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DU MERCREDI 15 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 18 SEPTEMBRE (18 H) 2010



UNE NORMANDIE SENSIBLE : REGARDS CROISÉS

DE GÉOGRAPHES ET DE PLASTICIENS


DIRECTION : Sylvain ALLEMAND, Francine BEST, Monique FRÉMONT

Avec la participation d'Armand FRÉMONT

ARGUMENT :

Si la Normandie a nourri l’inspiration des peintres et plasticiens, notamment ceux qu’on a regroupé sous le titre d’impressionnisme, elle a aussi fait l’objet d’une attention de la part de scientifiques (en particulier de géographes et d’historiens) qui décrivent, interprètent une région, façonnée entre terre et mer, largement ouverte sur la baie de Seine, accrochée à la fois aux grandes plaines du Bassin parisien et aux collines du massif armoricain, où vivent  des paysans, des marins, des bourgeois, des clercs, des artistes, des notables et des prolétaires... Composée d’une grande diversité de paysages, de bourgs et de villes, elle forme, dans sa diversité, une certaine unité née de l’histoire, de la culture, des usages, des activités agricoles et industrielles, des échanges économiques.

Ce colloque s’inscrit dans le festival Normandie impressionniste initié par les deux régions normandes. Il proposera, en fin de saison, une réflexion sur la manière dont les artistes et les géographes regardent une région, apprécient les paysages, observent leurs transformations, et s’interrogera sur les complémentarités éventuelles de ces approches pour comprendre ce qui fait la permanence, mais aussi le changement, des "espaces vécus" et leur appropriation par les populations qui les habitent ou les parcourent.

L’angle choisi est suggéré par l’ouvrage récent d’Armand Frémont, "Normandie sensible", qui offre un triple cheminement: le parcours du professionnel (ayant fait de la Normandie le laboratoire de ses recherches géographiques); l’itinéraire d’un Normand (dont la famille a parcouru la région du Mortainais jusqu’au Havre, en passant par Caen pour aboutir à Francheville) ; la promenade littéraire et artistique d’un amateur (qui ouvre avec Impression, soleil levant de Claude Monet, son regard sur "Le Havre, le port, la lumière et ses ombres").

Mais au-delà de l’impressionnisme et de la Normandie, le colloque sollicitera également des artistes classés des mouvements autres, jusqu’aux plus contemporains, et des géographes qui ont étudié selon des perspectives semblables d’autres territoires.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 15 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 16 septembre
Matin:
Pourquoi rapprocher la géographie et les arts plastiques?, deux conférences en regards croisés (animation: Francine BEST)
Monique FRÉMONT, Francine BEST & Sylvain ALLEMAND: Ouverture
Alain TAPIÉ: Physique de la nature, physique de la peinture
Françoise PÉRON: Le paysage, le peintre et le géographe

Après-midi:
Vernissage de l'exposition de photos de Christian MALON

Les hybrides à double affinité (témoignages, pratiques, analyses) (animation: Sylvain ALLEMAND)
Françoise PÉRON (géographe) et Yves-Marie PÉRON (peintre)
Madeleine BROCARD (géographe) et Alain BROCARD (architecte-urbaniste)
Georges AMAR (ingénieur-poète, peintre, géopoéticien)
Jean-Pierre FRUIT (géographe-peintre)
Nicole MATHIEU (géographe) et MATIEU (artiste peintre): Habiter La Rayrie (Manche): au croisement de deux sensibilités
Accueil à la Rayrie et présentation de peintures de Matieu

Soirée:
Lectures de textes choisis d'Armand FRÉMONT (Normandie sensible) par la "Compagnie du Grain de sable", et de romans policiers de Michel BUSSI


Vendredi 17 septembre
Matin:
Deux dialogues, animés par Francine BEST
- Falaise du pays de Caux : Armand FRÉMONT (géographe) et Anne-Marie BERGERET (conservateur des musées d'Honfleur) [voir enregistrement vidéo]
- Un peintre, un géographe: influences, voisinages, héritages : Jacques DESCHAMPS (peintre) et Pascal BULÉON (géographe) [voir enregistrement vidéo]

Après-midi:
Visite au Musée des Beaux-Arts et au Musée ethnographique du Bocage normand (Saint-Lô) de l'exposition: Sur les pas de Corot et Millet : de l’époque impressionniste à la Normandie contemporaine (Jean-Luc DUFRESNE, Christian MALON, Françoise HERMAN, Hubert GODEFROY)

Soirée:
Sophie de PAILLETTE: Un "portrait identitaire" pour saisir la Normandie sensible


Samedi 18 septembre
Matin:
Les lieux du géographe et du peintre, le risque du régionalisme et du localisme? (animation: Hélène WAYSBORD-LOING)
Roland COURTOT: Entre croquis et dessins de carnets de route, visions de géographes
Pierre BRUNET: Les peintres ont-ils contribué à la connaissance des paysages bas-normands?

Après-midi:
Table ronde de géographes et de conservateurs de musées, animée par Sylvain ALLEMAND et Francine BEST
- des géographes très divers parlent de leur expérience: Arnaud BRENNETOT, Michel BUSSI et Yves GUERMOND
- des conservateurs parlent de leurs désirs de géographie: Françoise LATY (Coutances, Pays d'Art et d'Histoire), Louise LE GALL (musée Thomas Henry, Cherbourg) et Patrick RAMADE (musée des Beaux-Arts de Caen)

Conclusions: Anne-Marie FIXOT & Armand FRÉMONT

DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Arnaud BRENNETOT
La Normandie sensible qu'Armand Frémont nous propose rappelle que le contact avec les œuvres d'art invite à l'émerveillement géographique et enrichit notre condition d'habitant. La transfiguration esthétique des lieux à laquelle se livrent les artistes ouvre la voie à une appropriation hédoniste de l'espace. Cette expérience de la territorialité, à la fois intime et dialogique, ne doit pas masquer l'existence parallèle de normes collectives qui structurent les jugements de goût. La contemplation est rarement un acte isolé. Le partage des significations s'inscrit toujours dans un contexte culturel où la critique et la mode interfèrent avec nos propres critères d'appréciation des paysages. Il est exceptionnel que le plaisir individuel surgisse indépendamment des conditions sociales de la patrimonialisation des lieux. L'intervention d'acteurs collectifs, responsables, institutionnels, critiques, médias, publicitaires contribuent à ériger certaines formes en codes culturels et à les enraciner dans l'imaginaire collectif. Ainsi, la Normandie n'en finit pas d'apparaître comme un espace marqué par des stéréotypes pittoresques: la campagne verdoyante, la ruelle médiévale, la plage sublime... L'organisation d'événements culturels, dont l'enjeu est souvent autant politique que culturel, participe alors de leur perpétuation et de leur sacralisation. Dans le cas de "Normandie impressionniste", l'entreprise s'apparente à une opération de prestige qui répond à une ambition d'affirmation identitaire mais aussi à un souci de marketing territorial. Le recyclage commémoratif propre à ce genre de manifestations risque alors d'entrer en contradiction avec la quête d'imprévu à laquelle le poète se livre au cours de ses pérégrinations.

Madeleine BROCARD
(géographe) et Alain BROCARD (architecte-urbaniste)
La comparaison entre les approches des architectes, des géographes et des urbanistes (qui peuvent relever aussi d'autres approches comme celles des ingénieurs, des économistes, des juristes, etc.) peut se faire, d'une part, à travers les échelles privilégiées d'intervention et les relations entre ces échelles, et, d'autre part, en référence aux finalités des uns ou des autres dans leur approche des territoires. Ils ont en commun le repérage de sites "sensibles" pour en assurer leur mise en valeur, de la variété et de l'homogénéité des paysages pour éviter les processus de mitage. Les architectes privilégient une approche qualitative et créative du bâti, de l'insertion d'une construction dans son environnement immédiat. Les géographes tentent de comprendre selon une approche "objective" ce que disent les lieux des pratiques des habitants, de repérer les itinéraires privilégiés par les uns ou les autres.

Pierre BRUNET: Les peintres ont-ils contribué à la connaissance des paysages bas-normands?

Les peintres des deux derniers siècles ont laissé des centaines de tabeaux de paysages. Mais la carte de la localisation de ces œuvres montre une répartition très sélective. Si les littoraux de l'estuaire de la Seine, du Cotentin, du Bessin, de la baie du Mont Saint Michel, les gorges de la Sarthe et la Suisse normande ont été beaucoup représentés, les plaines ont été négligées et les bocages, le Perche ou le Pays d'Ouche ignorés. Les paysages de bocage qui couvrent les trois quarts de la Normandie ont été boudés. Au-delà de la conclusion que les peintres n'ont pas illustré la variété de nos paysages, on peut s'interroger sur les raisons d'un tel choix. La facilité des communications, surtout au début du XIXe siècle a avantagé certaines régions pour les peintres horsains. Les courants touristiques ont drainé vers les côtes. Quelques foyers culturels locaux — Cherbourg, Alençon — ont rassemblé des artistes, comme le hasard de certaines relations sociales. Mais parmi les caractères qui définissent ces scènes paysagères, la profondeur du champ de vision à travers la mer ou le ciel a certainement exercé une grande attraction. Malgré leur panorama incomplet des paysages et l'originalité de chacune, ces œuvres aident à lire les traits caractéristiques des tableaux que la nature et les hommes ont réalisés.

Références bibliographiques :

P. BRUNET (avec P. GIRARDIN): Inventaire régional des paysages de Basse-Normandie, Conseil régional et DIREN de Basse-Normandie, 2004, 2 volumes, 871 p.
P. BRUNET
et A. CATHALA: Recensement des œuvres picturales représentant les paysages de Basse-Normandie, Caen, 1999, 121 p.
P. BRUNET (dir): L'Atlas des paysages ruraux de France, Paris, 1992, 200 p.
P. BRUNET: Les paysages du Pays d'Auge. Le Pays d'Auge, S6, 2006, fasc.5, p 4-11 et 14 -33


Jean-Luc DUFRESNE
: "Sur les pas de Corot et de Millet de l'époque impressionniste à la Normandie contemporaine"
(musée des Beaux Arts et musée ethnographique du Bocage à Saint-Lô)
Une double exposition autour de la question du lien entre le "genius loci", la permanence du motif et l'influence des artistes à travers le temps!
A/ Corot et la Normandie
Les œuvres de Corot sont mises en rapport avec la collection de peintures de paysage du musée qui comporte deux importants Corot, le plus célèbre étant "Homère et les bergers", peint pour le salon de 1845 et donné par Corot à la ville de Saint-Lô vers 1864. Parmi les oeuvres représentant la Normandie, une place centrale est tenue par la "Vue générale de Saint-Lô", peinte par Corot vers 1835 pendant un des nombreux séjours de Corot à Saint-Lô (prêt du musée du Louvre).
Des œuvres réalisées sur les mêmes sites que Corot par des peintres dessinateurs et graveurs montrent l'évolution des styles face aux motifs.
B/ Sur les pas de Millet et le motif rural (XIXe/XXIe siècle)
Exposition complétée par une partie en plein air sur le site du musée du Bocage. Comme pour Corot, on part de la connaissance du motif par  l'artiste de référence.
Millet est le peintre référence de la vie rurale, il a vécu en paysan normand et l'on souligne la qualité de son graphisme saisissant l’instantané d'une manière que seul Degas égalera... On groupe un ensemble de dessins et gravures de Millet autour de ce motif (prêts de la maison Millet à Gréville, du musée de Cherbourg et du musée d'Orsay...).
Section montrant les dérivés et les successeurs sur le motif paysan. Vaste développement formant une exposition autonome autour du geste paysan. La permanence et l’évolution des gestes est illustrée en priorité à travers un vaste choix des photographies de Christian Malon prises en Normandie et parfois en Auvergne des années 1960 aux années 2000. Christian Malon est avec Depardon, le réfèrent pour la vision de la fin du monde paysan, il est l’auteur d'une dizaine d'ouvrages.

