ARGUMENT :
Invité par Pantagruel à explorer diverses voies par lesquelles
pourrait être élucidée la question de savoir s'il doit
se marier et s'il s'en trouvera bien, Panurge a consenti à essayer
la divination par les songes. Au matin, il raconte à ses amis ses
visions nocturnes, et conclut: "Voyez là une belle platelée
de songes, faites grande chère là dessus. Et l'exposez comme
l'entendez. Allons desjeuner, Carpalim".
Il est tentant de tenir cet épisode pour emblématique d'une
œuvre qui ne soulève pas seulement une foule de problèmes
d'interprétation, mais semble aussi s'ingénier à poser
le problème de son interprétation, dans des textes mi-théoriques,
comme le Prologue de Gargantua, ou à travers certains épisodes
énigmatiques que la critique a depuis longtemps remarqués
et qu'elle s'emploie inlassablement à gloser. On peut même se
demander, comme le suggère le Tiers Livre, si ce n'est pas
le problème général de l'interprétation qui est
mis en scène dans cette œuvre. Panurge est peut-être la figure
du lecteur qui, renonçant à poser la question du sens, choisit
de lire l'œuvre de Rabelais comme simplement comique — mais qu'est-ce qu'une
œuvre simplement comique? — et décide d'aller déjeuner.
La critique rabelaisienne nous a proposé mille Rabelais: sans
parler des Rabelais athée, déiste, libre-penseur, chrétien
orthodoxe ou chrétien séduit par les idées nouvelles
évangéliques ou luthériennes; d'autres, avec Leo Spitzer,
nous ont invités à une approche qui, délaissant les
idéologies, s'attacherait à une lecture stylistique ; d'autres
encore, convaincus de la présence obstinée d'un sens crypté
nous ont encouragés à une lecture ésotérique,
lecture qui connaît elle-même de nombreuses variantes, franc-maçonne,
folklorique, kabbaliste, alchimique, numérologique, etc.
Toutes ces lectures postulent une certaine cohérence de l'œuvre
de Rabelais. Et si cette œuvre renonçait à ce critère
rassurant? Si elle était l'un des monuments de cette crise de l'interprétation
qui est, selon certains, le fait de la Renaissance? Si elle s'attachait
malignement à multiplier les signes pour paraître désigner
un sens qu'elle s'emploi à ébranler, à miner, ou même
à ruiner? Si la prolifération du texte rabelaisien était
plus que l'indice d'un plaisir d'écrire, mais nous affrontait à
ce que Michel Jeanneret a fortement appelé "le défi des signes"?
Ce colloque ne se propose pas de faire l'histoire de la critique rabelaisienne
; il voudrait plutôt, prenant en compte cette histoire, confronter
les lectures proposées, non pas tant pour chercher à les concilier
que pour dégager les choix théoriques qu'elles supposent,
notamment sur la question décisive du signe.
Outre les spécialistes reconnus de l'œuvre de Rabelais, ce colloque
veut donner la parole à de jeunes chercheurs, les uns auteurs de
travaux, en cours ou achevés, sur Rabelais et, en particulier, sur
l'écriture rabelaisienne, les autres spécialistes de domaines
où les amateurs de sens cachés cherchent des clés pour
interpréter l'œuvre de Rabelais: kabbale, alchimie, numérologie,
etc. A leurs propositions, seront confrontées celles des lecteurs d'aujourd'hui,
écrivains, graveurs, peintres, internautes.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mardi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mercredi 2 août
Matin:
Jean CÉARD: Introduction
Après-midi:
Michel SIMONIN: Rabelais, l'encre et le soleil
Jean-Eudes GIROT: Rabelais et ses modèles littéraires
Jeudi 3 août
Matin:
Nina ZHIRI: Rabelais, le sens et le temps
Myriam MARRACHE: Panurge architecte et maître du sens:
cornes et cornemuses
Après-midi:
Christophe CLAVEL: Rabelais, Aulu-Gelle et les "esparez", ou
la question de l'absurde
Stéphane GEONGET: Le "Y grégois" et la quête
du sens
Vendredi 4 août
Matin:
Gilles POLIZZI: La dérive des intertextes du Tiers
au Quart Livre: le sens de la navigation rabelaisienne
Paul J. SMITH: Au cœur du Quart Livre: Quaresmeprenant
et les Andouilles
Après-midi:
Frank LESTRINGANT: Une lacune du sens: l'épisode
du Physétère dans le Quart Livre
Pierre LAFITTE: Quelques vers de Me François dans le
Quart Livre. Ou Villon embarqué dans l'évangélisme
Samedi 5 août
Matin:
Marie-Luce DEMONET: Que faire du sens littéral?
Jacques BERCHTOLD: Mouches et mousses aux orifices du corps:
les niveaux de sens au chapitre XV de Pantagruel
Après-midi:
Emmanuel NAYA: Sustinere assensum, sustinere sensum:
gelées rabelaisiennes du sens
Barbara C. BOWEN: Sens et non-sens chez Bridoye
Soirée:
Lectures rabelaisiennes par le Théâtre en Partance
et sa troupe "les Embruns"
Dimanche 6 août
REPOS
Lundi 7 août
Matin:
Table Ronde : Editer Rabelais, animée par Stéphane
GEONGET, avec Marie.-Hélène ANTONI, Jean CÉARD
et Marie-Luce DEMONET
Après-midi:
Jean-François MAILLARD: La chimère de Rabelais
kabbaliste
Christine ESCARMANT: Poétique et anthropologie du signe:
la fête
Mardi 8 août
Matin:
André TOURNON: Croisements signalés
Jean DUPÈBE: Les dés de Bridoye
Après-midi:
Claude LA CHARITÉ: La disputation par signes et la
"philochirosophie"
Louis-Georges TIN: Le Pantagruélion: la quête des
signes, la quête du sens
Mercredi 9 août
Matin:
Véronique ZAERCHER: Logorrhée ou silence: les
limites de l'interprétation dans le dialogue
Sandra VULCAN: Les signes oraculaires et le dialogue
Après-midi:
Marie-Elisabeth BOUTROUE: Rabelais et la question de la réception
de la science antique
Christine de BUZON: La fortune du "grand peut-être"
Jeudi 10 août
Matin:
Gérard MILHE-POUTINGON: Rabelais et le mouvement
Frédéric de BUZON: Rabelais et la musique
Après-midi:
Franco GIACONE: Intus et foris: la parole biblique et
le sens de l'œuvre rabelaisienne
Hyperbase de Rabelais
Vendredi 11 août
Matin:
Marie-Luce DEMONET & Jean CÉARD: Conclusions
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS