DU MERCREDI 14 JUIN (19H) AU MARDI 20 JUIN (9 H) 2006
L'ÉCONOMIE DES SERVICES POUR UN DÉVELOPPEMENT
DURABLE
DIRECTION : Edith HEURGON, Josée LANDRIEU
COMITÉ : Nicole BARRIÈRE, Jacques LAURIOL, Thierry RIBAULT, Christian DU TERTRE, Philippe ZARIFIAN
CERCLE DES PARTENAIRES : CNP, Conseil Général de la Manche (Virginie HALLEY), Conseil régional de Basse Normandie (Jean-Philippe BRIAND), IBM (Eric BOSCHWITZ), Groupe La Poste, RATP (Catherine ESPINASSE, Véronique BERTHAULT), RFF (Gérard DEPOND), VEOLIA WATER (Nicolas RENARD)
ARGUMENT :
Alors que l’économie, sous ses formes actuelles, conduit à des impasses, inventer un développement durable (DD) est, pour le devenir de l’humanité, une nécessité absolue. L’hypothèse prospective est alors la suivante : les activités de services sont aptes à stimuler une dynamique de passage vers un développement durable qui, au-delà de la gestion des ressources rares et des risques écologiques, favorise la création de valeurs.
Les services occupent, certes, une place de choix dans les débats actuels sur l’emploi, la qualité de vie, la solidarité. Mais les aborder ainsi ne permet pas de concevoir un développement dont la finalité est moins la production de biens que la création de richesses, leur accessibilité et leur partage. Sachant qu'il conviendra de croiser deux univers hétérogènes (celui des usages et celui de la production), c’est à partir de trois pistes (ouvertes par le colloque précédent sur le développement durable) que l’on étudiera les services quant au rôle qu’ils peuvent jouer dans le nécessaire renouvellement des paradigmes économiques :
1) on les co-construira au cœur de situations où se conjuguent le local et le global, le proche et le lointain, l’immédiat et temps long ;
2) on distinguera ceux qui, au-delà de l’opposition croissance/décroissance, favorisent la création de ressources (marchandes et non marchandes, matérielles et immatérielles) ;
3) on soulignera ceux qui, au-delà de l’entreprise, mettent en relation une chaîne d’acteurs capables de produire de la valeur et une économie performante.
Cette rencontre de prospective du présent procédera en plusieurs temps : après avoir situé le débat, trois ateliers dégageront, à partir d’expériences innovantes, des voies porteuses d’avenir ainsi que des questions prospectives. Sur ces bases, on tentera, avec les experts des domaines concernés (emploi, travail, professionnalisation, externalités, rapports public/privé, économie solidaire…), de faire évoluer les termes du débat. Enfin, on s’efforcera d’en tirer à la fois des enseignements opératoires et des ouvertures pour la recherche.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 14 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Jeudi 15 juin
Matin:
Josée LANDRIEU: Ouverture et problématique
Edith HEURGON: D'un colloque à l'autre. Les questions que posent les entreprises et des acteurs locaux
Philippe ZARIFIAN: Histoire et enjeux du service durable
Après-midi:
Les questions à travailler dans les ateliers
Thierry RIBAULT: Qui crée de la valeur ?
Gilles JEANNOT: Les services aux biens publics et au capital social
Christian DU TERTRE: Economie de la fonctionnalité, performance et développement durable
Présentations des ateliers de prospective du présent
- Atelier 1 : Prendre soin des personnes (animation: Edith HEURGON, Marie-Thérèse LETABLIER, Thierry RIBAULT)
- Atelier 2 : Les services aux biens publics et au capital social (animation: Nicole BARRIÈRE, Gilles JEANNOT, Josée LANDRIEU, Philippe ZARIFIAN)
- Atelier 3 : Les services aux entreprises et la performance dans le cadre du développement durable (animation: Christian DU TERTRE, Manuel ZACKLAD)
Vendredi 16 juin
Matin:
Travaux des Ateliers en parallèle
Atelier 1 : Les services à la personne (animation: Edith HEURGON)
Patrick HADDAD: Mutations et nouveaux enjeux du secteur des services à la personne
Croisements de regards sur les services à la personne dans le département de la Manche :
Michel LELANDAIS (vice-président du Conseil général, chargé de l’insertion),
Bernard LECLERC (directeur de l’ADMR),
Katia MATHON (directrice de la Poste Grand Public),
Philippe LE GRAND (directeur de Manche Numérique)
Atelier 2 :
Claude NARIOO: La rue de la Ménoa à Strasbourg : l'aménagement d'un espace public comme bien commun
Gérard GRASS: Faire société, "la démocratie participative" et la pratique des élus
Atelier 3 : L'économie de la fonctionnalité comme nouvelle dimension de l'économie des services
Ariane BISQUERRA (Direction de la recherche de GDF) : Les démarches engagées par GDF
Jacques NEFUSSI: Tertiarisation de l’agriculture, quel enjeu pour le développement durable ?
Après-midi:
Travaux des Ateliers en parallèle
Atelier 1 : Quelles compétences pour quelles richesses ? (animation: Marie-Thérèse LETABLIER)
Eric DACHEUX: Faudra-t-il être professionnel pour rendre service: l'expérience de l'Université de la Vie Associative
Irène JONAS et Liane MOZÈRE: Les compétences invisibles : une recherche-action menée avec des auxiliaires de puériculture en Seine Saint-Denis
Brigitte CROFF: « Comme un poisson dans l'eau »
Soirée:
Projection d'un documentaire de Sophie THOUVENIN sur la mise en place d'une structure d'accueil à Saint-Denis
Atelier 2 :
Nicolas RENARD: Accès à l'eau, récupération des eaux usées et développement : évolution des stratégies d'entreprise
Pierre DELANOUE et Patrick BACOT: Le pilotage par ligne des TER
Atelier 3 : Entreprises et territoires: la co-construction de services pour un développement durable
Emmanuelle LIGOUZAT (La Poste) : La démarche de la Poste Grand Public
Gilbert DELAHAYE (Casino) : La dynamique de co-construction liée à l'installation de Casino à Toulouse
Véronique BERTHAULT (RATP) : Les services à la mobilité aux entreprises et aux collectivités
Samedi 17 juin
Matin:
Jean-Louis LAVILLE: Economie de services et choix de société
Nadine RICHEZ-BATTESTI: Repenser la production de services : opportunité d’associer et inventivité collective
Manuel ZACKLAD: Vers de nouvelles configurations transactionnelles pour l'économie de fonctionnalité et le Développement Durable
Après-midi:
Regards sur l’ailleurs
Barbara LUCAS: Familles, communautés et modes de gestion des dépendances (expériences de politiques de « care » dans trois villes suisses)
Helena HIRATA & Laura PARENTE: Les services au Brésil
Soirée:
Regards sur l’ailleurs (suite)
Miguel MATTEO: Intégration services-industrie dans la région de l'ABC (Brésil)
Birgit ARVE PARES: Les politiques familiales en Suède
Dimanche 18 juin
Matin :
Travaux en Ateliers en parallèle (suite)
Atelier 1 :
Philippe DURANCE: L'impact du vieillissement des populations sur les activités
Géraldine LECHEVALIER: Diriger un service de maintien à domicile dans le cadre d'un réseau bas normand d'économie solidaire
Catherine ESPINASSE: Prendre soin des siens en termes de mobilité
Atelier 2 :
Nicole BARRIÈRE: Le peuple au pays des nuages : les liens entre conception du monde et développement
Elisabeth TISSIER-DESBORDES: Acheter ou louer des biens de consommation, les difficultés du partage
Jean-Marie ROBERT: La décroissance, une solution individuelle
Atelier 3 : Entreprises et territoires: les services dans la co-construction d'un "éco-système serviciel durable"
Eric BOSCHWITZ: L'expérience d'IBM
Après-midi:
Travaux en Ateliers en parallèle, préparation des synthèses
Lundi 19 juin
Matin:
Table Ronde des experts, introduite par le rapport des ateliers présentés par Thierry RIBAULT, Philippe ZARIFIAN, Manuel ZACKLAD, et des débats avec Eric DACHEUX, Florence JANY-CATRICE, Jean-Louis LAVILLE, Martino NIEDDU, animée par Josée LANDRIEU
Après-midi:
Tables rondes conclusives, animées par Sylvain ALLEMAND
- avec des représentants d'entreprises :
Ariane BISQUERRA (GDF), Eric BOSCHWITZ (IBM), Emmanuelle LIGOUZAT (La Poste), Nicolas RENARD (Véolia), Caroline SPEIRS (Voiture & co)
- avec des jeunes chercheurs :
Philippe DURANCE, Gérard GAGLIO, Géraldine LECHEVALIER, Marie-Michelle LIBILBÉHÉTY-IBKA, Ingrid VILEANU
Mardi 20 juin
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Helena HIRATA & Laura PARENTE : Regards sur l'ailleurs : le Brésil
Que représente le secteur des services dans l’économie brésilienne et quels sont les rapports sociaux que l’on peut y observer ? Peut-on le comparer à la place qu’occupent les services dans la société française ? Une première particularité du Brésil est l’importance de l’économie informelle, c’est-à-dire la place qu’occupent les activités de travail sans droits et sans protection sociale dans la société. Une deuxième spécificité est le poids du travail indépendant ou du travail autonome à l’intérieur de l’économie des services.
Ce regard sur le Brésil présente et discute quelques expériences innovantes dans le secteur des services, particulièrement dans la région métropolitaine de São Paulo. D’abord, nous présenterons l’expérience de la région de l’ABC, de la reconversion d’une économie industrielle et manufacturière vers un nouveau modèle de développement économique, où les services ont une place privilégiée. Ensuite, nous aborderons le cas de quelques expériences de la mairie de São Paulo autour de l’économie solidaire qui impliquent des femmes de couches populaires de cette ville. Enfin, nous terminerons par quelques réflexions d’ordre plus général concernant certaines différences sociétales significatives qui pourraient permettre d’ouvrir une discussion comparative entre la France et le Brésil.
Florence JANY-CATRICE : La contribution des services "à la richesse" : les services à forte intensité relationnelle maltraités
La contribution des services à la richesse pose question. Mais plus encore les services à la personne. Elle pose quesiton en termes comptables d'abord. Depuis plusieurs décennies maintenant, on sait combien il est délicat de recourir à des outils souvent construits à l'ère de l'industrialisation pour mesurer la contribution productive des activités de services. Empreintes de conventions techniques de mesure, ces évaluations sont également le reflet de conventions plus fondamentales qui, nous pensons, se cumulent : conventions de genre d'une part, conventions de richesse d'autre part. A partir de deux activités de recherche antérieures ("les nouveaux indicateurs de reichesse" et "le travail non qualifié : permanences et défis"), nous souhaitons interroger cette contribution des services relationnels et plaider pour une meilleure prise en compte de ces activités. Les emplois et le travail qui s'y rattachent gagneraient peut-être ainsi en reconnaissance sociale.
Jean-Louis LAVILLE : Economie de services et choix de société
La recherche sur les services quand elle se centre sur les entreprises et les marchés de services induit une invisibilisation des autres pratiques économiques. C’est pourquoi, il est important de mettre l’accent sur la variété des réalités observées dans les services en intégrant certaines de celles qui sont habituellement laissées dans l’ombre. A partir d’études de cas, il est possible de dégager deux projets résumant sous forme idéal-typique les enjeux de la société de services sous l'angle des relations régies respectivement par l’intérêt et la solidarité.
- Face au risque de nouvelles régulations publiques, y compris internationales, et à l’émergence d’acteurs associatifs, l’éloge du marché s’accompagne d’une prise de position en faveur de l’auto-régulation par l’entreprise des questions sociales et écologiques, reposant sur le volontariat philanthropique et la prise de conscience éthique.
- A l'inverse de ce projet, le renforcement d'une économie plurielle paraît être en mesure de fonder des discussions publiques sur les trajectoires économiques et ainsi d’instaurer un mode de développement plus solidaire. Une économie qui soit plurielle par les principes économiques et les formes de propriété, et dont la pluralité soit valorisée comme une richesse est susceptible de dessiner les voies d'une solidarité démocratique redéployée.
Miguel MATTEO : Intégration services-industrie dans la région de l'ABC (Brésil)
Cette présentation vise à fournir des éléments de discussion sur la dynamique récente du secteur de services au Brésil, telle qu'elle se réalise face au processus de restructuration productive de la région de l’ABC (Santo André, São Bernardo, São Caetano), une des plus grandes concentrations industrielles du Brésil.
Notre hypothèse centrale est que le processus de restruturation productive n’a pas eu pour conséquence une reconversion de l’économie locale, avec la déconfiguration de ses traits industriels – tels que l’indiquent certaines thèses sur l’ “évacuation de l’industrie”. A l’inverse, on veut montrer que le poids de l’industrie dans la région est élevé et que le trait le plus saillant du tertiaire dans cette région est sa dépendance vis-à-vis de l’activité manufacturière, avec laquelle il forme un tissu productif unique. Cette caractérisation est stratégique pour ce qui concerne les services techniques plus spécialisés, ce qui montre que le processus d’intégration est d’autant plus important que le segment de services est plus complexe, c’est-à-dire, que la connaissance incorporée à l’activité de service est plus grande.
Thierry RIBAULT : Qui crée de la valeur ?
Si valoriser c'est créer de la valeur, la question centrale devient alors : qui crée de la valeur, qui détient la capacité de création de valeur, c'est-à-dire la capacité de valorisation ? Mais c'est aussi : comment débattre collectivement de ce qui a de la valeur ? C'est-à-dire in fine "qui compte", au double sens du "qui" : qui est aux manettes des comptes, et qui est digne d'être compté ? Nous devons donc passer d'une approche substantialiste à une approche institutionnaliste de la valeur, d'un rapport au monde (au travail et à la nature notamment) qui est de l'ordre de l'exploitation à un rapport qui serait de l'ordre de la relation et de la créativité.
Nadine RICHEZ-BATTESTI : Repenser la production de services : opportunité d’associer et inventivité collective
Re-penser la production de services c’est à la fois poser la question du mode de production du service (on produit quoi, pour qui, pour quoi et comment ; on prend les décisions comment ?), et de son adaptabilité. Partant du constat du potentiel de développement des services relationnels, et nous appuyant sur les expériences du passé, nous souhaiterions discuter de l’importance des formes organisationnelle et notamment du principe “d’association” (et donc de l’action collective) dans la production des services et notamment de services relationnels. Nous retenons trois entrées qui mettent au cœur de leur dynamique l’inventivité collective :
- La production de service comme opportunité de reconfiguration productive : action collective, usage de la production et valorisation ?
- La production de service comme opportunité de reconfiguration organisationnelle : fabrique du sens, réseaux et apprentissages ?
- La production de service comme reconfiguration de gouvernance : gouvernance de proximité et compromis sociaux localisés ?
Manuel ZACKLAD : Vers de nouvelles configurations transactionnelles pour l'économie de fonctionnalité et le Développement Durable
L’informatisation et la numérisation des ressources de toute nature ont d’abord été utilisées dans le cadre d’un accroissement de la standardisation des biens industriels, des services et des biens culturels. Les évolutions récentes des technologies de l’information et de la communication offrent aujourd’hui de nouvelles opportunités pour un accroissement de coopérativité dans les transactions que celles-ci soient de nature marchande où situées à l’intérieur de la sphère des organisations et des « communautés d’action ». Il devient donc possible d’imaginer de nouvelles prestations et de nouvelles configurations organisationnelles et productives dans lesquelles la diminution de la localité et du voisinage ne se produit pas au détriment de la prise en compte de la singularité des besoins/désirs des bénéficiaires, et de la qualité de la relation avec le prestataire sans non plus enfermer les bénéficiaires dans une gamme d’offres restreinte.
En nous appuyant sur le cadre de la théorie transactionnelle de l’action et à travers l’analyse de différentes situations de production et d’usage, nous montrerons comment les gains en coopérativité obtenus par un usage renouvelé des TIC permettent aujourd’hui d’imaginer de nouvelles formes de co-construction à la fois des « œuvres » (par exemple les effets utiles des prestations de service) et des « selfs » (par exemple, des logiques de construction de soi) engagés dans leur réalisation et leur réception/appropriation. Ce faisant, nous progresserons dans la définition élargie de « l’économie de fonctionnalité » appréhendée comme une remontée dans la chaîne de valeur du client et débouchant sur des relations partenariales durables garantes d’innovations multiples à la fois dans la définition des prestations, dans leur pilotage et dans leur évaluation, mieux à même d’adresser la gestion de risques globaux de toute nature et en particulier à caractère environnemental.
Philippe ZARIFIAN : Histoire et enjeux du service, les pistes ouvertes et les difficultés rencontrées
Cette communication sera construite en deux temps.
Dans un premier temps, nous reviendrons sur un certain nombre de moments historiques où la question du service est apparue avec une certaine force, mais sans parvenir à s'imposer. Nous insisterons en particulier sur ce moment essentiel qu'a représenté la naissance de l'Economie Politique au 18ème siècle et le "coup de force" conceptuel opéré par les tenants de la "valeur-travail", associant "capitalisme" et "industrialisme", qui ont occulté toutes les réflexions de l'époque sur les questions de l'utilité ou de la valeur d'usage.
Dans un second temps, nous proposerons une approche et une définition de la valeur de service, reprenant et actualisant les intuitions déjà apparues au 18ème siècle. Nous partirons de l'idée que la question du service naît de la confrontation entre deux univers hétérogènes : celui de l'organisation d'une production efficiente, celui de la création et du développement des usages. La valeur de service n'est pas une donnée objectivable au départ : elle naît de la rencontre et confrontation intersubjectives de ces deux univers, eux-mêmes en constante mutation. Apparaît alors la question centrale : comment organiser, structurer, stabiliser cette rencontre, et donc comment créer des espaces-temps d'intersubjectivité dont l'enjeu central est précisément de donner sens et signification au service et d'établir un accord socialement valide à son sujet.
ATELIERS DE PROSPECTIVE DU PRÉSENT :
Atelier 1 : Prendre soin des personnes: quelles configurations économiques, quelles accessibilités, quelles nouvelles catégories ?
Une des dimensions de la crise que nous traversons est celle de la prise de conscience de la nécessité de passer d’une économie dominée par l’exploitation par l’homme de la nature et de l’homme à une économie politique des services en tant qu’activités où l’on prend soin de la nature et de l’homme. L’atelier souhaite donc amorcer une réflexion sur la nécessité et sur les moyens à mettre en œuvre pour faciliter le passage d’un rapport au monde, au travail et à la nature notamment, qui est de l’ordre de l’exploitation à un rapport qui serait de l’ordre de la relation et de la créativité. Les expériences de services qui seront présentées et discutées s’inscriront donc dans au moins l’un des axes suivants : conjuguer le local et le global, l’immédiat et le temps long ; créer de la richesse-ressource ; restaurer la chaîne d’acteurs et de valeur. On s’intéressera aux services à la personne en incluant les services d’aide, de soin, de santé et, plus largement, les services de facilitation de la vie quotidienne, avec avant tout le souci :
- de mettre en relief les spécificités des configurations économiques dont les initiatives présentées sont porteuses. Comment éviter que les services à la personne n’aggravent les inégalités ? Jusqu’où et comment peut-on formaliser, institutionnaliser, professionnaliser ce type de services ? Comment concilier technicité du service et relation de service? Quelle valeur pour les services gratuits et les services payants ? Quelle articulation entre rétribution et contribution ? Quelles configurations économiques, quelle intégration entre les logiques territoriales et les logiques des sphères productives, quels financements, quelles ressources, quelle mutualisation, quelle solvabilisation ?
- de rendre compte des contraintes d’accessibilité aux services, entendue ici au triple sens d’accessibilité territoriale (spatio-temporelle), économique, culturelle et cognitive, ainsi que des moyens de les surmonter. Seront abordées les problèmes des services à domicile, dans l’espace public, dans des établissements spécialisés, la question de l’accessibilité aux soins 24 heures sur 24 et celle du temps choisi ; la co-construction des demandes et des offres de services à la personne, et l’apport que peuvent fournir, à cet égard, les nouvelles technologies (nouvelles proximités, nouvelles territorialités, avec l’enjeu irréductible de la présence). Jusqu’où faut-il aller dans la logique d’externalisation marchande des charges domestiques et familiales ? Quels sont les futurs souhaitables ? On posera ici la question du champ des services à la personne susceptibles d’être intégrés dans la sphère marchande. Les problématiques sont alors: faire ou faire faire ? aider à faire ou faire à la place de? faire avec ? apprendre à faire ? On posera aussi la question du partage marchand/non marchand, public/privé. En termes prospectifs, jusqu’où… ne pas ? Quels bons équilibres construire, négocier avec les acteurs ?
- de contribuer au questionnement sur les catégories existantes : catégories statistiques, concepts, types d’usage. Comment éviter une structuration des offres ségrégative (selon les âges, les revenus, les types de fragilité) qui oppose les services sociaux et les services marchands ? Comment repenser les catégories et les statistiques ? Comment les faire évoluer ? Ne devient-il pas nécessaire de réfléchir, et comment, à une catégorisation des services selon les "situations" dans lesquelles se trouvent les personnes ou familles (situations définies par un contexte géographique, sociologique, familial, personnel et par des moments de vie liés à l’âge, à l’activité, à certains événements) afin de conjuguer les services qui préviennent les difficultés, accompagnent les changements et fragilités, consolident l’autonomie des personnes ? Quel est le rôle des services dans la gestion individuelle et collective des transitions de la vie, et leur contribution à la production de richesses pour une société soutenable. Des services pour quelles finalités ? Selon quels processus ?
Brigitte CROFF : « Comme un poisson dans l'eau »
La ville de Saint-Denis souhaitait répondre aux besoins en termes de garde d’enfants des ménages recherchant un accueil dans des horaires atypiques, une étude faite sur la ville ayant révélé ce besoin y compris pour des familles à bas revenus. Par ailleurs, le service de la PMI faisait le constat qu’environ un quart des assistantes maternelles agréées par la ville se plaignaient de n’avoir pas assez d’enfants à garder, certaines n’en ayant pas du tout. Le projet « Comme un poisson dans l’eau » a consisté à construire une offre adaptée à l’échelle d’un quartier et à rapprocher l’offre et la demande de façon à satisfaire les professionnelles et les parents, dans un souci de respect des rythmes de l’enfant et de prise en compte tout à la fois de son besoin de socialisation et d’accueil individuel. Le projet « Comme un poisson dans l’eau » nous a fait « revisiter » :
• Le métier d’assistante maternelle et l’organisation des assistantes maternelles dans un quartier,
• Les représentations des parents, et leurs attentes pour la garde de leurs enfants,
• L’offre des écoles du quartier en ce qui concerne la garde des enfants avant et après l’école,
• Le rôle des relais d’assistantes maternelles,
• Le contenu du contrat ville/petite enfance,
• Les liens entre les assistantes maternelles et l’association « Coup de mains », association d’insertion, porteuse du projet.
A partir de cette étude de cas, nous souhaitons apporter un éclairage sur les enjeux de l’innovation sociale à l’échelle d’un quartier, et son impact sur :
• le développement local, le repositionnement nécessaire de chaque acteur public concernant la garde des enfants,
• l’évolution du débat entre sphère privée et sphère publique en ce qui concerne ces activités.
Nous montrerons, enfin, pourquoi cette expérimentation n’a pas pu trouver de large diffusion jusqu’à ce jour.
Eric DACHEUX : Faudra-t-il être professionnel pour rendre service ? L'expérience de l'Université de la Vie Associative (UVA)
Dans le domaine des services à la personne, deux tendances contradictoires se font jour : une logique, dominante, de professionnalisation due, tout à la fois, à la plus grande complexité de l'environnement, la recherche de gisements d'emploi de la part des Pouvoirs publics, une logique de qualité qui gagne toutes les organisations et l'exigence croissante de services performants de la part des consommateurs ; une logique, minoritaire, civique qui cherche à co-construire des services loin de toute contrainte économique (SEL, réseaux réciproques d'échanges de savoirs, banque du temps...). Cette tension entre les deux pôles repérables aujourd'hui participera à la configuration des services de demain. Comment éviter que la logique dominante de la professionnalisation des services ne conduise à une marchandisation des rapports sociaux ? Une des réponses passe par la formation des responsables associatifs, des bénévoles et des militants. C'est en tout cas ce que montre l'expérience de l'Université de la Vie associative (UVA).
La vie associative est riche et dynamique, et les associations deviennent des acteurs majeurs de la vie en société, défrichant de nouveaux domaines, mobilisant militants, bénévoles et salariés. Mais elle subit lourdement le poids de l’économie de marché et l’éclatement de la société : les acteurs changent, se professionnalisent, la notion de « service » s’impose. Ainsi sont mis en cause projets et modes d’action associatifs. L’UVA de Saint-Etienne se propose, sous couvert de formations professionnalisantes, d’inscrire l’activité des interlocuteurs de la vie associative dans une réflexion sur leur projet collectif et, particulièrement, de permettre aux « bénévoles » de découvrir et raisonner la complexité du système d’action dans lequel s’inscrit leur engagement. Professionnaliser ? Peut-être, mais sans perdre le sens de la gratuité et du bien commun.
Philippe DURANCE : L'impact du vieillissement de la population sur les activités
Le vieillissement par le haut est une bonne nouvelle pour les Européens, qui vivent plus longtemps en bonne santé. Il devient un problème quand la relève des générations n’est pas assurée ; c’est bien le vieillissement par le bas de la pyramide des âges qu’il faudrait pouvoir éviter. Tous les aspects de la vie sociale seront affectés par ces phénomènes : la transmission des patrimoines et celle des connaissances, le fonctionnement des services publics et celui des institutions politiques, le marché des voyages comme celui des cosmétiques ou encore l’immobilier, l’urbanisme, le management des grandes entreprises, comme la vie des petites.
Un groupe de travail, conjoint entre le Conseil d’analyse économique (CAE) et la DIACT, s’est penché sur l’étude de l’impact du vieillissement de la population sur le maintien et le développement des activités de production, de commerce et de services dans les territoires, à l'horizon 2030. Le groupe s'est particulièrement interrogé sur la place des TPE dans les territoires, sur la satisfaction des besoins de services de proximité – notamment ceux engendrés par le vieillissement –, sur la manière dont les territoires traitent les problèmes liés au vieillissement, sur la dépendance, sur la transmission des activités et sur l’évolution des métiers et des emplois.
Patrick HADDAD : Mutations et nouveaux enjeux du secteur des services à la personne
Le secteur de services à la personne apparaît en profonde mutation. Ces services se sont historiquement développés à l’initiative de l’économie sociale, à destination de publics fragiles (personnes âgées, personnes handicapées, petite enfance) et avec le soutien des politiques sociales de l’Etat providence. La mutation a commencé dans les années 80 sous l'impulsion des politiques de l'emploi, puis de nouvelles initiatives entrepreunariale ont élargi le type de publics visés, la gamme des services proposés et les acteurs impliqués dans la prestation, le financement ou la distribution des services. Les services à la personne deviennent alors un secteur économique à part entière, inséré dans une économie mixte mais qui tend à donner une place de plus en plus importante au secteur marchand. Une des questions centrales est alors de savoir si ces évolutions aboutiront à un développement de la solidarité ou, au contraire, à un accroissement des inégalités, à la fois du point de vue des destinataires des services (quelle accessibilité financière et spatio-temporelle ? quelle qualité de services ? ) et des travailleurs du secteur (quel développement de l’emploi ? quelles qualités des emplois ?). Cela conduit à s’interroger sur la régulation du secteur à mettre en place et dans cette régulation, sur l’articulation entre le local et le global.
Croisements de regards sur les services à la personne dans le département de la Manche :
Les interventions partiront des questions suivantes :
1) Dans l’optique de l’atelier « Prendre soin », comment mettre le bénéficiaire (qui d’ayant droit devient consommateur) au cœur du processus de développement des SAP ?
2) Avec les différents statuts des offreurs (secteur public et associations d’une part, secteur privé de l’autre), quelle articulation possible entre concurrence et coopération ? quels partenariats pour structurer le secteur ? Quelle valeur pour les services gratuits et payants? Quelle articulation entre rétribution et contribution? Quelles configurations économiques ?, quelle intégration entre les logiques territoriales et les logiques des sphères productives ? quels financements, quelles ressources, quelle mutualisation, quelle solvabilisation ?
3) Quelles initiatives pour améliorer la qualité des services et celle des emplois ? comment et jusqu’où peut-on formaliser, institutionnaliser, professionnaliser ce type de services? Comment concilier technicité du service et relation de service?
Irène JONAS : Les compétences invisibles : une recherche-action menée avec des auxiliaires de puériculture en Seine Saint-Denis
La formation des auxiliaires est centrée sur la petite enfance. Or, leur travail demande des compétences relationnelles avec les adultes: les différents professionnels de la crèche (directrices, psychologues, éducatrices, psychomotriciennes, collègues) et les parents. Si la connaisssance des enfants qu'elles acquièrent leur permet d'intégrer diverses consignes de sécurité et de nouvelles prescriptions en respectant le "bien-être" de l'enfant, elles ont néanmoins du mal à mettre en valeur la richesse et l'inventivité des divers aménagements et initiatives qu'elles mettent en œuvre quotidiennement, tant cet aspect de leur travail leur semble aller de soi. "On ne s'en aperçoit pas, c'est natrurel, on fait ça tous les jours". Cette recherche-action vise à faire sortir de l'ombre, à reconnaître et à valoriser les compétences et la créativité professionnelles dont elles font preuve tant avec les adultes qu'avec les enfants.
Atelier 2 : Les services aux biens publics et au capital social
Les paradigmes économique et politique actuels ne sont pas compatibles avec un développement durable: les modes productifs sont destructeurs de ressources, les critères de richesse valorisent davantage la détention de patrimoine que l'usage et privilégient les biens individuels par rapport aux biens collectifs, les logiques de performance attachent plus d'importance à la compétitivité et à la concurrence entre les agents qu'à leur coopération.
Ce paradigme productiviste s'est étendu aux secteurs des services vus comme des créneaux d'activités susceptibles de relayer l'industrie et d'accroître l'extension de la sphère marchande. Le développement des services a ainsi largement conforté une tendance à l'individualisation et a contribué à éroder les liens entre les personnes et les rapports des individus aux collectifs. Le marché a pris le pas sur la production du bien commun. Aussi, les phénomènes de destruction touchent-ils non seulement les ressources naturelles, les emplois, les territoires, mais aussi les liens sociaux et les biens communs, le "capital social".
Or nous pensons, hypothèse fondatrice de l'atelier, que le passage à un développement durable est conditionné par les formes de socialisation, par les bases même du "faire société". D'elles dépendent l'inventivité de la société, sa capacité à rebondir sur des situations et à orienter l'économie sur des voies plus vertueuses. Inventer un paradigme économique suppose d'arrimer celui-ci à de nouvelles bases du vivre ensemble et à un redéploiement de l'action publique et de la société civile.
Cette hypothèse amène donc à considérer les services en tant qu'activités fédératrices d'un "faire société" et place la question du bien commun au centre de cette nouvelle économie. La production des services, vus avec cette focale, réinterroge le rôle des institutions formelles (les collectivités territoriales publiques, les entreprises, les associations) et informelles (les savoirs, les croyances, les références culturelles). Elle repose sur des processus de coopération entre instances publiques et privées, entre institutions et individus, et appelle un redéploiement de l'action publique autour du maintien de biens communs et une redéfinition des métiers car la question des interfaces entre savoirs, entre croyances, entre logiques d'action devient fondamentale.
D'où des questions que nous souhaitons traiter dans cet atelier sur :
- le lien entre le maintien d'un bien commun et les formes de vivre ensemble ?
- les valeurs, les croyances, les savoirs, les pratiques qui pourraient fédérer des rapports individus/collectifs favorables au développement durable: jusqu’à quel point le « bricolage » et les solutions inventées font-ils appel à la culture ?
- les services qui pourraient donner corps et sens à ce vivre ensemble et les fondements économiques de leur production ;
- le rapport entre la culture, ou la conception du monde, et le nouveau paradigme économique de développement durable : en quoi le monde nouveau qui s’invente se différentie t-il de l’ancien du point de vue des valeurs, des normes et des croyances ?
- les raisons qui amènent des entreprises à s'impliquer dans la production de ces services du bien commun et du "capital social" et la transformation les logiques économiques que pourrait induire cette implication ;
Au cours des débats nous serons vraisemblablement amenés à reconsidérer la notion même de service, celle d'externalité, de temporalité, de patrimoine et de richesse.