Jean-Pierre FRUIT (géographe-peintre)
On peut me considérer comme un "hybride à double affinité", à condition d'admettre que cette double affinité s'est déclinée dans la durée. Enseignant-chercheur en géographie à l'université de Rouen, puis à Paris 1-Panthéon-Sorbonne, j'ai pendant longtemps pratiqué le dessin et la peinture pendant mes loisirs, de façon classique, en traitant principalement du paysage. Mon entrée, en 1990, comme élève dans l'atelier de Denis Godefroy, à Rouen, a complètement transformé mon approche plastique en même temps qu'elle m'a convaincu que la peinture se placerait désormais au cœur de mes activités. Pendant une dizaine d'années, j'ai été à la fois géographe et plasticien, non sans déchirements. A partir de ma retraite de l'Education nationale, à la fin de 2001, j'ai assez rapidement tourné la page de la géographie pour me consacrer pleinement à mon métier d'artiste. Entré dans plusieurs associations, notamment à l'Union des Arts Plastiques de Saint-Etienne du Rouvray, j'ai participé à une centaine de salons et d'expositions collectives et présenté huit expositions personnelles. Mon hésitation quant à ma participation active à ce colloque  tient donc à ce que je ne me considère plus aujourd'hui comme pleinement géographe. Une autre raison tient à la nature de mon travail plastique qui ne traite qu'exceptionnellement du paysage et se situe plutôt dans une démarche proche de l'abstraction et du symbolisme, même si je puise souvent mon inspiration dans des éléments de la nature, notamment végétaux. Lorsque j'aborde des pratiques plus figuratives, je traite plutôt du portrait ou du corps. Enfin, je ne pense pas être directement influencé par la Normandie. D'origine parisienne, je suis installé à Rouen depuis longtemps. Cette ville est devenue la mienne et je l'apprécie beaucoup tant pour elle-même que pour son environnement rural et forestier. En élargissant, mon espace d'appartenance, vécu et sensible serait la vallée de la Seine, de Paris à la mer, plus que la Normandie dans son ensemble. N'est-ce pas également l'espace privilégié par les peintres impressionistes? Curieusement, la vallée de la Seine n'a pas été une source d'inspiration de mon travail plastique, mais il n'est pas impossible que je m'y ressource un jour.

Yves GUERMOND: L'analyse spatiale: une géographie insensible?

Bien qu’ayant toujours affirmé que le paysage n’était qu’un modèle parmi d’autres, résultat d’une sélection inavouée parmi les éléments qui constituent la réalité, et qu’il existait une illusion littéraire comme il existait une illusion mathématique, je ne voudrais pas être pris pour un "géographe insensible". Armand Frémont montre lui-même comment, à partir d’un socle de connaissances denses et supposées objectives, se fait le passage vers un enrichissement par la recherche d’autres rapports. Ce qu’il y a de sensible dans la connaissance fournit en effet des intuitions empiriques sur les situations géographiques, dépassant les simples traits extérieurs qui caractérisent les objets, par exemple la notion d’identité territoriale, malheureusement souvent instrumentalisée ensuite. Mais à ce jugement de connaissance se superpose vite un jugement esthétique, qui dépend de l’auteur lui-même. L’émotion esthétique peut alors infléchir les jugements en survalorisant certaines données: "pour rendre la Normandie maritime", écrit Armand Frémont, "j’ai choisi les peintres "... Il reste, comme il l’écrit aussi, que " tout bon géographe, qu’il le cache ou non, possède cette aptitude à s’émouvoir du fait même de cette sensation de la connaissance qui fait cligner l’œil d’émotion".

