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"
DU VENDREDI 2 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 9 JUILLET
(14 H) 2010
CARREFOUR ALFRED STIEGLITZ
DIRECTION : Jay BOCHNER, Liliane LOUVEL, Jean-Pierre MONTIER
ARGUMENT :
Le photographe
Alfred Stieglitz (1864-1946) fut au centre des activités
modernistes dans les arts américains au
début du XXe siècle, aussi bien dans sa
pratique photographique que dans sa promotion des arts,
dans sa galerie 291 et sa revue Camera Work.
Ce colloque réunira
un nombre important de spécialistes américains
auxquels se joindront leurs collègues français
pour débattre du passage de la modernité
au modernisme américain: on parlera du Armory Show,
de la Photo-Secession, du Pictorialisme, de l’expression
en photo, de la science et des techniques dans l’art, de
la politique des musées et des galeries vis-à-vis
du modernisme naissant, des peintres du cercle de Stieglitz (Sheeler,
Stella, Weber, Demuth, Hartley, De Zayas, Morgan Russell,
Georgia O’Keeffe, Dove), de Picabia, Duchamp et Arthur Cravan,
des débuts de Dada, des écritures avant-gardistes,
de Gertrude Stein et Mina Loy, du mélange des arts et
des rapports du texte à l’image, des pressions de la politique,
de la culture de masse et de la société commerçante.
L'on attend une
confrontation amicale et édifiante de la part
de la critique américaine et française autour
de se sujet foisonnant qu’est la culture new-yorkaise
de 1890 à 1920.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Vendredi 2 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Samedi 3 juillet
Matin:
Anne OLLIVIER-MELLIOS:
Les intellectuels critiques américains à la veille de
la Première guerre mondiale: y a-t-il une "génération
1913"?
Jay BOCHNER: Portrait du modernisme américain
Après-midi:
Rosina HERRERA: Les
écrits de Stieglitz dans le développement de
la lanterne magique (The role of Alfred Stieglitz's publications
on the development of the lantern slide process)
Nathalie BOULOUCH:
Un fou de couleurs? Stieglitz et l'autochrome
Dimanche 4 juillet
Matin:
Anne McCAULEY: À-propos
du spirituel en photographie: Coburn, Pound et les vortographes (Concerning
the Spiritual in Photography: Coburn, Pound and the Vortographs)
Gail LEVIN: Alfred Stieglitz, la
musique, et le modernisme (Alfred Stieglitz, Music and Modernism)
Après-midi:
Alan TRACHTENBERG:
L’anonymat et la photographie américaine
Suzanne W. CHURCHILL:
Pas de deux, Mina Loy et Alfred Stieglitz dansent le dada (Pas
de deux, Mina Loy and Alfred Stieglitz Dance Dada)
Lundi 5 juillet
Matin:
Kristina WILSON:
La Galerie comme œuvre d’art: les petits espaces de l’art
moderne à New-York dans les années vingt (The Gallery
As Art: The Small Spaces of Modern Art in 1920's New York)
Angela MILLER: Le Parler de Stieglitz
Après-midi:
DÉTENTE
Mardi 6 juillet
Matin:
Chantal BIZZINI:
Hart Crane et la photographie
Geneviève COHEN-CHEMINET:
Le poème est-il un cliché photographique?
Après-midi:
Ulla HASELSTEIN: "Portraits
de choses": Tender Buttons de Gertrude Stein ("Portraits
of Things": Gertrude Stein's Tender Buttons)
Claude GRIMAL: Collection, création,
promotion de soi et l'Amérique chez Alfred Stieglitz
et Gertrude Stein
Mercredi 7 juillet
Matin:
Rachael DELUE: La peinture
comme traduction (Painting as Translation)
Audrey GOODMAN: Image/texte/lieu:
la narrativité photographique de Stieglitz et
Weston (Image/Text/Place: The Photographic Narratives
of Stieglitz and Weston)
Après-midi:
Danièle MÉAUX:
Charles Sheeler, à la croisée des arts
Jeudi 8 juillet
Matin:
Allan ANTLIFF: Stieglitz
parmi les anarchistes (Stieglitz Among the Anarchists)
Linda DALRYMPLE
HENDERSON: Les "Méta-réalités" du modernisme
dans le cercle de Stieglitz: Max Weber, témoin de la 4e
dimension et de l’éther de l’espace (The "Meta-realities" of
Stieglitz Circle Modernism: Max Weber as Witness to the 4th Dimension
and the Ether of Space)
Après-midi:
Christophe VIART:
Picabia, "une explosion d'esprit stable"
Michael LEJA: Liens,
discipline et abstraction moderniste: le cas de Morgan Russell (Bondage,
Discipline and Modernist Abstraction: The Case of Morgan
Russell)
Vendredi 9 juillet
Matin:
Mary O'CONNOR: L’Ecole
de photographie Clarence H. White: construire un modernisme
à côté de Stieglitz (The Clarence H. White School
of Photography: Building a Modernism besides(s) Stieglitz)
Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Allan ANTLIFF: Stieglitz parmi les anarchistes
Dans la revue Camera Work de Stieglitz la liste des
collaborateurs, soit anarchistes ,soit de tendance anarchiste, est
impressionnante: notamment Kandinsky, Ben Benn, Adolf Wolff, Man Ray,
Hutchins Hapgood, Abraham Walkowitz, Picasso, Benjamin De Casseres,
Samuel Halpert, John Weichsel, Sadakichi Hartmann, Picabia, Manuel Komroff,
Paul Strand, Max Weber et, bien entendu, Stieglitz lui-même. Cette
communicaiton portera sur le discours anarchiste, sur le modernisme dans
Camera Work et, dans ce contexte, situera la prise de position politique
de Stieglitz.
Chantal BIZZINI: Hart
Crane et la photographie
Le poète américain
Hart Crane, choisissant d’illustrer son poème
épique The Bridge par la photographie, plutôt
que, comme il l’avait pensé dans un premier temps, par
une peinture de Joseph Stella représentant le Brooklyn
Bridge, saisit "[...] le Nouveau dont elle [la photo] a été
l’avènement [...]" (Barthes, La Chambre Claire).
Hart Crane a rencontré deux des plus grands photographes américains
de son époque: Alfred Stieglitz et Walker Evans.
Avec eux, il a parlé d’art, échangé une correspondance
; mais s’il a reconnu en Stieglitz un artiste qui partageait
sa "vision intemporelle", c’est pourtant avec Evans qu’il compose
le poème épique dans son entier. Il élit,
en effet, l’art photographique, souvent qualifié de "documentaire",
d’Evans, plutôt que l’image du pictorialiste et moderniste
Stieglitz, rencontré et admiré cependant le premier.
Si la découverte, immédiatement intense, de Stieglitz
par Hart Crane (ils partageaient tous deux une admiration pour
Whitman), a été amorcée par la photographie panthéiste
"Apples and Drops of Rain", prise en 1922, à Lake George,
le poème épique The Bridge, fruit de la collaboration
de Walker Evans et de Hart Crane, appartient à cette nouvelle
famille de livres illustrés par la photo qui, tout comme Bruges-la-Morte,
de Georges Rodenbach, ou Nadja, d’André Breton,
proposent le portrait d’une ville.
Nathalie BOULOUCH:
Un fou de couleurs? Stieglitz et l'autochrome
En juin 1907, la commercialisation
du premier procédé de photographie couleur, l’autochrome,
déclenche une réaction enthousiaste de
la part de Stieglitz à tel point qu’il organise, dès
septembre 1907, la première exposition d’autochromes
aux Little Galleries. Pourtant, sa pratique de l’autochrome sera
de courte durée. Pourquoi un tel engouement sans lendemain?
Cette intervention se propose de revenir sur les raisons qui,
au-delà de la seule valeur technique d’un nouveau procédé
photographique, ont pu nourrir les prises de positions de Stieglitz
en faveur de la couleur en 1907. En considérant le contexte
artistique international où la couleur s’affirme comme langage
expressif de la modernité picturale, tandis que s’énonce
une volonté de rénovation du pictorialisme, il semble
que Stieglitz ait vu dans l’autochrome un passeur entre deux conceptions
de la photographie; du pictorialisme au modernisme.
Suzanne W. CHURCHILL: Pas de deux, Mina Loy
et Alfred Stieglitz dansent le dada
Ma communication examinera la convergence curieuse de Mina
Loy et d’Alfred Stieglitz dans la revue The Blind Man de 1917.
La contribution "Oh Marcel — autrement j’ai aussi été
chez Louise" est un collage de bavardages, suivi d’une sorte d’anti-thèse,
l’injonction sérieuse de Stieglitz en faveur de l’anonymat
des œuvres exposées au Salon des indépendants. La juxtaposition
des textes de Loy et de Stieglitz montre comment le culte de la célébrité
(incarnée par Marcel Duchamp) se conjugue avec le désir moderniste
d’autonomie et de pureté artistique (exigé par Stieglitz).
Dans son itinéraire du futurisme italien au dada new-yorkais,
Loy développe une forme de polynimité — de jeu de noms
excessif et ironique — qui marie deux courants antithétiques
du modernisme et nous aide comprendre le pouvoir d’attraction de Dada
pour ces deux artistes. Du même coup, cette attirance pour Loy
et Stieglitz nous amène à approfondir les notions de modernisme
et d’avant-garde.
Suzanne W. CHURCHILL: Pas de deux,
Mina Loy and Alfred Stieglitz Dance Dada
My paper examines the curious convergence of
Mina Loy and Alfred Stieglitz in the 1917 Dada little magazine,
Blind Man. Loy's "Oh Marcel ... otherwise I have also been
to Louise's," a flippant collage of gossipy snippets, is followed
by an earnest letter from Alfred Stieglitz, calling for anonymous
submissions to the Independent Society exhibition. At first glance, Loy's
extravagant name-dropping seems like the antithesis of Stieglitz's
demand for anonymity. But in the juxtaposition of Loy's and Stieglitz's
contributions to Blind Man, we can see how Dada's cultivation
of celebrity (embodied by Marcel Duchamp) correlates the modernist drive
for artistic purity and autonomy (advocated by Stieglitz). As Loy migrates
from Italian Futurism to New Yark Dada, she develops a form of polynymity
— of excessive and ironic name-play — that unites these two seemingly
antithetical strains of modernism, helping to explain why two artists
as different as Loy and Stieglitz would both be attracted to Dada.
"Pas de deux" will offer an entree analyzing Loy and Steiglitz's
juxtaposition in Blind Man, an adagio illuminating the
common ground between them, two variations tracing each artist's
involvement with Dada, and a coda, explaining how their common attraction
to Dada complicates current conceptions of modernism and the avant garde.
Geneviève COHEN-CHEMINET: Le poème
est-il un cliché photographique?
Les portraits de joueurs d’échecs de Marcel
Duchamp (1907-1911-1912) seront mon point de départ: le
jeu d’échecs y délimite un espace heuristique différent
de celui de la fenêtre, conçue depuis Alberti comme
"fenêtre ouverte sur le monde". Le jeu d’échecs ouvre
le champ esthétique à deux opposés, la tuchè
(l’occasion, le hasard, l’imprévu) et la méthode (composition,
fragmentation, assemblage, mécanisme du mouvement). Sur l’espace
circonscrit de l’échiquier, le projet se modifie au fur et
à mesure du procès. Le jeu d’échecs a une stratégie
paradoxale, il avance "comme sans but" mais résulte de choix
successifs, découverts par déduction, parmi de multiples
possibilités analytiques de jouer. Il permet d’envisager autrement
la relation entre l’intention et la réalisation, la relation entre
la composition et l’effet produit dans le dispositif artistique. Il ouvre
les textes du poète objectiviste américain Charles Reznikoff
aux interrogations esthétiques de son siècle. Charles Reznikoff
(1894-1976) est moins connu que les pères fondateurs du modernisme,
Ezra Pound et William Carlos Williams, mais il poursuit des choix d’écriture
nés dans la période moderniste, que notre période contemporaine
réinvestit: une écriture littérale (ni naturaliste,
ni symboliste, ni réaliste), anti-lyrique, dés-originée,
sérielle et documentaire. C’est l’aspect documentaire de son écriture
que je propose d’étudier. Jusqu’ici, les critiques américains
ont choisi les œuvres de Charles Reznikoff les plus proches de la prose,
et répertorient les étapes d’écriture qui rappellent
par contiguïté le travail du photographe (choix des clichés,
editing, catalogue). Ainsi, Monique Claire Vescia dans Depresssion
Glass: Documentary Photography and the Medium of the Camera-Eye in Charles
Reznikoff, George Oppen, and William Carlos Williams (New York: Routledge,
2006) choisit des photographies de Lewis Hine pour illustrer le recueil
intitulé Testimony A Recitative. L’objectivisme, catégorie
critique, est construit sur la même fiction théorique
qui rendrait possible "la disparition élocutoire" du photographe
dans la photographie, "oeuvre pure", témoignage qui "èderait
l’initiative" aux images et produirait une empreinte ressemblante de
la réalité. Cette approche soulève quatre questions
auxquelles je tenterai de répondre, en m’appuyant sur des oeuvres
visuelles (The Ashcan School of Painting, Alfred Stieglitz, Saul Leiter,
Laszlo Moholy-Nagy):
- quels sont les présupposés théoriques
qui permettent le raccourci du poète photographe et l’analogie
du poème objectiviste comme cliché photographique ("the
poem as snapshot")?
- pourquoi le vers comme dispositif est-il jugé
incompatible avec la vie, l’authenticité du témoignage
vécu, la capture de l’instant fugace qui définirait
la photographie "prise sur le vif"?
- peut-on envisager les rapports de la poésie
et des arts visuels autrement qu’en termes d’illustration (exemplification,
traduction ou transfert d’un même contenu de sens, ou d’une
même expérience de la réalité urbaine,
d’un medium verbal dans un medium pictural)?
- que devient la notion de fidélité
au medium quand elle est confrontée à l’inter-médialité
du poème et de la photographie?
Linda DALRYMPLE HENDERSON: Les "Méta-réalités"
du modernisme dans le cercle de Stieglitz: Max Weber,
témoin de la 4e dimension et de l’éther de
l’espace
Eclipsés dans les années vingt par la théorie
de la relativité d’Einstein, la 4e dimension spatiale et l’éther
de l’espace étaient, pour le modernisme naissant au début
du XXe siècle à New-York, comme ailleurs, des aspects
importants de la quête pour une réalité au-delà
du visible. En tant que sites où pouvaient se retrouver des préoccupations
scientifiques aussi bien qu’occultes, la 4e dimension et l’éther
— tout comme les rayons "X" — fournissaient à de nombreuses artistes,
dont Max Weber, matière pour imagination créatrice.
L’anti-naturalisme symboliste qui régnait à "291" trouvait
appui dans la science nouvelle telle qu’elle était vulgarisée
et réinterprétée à l’époque; cela
donne une toute nouvelle résonance au reproche que Weber adressait
à Dove (un autre partisan de l’éther): "Ce n’est pas
ce que tu y vois, il faut que tu symbolises la nature".
Linda DALRYMPLE HENDERSON: The "Meta-realities"
of Stieglitz Circle Modernism: Max Weber as Witness
to the 4th Dimension and the Ether of Space
Although during the 1920s Einstein's
Relativity Theory would effectively eclipse the spatial
"fourth dimension" (redefining it as time) and the ether
of space (declaring it to have no without mechanical properties),
the rediscovery of these twin aspects of the early 20th-century
quest for a "meta-reality" beyond vision reveals a critical
dimension of modernism in New York and beyond. As sites where
both scientific and mystical/occult attitudes could readily converge,
the fourth dimension and the ether — like the X-ray — were highly
fruitful stimuli for the creative imaginations of a wide range
of artists, including Max Weber. Indeed, the Symbolist anti-naturalism
prevalent at "291" gained powerful support from the new science
as popularized and reinterpreted, a fact that gives important new
resonances to Weber's admonition to Arthur Dove (another devotee of the
ether): "It's not what you see there, you must symbolize nature".
Bibliographical References
:
Linda Dalrymple Henderson, The Fourth Dimension and
Non-Euclidean Geometry in Modern Art. Princeton: Princeton
University Press, 1983; new ed., MIT Press, 2010.
Linda Dalrymple Henderson, "Vibratory Modernism: Boccioni,
Kupka, and the Ether of Space", in From Energy to Information:
Representation in Science and Technology, Art, and Literature,
co-edited Linda Dalrymple Henderson and Bruce Clarke, 126-49.
Stanford: Stanford University Press, 2002.
Linda Dalrymple Henderson, "Editor’s
Introduction: I. Writing Modern Art and Science — An Overview;
II. Cubism, Futurism, and Ether Physics in the Early Twentieth
Century", Science in Context, 17 (Winter 2004), 423-66.
Linda Dalrymple Henderson, "Modernism
and Science", in Modernism, Comparative History of
Literatures in European Languages Series, ed. Vivian Liska
and Astradur Eysteinsson, 383-403. Amsterdam: John Benjamins,
2007.
Rachael DELUE: La peinture comme traduction
La critique récente a placé Arthur Dove fermement
dans le cercle de Stieglitz; son art est défini comme exemplaire
des intentions et des enjeux du photographe. S’il serait malavisé
de concevoir un Dove entièrement indépendant de Stieglitz,
il y a lieu cependant de le déloger quelque peu, d’esquiver
l’objectif stieglitzien, et de mieux regarder le peintre en face. Dans
cette intervention, cette esquive s’accomplit en considérant
Dove sous le signe de la traduction, sujet qui le passionnait dans sa
pratique de l’abstraction au point qu’il devint un maître du concept.
Dove s’intéressa à de nombreuses transpositions et à
leurs technologies: télégraphie, phonographie, radio,
ainsi qu’aux systèmes de transcription telles la sténographie,
la géométrie et la notation météorologique.
On abordera l’investissement de Dove dans la communication, qu’il explorait
par le biais de la traduction. Cette exploration, à son tour,
reflète son intérêt pour l’intersubjectivité
et l’investigation picturale, menée tout au long de sa carrière,
avec la possibilité pour les arts visuels de servir comme lieu
de la réimagination et du redéploiement des connaissances
humaines et de leur circulation.
Audrey GOODMAN:
Image/Text/Place: The Photographic Narratives
of Stieglitz and Weston
This paper explores
the ways that sequences of images by Alfred Stieglitz
and Edward Weston produce narratives of modern and Western
American places. By examining Stieglitz’s portraits of
"Old" and "New" Manhattan and of Lake George, New York,
the first part of the paper shows how Stieglitz integrated the
working city with the leisured country. The second part then
pursues the effect of Stieglitz’s aesthetics on Edward Weston’s
studies of California. In California and the West (1940),
Weston combined photographs of mostly undeveloped or rural places
with narratives of his travels with Charis Wilson ; the book
tells stories of social disintegration rather than productive
possibility. By reading Weston’s images of ruins with Wilson’s published
text and unpublished journal, the paper demonstrates how this collaborative
realization of the Depression-era West, like Stieglitz’s realization
of modernist New York, challenges viewers to tell new stories
about iconic American places.
Bibliographical
References :
Pyne, Kathleen. Modernism
and the Feminine Voice: O’Keeffe and the Women of
the Stieglitz Circle. Berkeley: University of California
Press, 2007.
Stebbins, Theodore E.
Edward Weston: Photography and Modernism.
Boston: Museum of Fine Arts/Bulfinch Press, 1999.
Stieglitz, Alfred. Photographs
and Writings. Eds. Sarah Greenough and Juan
Hamilton. Washington, D.C.: National Gallery of Art, 1999.
Wilson, Charis and Edward
Weston. California and the West. 1940.
Repr. Millerton, NY: Aperture, 1978.