Les expériences présentées lors de la première journée d'atelier auront en commun de porter sur le maintien d'un bien commun : l'aménagement d'un espace public, la mobilité des habitants et le développement de leur territoire, l'accès à un service vital considéré également comme facteur de développement.
Les expériences en appui de la seconde journée ouvriront le débat sur les liens entre culture et développement économique durable.
Nicole BARRIÈRE : Le peuple au pays des nuages
Partir de l'art et de la culture n'est pas aujourd’hui la façon dont le monde s'y prend pour bâtir la civilisation.
Comment, depuis treize ans, les communautés indiennes du Mexique promeuvent la poésie et les liens entre les peuples comme vecteurs d'une conscience collective ? Comment ils construisent leur survie en tant que peuple à partir de leur conception philosophique du monde ? Le rapport entre forme de conscience collective, culture, résistance au mode économique dominant est posé ici, non de façon passéiste mais de façon délibérément ouverte sur le monde.
A partir d’un territoire très exclu, il se fonde sur un mode de pensée universel tant dans la philosophie, la cosmologie mixteca, par le vecteur qu’elle utilise, la culture et la poésie sont éléments fondateurs du « vivre ensemble » et un pari pour le développement d’un espace où les questions foncières et agricoles sont mises à mal par les politiques économiques de l’Etat, et par l’organisation à la fois complexe et très peu coûteuse qu’elle met en œuvre. Au départ, le local décide de mettre en place un événement de culture en s'adressant aux femmes-poètes du monde ; en accord avec sa tradition, il mobilise à la fois les populations, les institutions et met en interrelation les sphères publique, privée et domestique dans une perspective durable ainsi que de production de capital social et de bien publics.
Mais cette expérience va plus loin puisqu’elle s’adresse par delà les frontières, aux poètes du monde entier, faisant ainsi le passage du local au global, mettant en avant le rôle du culturel dans une dynamique de création de ressources. Il est difficile de mesurer pour rendre compte des effets produits. Toutefois cette expérience de "vivre ensemble" a pour idée que le lien entre les personnes fonde le capital social d’un peuple et est garant de sa survie. Il implique de penser autrement le monde, d’être à son écoute non pas par les seuls critères économiques marchands dont on voit bien la limite et l’effet destructeur qu’ils induisent sur l’avenir du monde.
Pierre DELANOUE et Patrick BACOT : Le pilotage par ligne des TER
Après avoir décrit le contexte qui a conduit la SNCF à s’interroger sur sa proximité avec ses clients du quotidien, la démarche du pilotage par lignes sera présentée : en partant du raisonnement que la ligne est bien ce qui a du sens pour le client, il implique à la fois coopérations au sein des équipes de l’entreprise qui produisent le service et ouverture vers l’extérieur, et cela d’autant plus qu’aujourd’hui l’entreprise publique n’est plus juge et partie de ce qu’il convient de mettre en œuvre mais répond à une demande précise de son Autorité Organisatrice et est soumise à l’attention renforcée de ses clients qui, d’une certaine manière, se sont réappropriés le service public ferroviaire. La SNCF s’engage sans réticence dans ce nouveau champ d’action, en développant pour les TER les valeurs fortes de proximité, modernité, solidarité et développement durable. Cet apprentissage ne va pas sans obstacle, mais il trace une voie dans laquelle les cheminots citoyens peuvent puiser de nouvelles sources de fierté professionnelle au service du bien public.
L’expérience de la ligne Carcassonne Quillan permet d’illustrer cette démarche. Elle sera abordée sous l’angle de l’engagement dans la démarche pour aborder les besoins de transport public en soi, en lien avec la réalité du territoire, de la mise en pilotage par ligne de l’organisation de l’entreprise, pour aider et servir la démarche, de La prise d’initiatives, pour aider l’ensemble des partenaires à s’approprier l’outil de transport dans l’action publique.
Plusieurs points structureront la présentation : un diagnostic à établir, pour une démarche volontariste à développer ; une organisation entièrement tournée vers la production des services sur la ligne ; une démarche tous azimuts pour aider les acteurs publics (AO, élus, clients et citoyens) à s’approprier l’outil « entreprise SNCF de transport public ».
Gérard GRASS : Faire société, "la démocratie participative" et la pratique des élus
La contribution rendra compte d'un travail réalisé pour le compte du Conseil national des Villes (CNV). Mettant en perspective les discours de six collectivités locales sur leurs expériences de démocratie participative, ce rapport fait apparaître cette dernière comme un oéprateur actualisé d'intégration et de socialisation pour notre société contemporaine. Il cherche à lier de façon renouvelée l'individu dans sa singularité au collectif et contribue à la production de la "société civile" ou du "capital sociale". Cet opérateur concourt à accélérer la modernisation du service public comme il éclaire le rôle de l'élu en mettant l'accent sur la production du politique. Il semble que nous soyons là en face d'une innovation sociale et institutionnelle.
Nicolas RENARD : Accès à l'eau, récupération des eaux usées et développement : évolution des stratégies d'entreprise
Ici on aborde la même question du rapport entre maintien du bien commun, développement d'un territoire, construction d'un « faire société » et évolution des formes productives à partir de la gestion de l'eau. Le porteur d'expérience est l'entreprise Veolia Eau. Gérer une ressource rare, (l'eau), et faciliter l’accès au service d’eau potable pour que tous accèdent à ce service essentiel et pour favoriser le développement du pays (Maroc, Gabon, Australie) a conduit l'entreprise à modifier sa logique industrielle en visant le recyclage des eaux usées et en combinant plusieurs types de solidarité pour faire du droit à l’eau une réalité pour tous. Cet objectif a modifié le rapport de l'entreprise de service à la collectivité, a transformé ses processus de décision, ses choix technologiques et industriels et ses formes d'organisation interne. Produit-elle toujours le même service ? Sa performance est-elle dépendante de la forme de socialisation locale ? Joue-t-elle un rôle dans la production de cette socialisation ? Questions à débattre.
Jean-Marie ROBERT : La décroissance, une solution individuelle
Depuis quelques années se développe l'idée que l'humanité risque de disparaître car notre civilisation par son système économique épuise la planète en gaspillant les matières premières et en polluant tous les écosystèmes et l'atmosphère. Le concept de décroissance n'est pas très vieux, mais il a été particulièrement évoqué aprés 68, et surtout suite au premier choc pétrolier. L'impasse productiviste et la société consumériste du toujours plus ont fait beaucoup pour le "développement" de la décroissance. Même si l'écologie politique a montré ses limites en devenant la guérite verte du capitalisme, selon Paul Ariès, l'état de conscience de l'opinion publique a considérablement évolué ces dernières années ; la vache folle, la catastrophe d'AZF en France, l'effet de serre, Tchernobyl, Katrina ... sont passés par là et ont ébranlé la foi aveugle dans le progrès. Un mouvement de fond secoue les sociétés de l'hémisphère nord ; en France, des réseaux très divers se sont constitués autour du concept de la décroissance et ils sont très actifs sur le terrain (actions anti-pub et anti-Mc do, recyclage des déchets, vélorution, création d'AMAP et de magasins de producteurs...), mais également de façon théorique en proposant de "décoloniser notre imaginaire" (Serge Latouche). Les alternatives sont possibles s'il y a un nouveau cap pris par l'économie mondiale, car c'est bien au niveau "global" que seront jugés les résultats, mais c'est par l'action individuelle des citoyens de la planète, donc au niveau local que seront réalisées les conditions nécessaires à la survie de la faune, de la flore ... et des humains.
Atelier 3 : Les services aux entreprises et la performance dans le cadre du développement durable
Les années quatre-vingt ont été marquées par un développement important des services aux entreprises sous forme de services d’intermédiation ou de services destinés aux « investissements immatériels ». Certains ont analysé ce phénomène comme un simple processus d’externalisation permettant de remettre en cause le « rapport salarial » issu de la période de la croissance intensive ; d’autres ont pu considérer ce phénomène comme un processus de développement des activités de service adossé à une logique de spécialisation et de professionnalisation. En d’autres termes, le développement de ces services serait associé à la recherche de performance des entreprises. Mais de quelle performance s’agit-il ? Dans quelle mesure l’évaluation de cette « performance » est-elle associée à une réflexion sur des choix de mode de développement. Si les services destinés aux entreprises contribuent à leur performance dans le cadre d’un renouvellement des « formes de la concurrence », la question reste posée de leur contribution ou non à une perspective de « développement durable ».
De nouvelles exigences provenant de l’évolution de la société et des pouvoirs publics, notamment des institutions territoriales, tendent à interpeller les entreprises quant à leur responsabilité et à l’impact de leurs décisions stratégiques dans le domaine de l’environnement, de la santé publique, de la sécurité… Il s’agit ainsi d’élargir le champ de leur performance aux externalités qu’elles produisent ou mobilisent comme ressources d’analyser les conditions d’usage des ressources en lien avec l’enjeu de leur renouvellement, voire de leur développement.
Dans cette perspective, la performance relève de la dynamique productive des entreprises, mais également de la qualité de leur inscription territoriale et de la durabilité de cette inscription. Les dispositifs institutionnels ne sont pas étrangers à ces enjeux. En définitive, la question se pose de savoir dans quelle mesure, les services aux entreprises et l’émergence de nouveaux dispositifs institutionnels favorisent des dynamiques économiques contribuant à un « développement durable » de portée globale, mais inscrit dans le local ; articulant le temps court au temps long.
Dans ce cadre de réflexion, il apparaît utile d’appréhender les processus en cours à partir de trois angles d’analyse :
- l’émergence de nouvelles stratégies d’entreprise se présentant, elles-mêmes, comme relevant de « l’économie de la fonctionnalité », c’est-à-dire proposant de prendre en charge, dans le cadre d’une activité « b to b » une fonction stratégique de l’entreprise cliente en lien avec les enjeux de développement durable ;
- l’engagement de territoires préoccupés par le « développement durable » et de son impact sur leur attractivité, dans une logique d’animation de réseaux de services aux entreprises, d’intermédiation et de mises en relation, d’apports d’informations et de connaissances.., afin de constituer « un patrimoine collectif territorialisé » de ressources immatérielles accessibles aux entreprises ;
- la recomposition de certaines sphères d’activité correspondant à l’impact des services dans la co-construction, territoires / entreprises d’éco-systèmes durables.
Jacques NEFUSSI : Tertiarisation de l’agriculture, quel enjeu pour le développement durable ?
Comme les autres secteurs de production de matières premières, l’agriculture est engagé dans un processus de tertiarisation qui se traduit par des prestations de services (protection de l’environnement, tourisme vert) et des produits – services (produits agricoles conçus comme une solution à un problème). La différenciation de la production agricole ne se réduit plus aux seules productions qualifiées par les signes de qualité. De nouvelles compétences sont nécessaires pour rester compétitif.
Avec le soutien du Ministère de l'Equipement (mission prospective),
du Groupe La Poste et du Cercle des Partenaires de Cerisy