Louise LE GALL: Le musée ou la mise en exposition d'un territoire
La conservation des musées de Cherbourg-Octeville regroupe trois musées de nature différente: un musée de beaux-arts (musée d’art Thomas-Henry), un muséum d’histoire naturelle, d’archéologie et d’ethnographie (muséum Emmanuel Liais) et un musée d’histoire (musée de la Libération). Chacun entretient une relation intime avec son environnement d’implantation. Le musée d’art a mené, tout au long du XXe siècle, une politique active d’acquisition d’œuvres d’artistes normands représentant les paysages du Cotentin (Guillaume Fouace, Félix Buhot, Jean-François Millet). Le muséum retrace, au travers de son parcours, deux siècles d’exploration et d’étude du territoire environnant (spécimens de la faune et de la flore du Cotentin, objets issus de fouilles archéologiques). Le musée de la Libération, enfin, est situé dans l’ancien fort militaire du Roule, haut lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale, qui surplombe la ville à 117 mètres d’altitude. La mise en exposition des collections devient par là-même une mise en exposition symbolique d’un territoire. La sélection d’objets et d’œuvres présentés au public contribue à forger une identité spatiale locale — le conservateur ferait-il de la géographie sans le savoir?

Christian MALON

Les raisons de ma participation sont doubles: premièrement, j’ai eu le plaisir d’illustrer l’ouvrage d’Armand Frémont: "Normandie sensible". Secondement, je prépare, pour le mois de juin, un ouvrage, auquel participe Armand Frémont,  et une exposition intitulés "Sur les pas de Jean-François Millet,…photographies de Christian Malon".
Les participants au colloque pourra voir l’exposition (présentée à Saint-Lô jusqu’en octobre 2010). En outre, une exposition d’une trentaine de photos sera présentée à Cerisy pendant la durée de la rencontre. Dans la tradition des photographes humanistes français, j’ai pendant près de quarante ans photographié les paysages et les paysans normands. A la recherche des lumières  rasantes que le noir et blanc impose à son auteur.

Nicole MATHIEU
& MATIEU: Habiter La Rayrie (Manche): au croisement de deux sensibilités
Que dire sur la Normandie sensible? Comment entrer en dialogue avec Armand Frémont quand, habitant le canton de Gavray depuis plus de quinze ans, Maurice Matieu, l’artiste peintre, comme Nicole Mathieu l’historienne devenue géographe, sont encore des horsains pour ceux d’ici? D’autant que ni l’un ni l’autre ne veulent appartenir à aucun lieu, ont le goût de faire de tout lieu une "maison monde". C’est donc un double dialogue qui organisera notre contribution:
Le premier, plutôt géographique, croisera deux manières de regarder la Normandie en interrogeant la différence de sensibilité aux lieux que recouvrent les concepts d’"espace vécu" et de "mode d’habiter". Le canton de Gavray est, pour Nicole Mathieu, le terrain de recherche laboratoire où elle met à l’épreuve le concept de "mode d’habiter". Maurice Matieu qui, en peinture, réfléchit sur l’espace et rejette le paysage introduit quand il peint L’indifférence au politique ou La Banalité du massacre des paysages d’ici: les bouchots, la mer et les arbres des haies.
Le deuxième confrontera au sens propre les deux sensibilités: le mode d’habiter de plasticien — et masculin — au mode d’habiter féminin — et de chercheur —. Deux portraits de milieux cohabités (depuis la Rayrie les lieux de mobilité et de stabilité dans tous leurs états), deux portraits de personnes habitantes dont les rapports à la nature, au travail, au domestique et à l’être ensemble révèlent deux sensibilités aux lieux et aux gens, deux modes d’habiter par les sens, les pratiques et les représentations ou les cultures de la nature.

Références bibliographiques :

