Rayrie (Manche): au croisement de deux sensibilités
Que dire sur la Normandie sensible? Comment entrer en dialogue avec Armand Frémont quand, habitant le canton de Gavray depuis plus de quinze ans, Maurice Matieu, l’artiste peintre, comme Nicole Mathieu l’historienne devenue géographe, sont encore des horsains pour ceux d’ici? D’autant que ni l’un ni l’autre ne veulent appartenir à aucun lieu, ont le goût de faire de tout lieu une "maison monde". C’est donc un double dialogue qui organisera notre contribution:
Le premier, plutôt géographique, croisera deux manières de regarder la Normandie en interrogeant la différence de sensibilité aux lieux que recouvrent les concepts d’"espace vécu" et de "mode d’habiter". Le canton de Gavray est, pour Nicole Mathieu, le terrain de recherche laboratoire où elle met à l’épreuve le concept de "mode d’habiter". Maurice Matieu qui, en peinture, réfléchit sur l’espace et rejette le paysage introduit quand il peint L’indifférence au politique ou La Banalité du massacre des paysages d’ici: les bouchots, la mer et les arbres des haies.
Le deuxième confrontera au sens propre les deux sensibilités: le mode d’habiter de plasticien — et masculin — au mode d’habiter féminin — et de chercheur —. Deux portraits de milieux cohabités (depuis la Rayrie les lieux de mobilité et de stabilité dans tous leurs états), deux portraits de personnes habitantes dont les rapports à la nature, au travail, au domestique et à l’être ensemble révèlent deux sensibilités aux lieux et aux gens, deux modes d’habiter par les sens, les pratiques et les représentations ou les cultures de la nature.

Références bibliographiques :

Maurice Matieu, 2009, Autobiographie par la forme, Actes Sud.
Matieu, M., Mathieu, N., 2008, "Maurice Matieu : Inventer un rapport entre peinture, mathématiques et politique ? Propos recueillis par Nicole Mathieu", Natures Sciences Sociétés, n°1, vol 16, pp. 52-56.
Mathieu, N., 2006, "Repenser les modes d’habiter pour retrouver l’esprit des lieux", Genius loci face à la mondialisation, Les nouveaux cahiers franco-polonais, n°6, pp. 33-46
Mathieu, N., 2007, "L’évolution des modes d’habiter : un révélateur des mutations des sociétés urbaines et rurales". Introduction, in Luginbühl, Y., (dir.), Nouvelles ruralités, nouvelles ruralités en Europe, Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, Peter Lang, pp. 25-45.
Mathieu, N., 2007, "Le lien des agriculteurs aux lieux et aux autres habitants : une évolution majeure à observer", Economie Rurale, 300, pp. 129-133.
Mathieu, N., 2008, "Qui donc est "étranger" en milieu rural ? Pour qui et pour combien de temps ?", in Les étrangers dans les campagnes, Actes du colloque franco-britannique de géographie rurale, Vichy – 18 et 19 mai 2006, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, Ceramac 25, pp. 17-36.
Mathieu, N., 2008. "L’utopie féminine : faire de tous les lieux une maison", Ecologie et Politique, décembre, n°37 « L’avenir est  déjà parmi nous », pp. 93-101.
Mathieu, N., 2009. "Le village comme récit de soi", Les dossiers de demain, mai 2009 – n°7, Agence d’urbanisme de la Région grenobloise (n° spécial Villages cherchent visages), pp. 27-29.
Chambron, N., Mathieu, N., 2009, "Les immigrés en Basse-Normandie : enquête en milieu rural bas-normand", Normandie 2010, 13, octobre 2009 (http://www.normandie2010.org).
Mathieu, N. Constructing an interdisciplinary concept of sustainable urban milieu, 29 October 2009, paper presented in the 2009 Compass Interdisciplinary Virtual Conference, 15 p. (http://www.blackwell publishingsurvey.com/survey/149278/29a8), comments by J. Salomon.

Françoise PÉRON: Le paysage, le peintre et le géographe

L'alchimie de la création paysagère qui s'est opérée le plus fortement peut-être en Occident entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle, est d'abord affaire de regards. Le mot paysage a donc, à ce moment-là, servi à qualifier des manières de voir et non des manières de faire. Dans cette logique, ce sont les peintres, à travers leur sensibilité, et les géographes, à travers leur science, qui ont donné à cette notion ses principales significations. Mais malgré les apparences et les affirmations, les deux approches sont-elles si radicalement opposées? N'est-ce pas le "paysage" lui-même qui rapproche ces deux inventeurs de la réalité? Dans le paysage, l'un comme l'autre se sent libre, heureux. Et ce bonheur pour mieux le ressentir, il faut le travailler, il faut le dire, il faut se mettre à l'ouvrage au moyen de ses pinceaux comme au moyen de l'analyse géographique. Le paysage, en train d'advenir par leur volonté, procure à tous deux, de l'émotion, stimule leur imaginaire et leur offre, l'espace d'un fugitif instant, le sentiment de l'émancipation par rapport à la pesanteur des choses imposées. Aujourd'hui, le paysage in situ n'est plus considéré que comme un objet précieux hérité d'un long passé, qui se défait chaque jour davantage. Quel rôle le géographe et l'artiste peuvent-ils jouer pour reconcilier la réalité brute et les hommes, par l'invention de nouvelles visions paysagères? N'est-ce pas dans "l'au-delà" du paysage des poètes qu'il faut désormais se mettre en quête de nouvelles sources d'inspiration, de nouvelles méthodes d'analyse qui ne disséqueraient pas sèchement la réalité spatiale, mais au contraire lui restitueraient des lieux, de la profondeur, de l'humanité.


Colloque organisé dans le cadre du Festival Normandie impressionniste 2010





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