Maurice Matieu, 2009, Autobiographie par la forme, Actes Sud.
Matieu, M., Mathieu, N., 2008, "Maurice Matieu : Inventer un rapport entre peinture, mathématiques et politique ? Propos recueillis par Nicole Mathieu", Natures Sciences Sociétés, n°1, vol 16, pp. 52-56.
Mathieu, N., 2006, "Repenser les modes d’habiter pour retrouver l’esprit des lieux", Genius loci face à la mondialisation, Les nouveaux cahiers franco-polonais, n°6, pp. 33-46
Mathieu, N., 2007, "L’évolution des modes d’habiter : un révélateur des mutations des sociétés urbaines et rurales". Introduction, in Luginbühl, Y., (dir.), Nouvelles ruralités, nouvelles ruralités en Europe, Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, Peter Lang, pp. 25-45.
Mathieu, N., 2007, "Le lien des agriculteurs aux lieux et aux autres habitants : une évolution majeure à observer", Economie Rurale, 300, pp. 129-133.
Mathieu, N., 2008, "Qui donc est "étranger" en milieu rural ? Pour qui et pour combien de temps ?", in Les étrangers dans les campagnes, Actes du colloque franco-britannique de géographie rurale, Vichy – 18 et 19 mai 2006, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, Ceramac 25, pp. 17-36.
Mathieu, N., 2008. "L’utopie féminine : faire de tous les lieux une maison", Ecologie et Politique, décembre, n°37 « L’avenir est  déjà parmi nous », pp. 93-101.
Mathieu, N., 2009. "Le village comme récit de soi", Les dossiers de demain, mai 2009 – n°7, Agence d’urbanisme de la Région grenobloise (n° spécial Villages cherchent visages), pp. 27-29.
Chambron, N., Mathieu, N., 2009, "Les immigrés en Basse-Normandie : enquête en milieu rural bas-normand", Normandie 2010, 13, octobre 2009 (http://www.normandie2010.org).
Mathieu, N. Constructing an interdisciplinary concept of sustainable urban milieu, 29 October 2009, paper presented in the 2009 Compass Interdisciplinary Virtual Conference, 15 p. (http://www.blackwell publishingsurvey.com/survey/149278/29a8), comments by J. Salomon.

Françoise PÉRON: Le paysage, le peintre et le géographe

L'alchimie de la création paysagère qui s'est opérée le plus fortement peut-être en Occident entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle, est d'abord affaire de regards. Le mot paysage a donc, à ce moment-là, servi à qualifier des manières de voir et non des manières de faire. Dans cette logique, ce sont les peintres, à travers leur sensibilité, et les géographes, à travers leur science, qui ont donné à cette notion ses principales significations. Mais malgré les apparences et les affirmations, les deux approches sont-elles si radicalement opposées? N'est-ce pas le "paysage" lui-même qui rapproche ces deux inventeurs de la réalité? Dans le paysage, l'un comme l'autre se sent libre, heureux. Et ce bonheur pour mieux le ressentir, il faut le travailler, il faut le dire, il faut se mettre à l'ouvrage au moyen de ses pinceaux comme au moyen de l'analyse géographique. Le paysage, en train d'advenir par leur volonté, procure à tous deux, de l'émotion, stimule leur imaginaire et leur offre, l'espace d'un fugitif instant, le sentiment de l'émancipation par rapport à la pesanteur des choses imposées. Aujourd'hui, le paysage in situ n'est plus considéré que comme un objet précieux hérité d'un long passé, qui se défait chaque jour davantage. Quel rôle le géographe et l'artiste peuvent-ils jouer pour reconcilier la réalité brute et les hommes, par l'invention de nouvelles visions paysagères? N'est-ce pas dans "l'au-delà" du paysage des poètes qu'il faut désormais se mettre en quête de nouvelles sources d'inspiration, de nouvelles méthodes d'analyse qui ne disséqueraient pas sèchement la réalité spatiale, mais au contraire lui restitueraient des lieux, de la profondeur, de l'humanité.

Alain TAPIÉ: Physique de la nature, physique de la peinture
Derrière la Normandie des historiens de l’art, il en existe une autre, secrète et peu connue, bien qu’à la source d’expressions artistiques de grande puissance; cette Normandie est dense et grave. Les microcosmes naturels générés par la terre, le vent, la mer et la brume possèdent une personnalité physique à l’origine des inventions du peintre avant même que celui-ci ne se soit attaché à traiter les anecdotes du paysage. Il y a, dans cette Normandie, une rusticité intense, expressive, que sont parvenus à saisir les peintres qui ont dépassé la mondanité et le pittoresque, visiteurs célèbres, mais aussi et surtout peintres du cru qui se sont nourris du lyrisme naturel de leur pays. Ainsi, d’une physique de la nature découle une véritable physique de la peinture, générée par la rencontre particulière de la terre, de la mer et du ciel.


Colloque organisé dans le cadre du Festival Normandie impressionniste 2010



 http://www.normandie-impressionniste.fr/



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