Ulla HASELSTEIN: "Portraits de choses": Tender
Buttons de Gertrude Stein
Norman Bryson a fait l’observation suivante sur les natures
mortes cubistes: nous portons notre intérêt moins à
l’abstraction en soi qu’au tiraillement entre les forces de l’abstraction
et la gravité et l’inertie des formes familières de la
nature morte. Mutatis mutandis, cette description s’applique
bien à Tender Buttons de Gertrude Stein, oeuvre que son
auteur qualifia de "portraits de choses". Cette communication soutiendra
l’idée que le cubisme littéraire de Stein ne cherchait
pas la représentation mais bien la réalisation de l’objet
dans le medium du langage. En reprenant les concepts esthétiques
de Cézanne, et en travaillant de près avec Picasso,
Stein exploite les dimensions référentielles, conceptuelles,
visuelles et acoustiques du langage dans le but d’interpeler l’objet
et de le sommer de se manifester dans le cadre textuel et conceptuel
du portrait. Stein importe de la peinture la catégorie esthétique
de la ressemblance pour faire ses portraits verbaux des choses. Elle
organise sa composition textuelle simultanément sur divers niveaux,
avec l’effet que cette ressemblance rompt foncièrement avec la
représentation.
Ulla HASELSTEIN: "Portraits
of Things": Gertrude Stein's Tender Buttons
Norman Bryson once observed that in
cubist still life paintings "the interest is less in abstraction
than in the pull between the forces of abstraction and
the gravity and inertia of still life’s familiar forms". Mutatis
mutandis this description also fits Gertrude Stein’s Tender
Buttons, which the author characterized as "portraits of things".
I will argue that Stein’s cubisme littéraire aims
not at representing but at realizing the object in the medium of
language. Adopting Cézanne’s aesthetic concepts and working
in close contact with Picasso, Stein exploits the referential, conceptual,
visual and acoustic dimensions of language in an effort to address (and
caress) the object and make it appear in the textual/conceptual frame
of the portrait. Stein imports the aesthetic category of likeness for
her verbal portraits of things from painting. Organizing the textual
composition on various levels simultaneously, the effect of likeness is
a complete break with representation.
Rosina HERRERA: Les écrits de Stieglitz dans
le développement de la lanterne magique
Comme ensemble, l’œuvre photographique d’Alfred Stieglitz
compte parmi les plus connues, alors qu'un petit groupe de photographies
importantes représentent un chapitre oublié de son histoire.
Aujourd’hui, il n’existe pas d’étude poussée sur ses
diapositives pour la lanterne magique. Tôt dans sa carrière,
et grâce à ses connaissances considérables en chimie,
composition, couleur, présentation et art de la retouche, Stieglitz
a pu faire avancer les techniques pour produire des diapositives parmi
les plus belles de l’histoire de la photo. Il estimait que c’était
un excellent véhicule pour exprimer son art. Bien plus que de simples
positifs sur verre, les diapositives sont des objets d’aspect et de couleurs
délicats. Il raffina les techniques de développement et
de tonalité pour perfectionner ses résultats. Par la suite,
il partagea généreusement ses améliorations dans
les revues de photo de l’époque et eut ainsi un grand impact sur
le développement du processus de la diapositive.
Rosina HERRERA: The role of Alfred Stieglitz's
publications on the development of the lantern slide process
Collectively, the works of Alfred Stieglitz
are among the best known in photography. However, a small
but important group of photographs remains a lost chapter in
his œuvre. To date, no in-depth review of his lantern slides exists.
Stieglitz made lantern slides early in his career but he was more
than just a maker of lantern slides. Combining his considerable knowledge
of chemistry, composition, color, retouching and presentation, he
not only used the process, but furthered it to produce some of the most
beautiful examples of lantern slides known to the history of photography.
Stieglitz considered this process an excellent medium in which to express
his art. Much more than simple positives on glass, his slides are
objects of delicate appearance and color. After learning the process
early in his career, Stieglitz refined developing and toning techniques
that allowed him to achieve maximum results. He then generously shared
his improvements through the photographic journals of the day, making
a big impact in the development of the lantern slide process.
Bibliographical References
:
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Mr. Alfred Stieglitz”, The Photographic Times and American
Photographer 22 (22 January 1892), pp. 46.
“The progress of Amateur Photography
– some remarkable specimens of figure work”, Frank Leslie’s
Weekly 74 (9 January 1892), pp. 402.
“The annual lantern slide competition:
note on the unsuccessful slides”, The Amateur Photographer
18 (20 October 1893), pp. 263.
“Editorial table: foreign plates”, The
American Amateur Photographer 6, (September 1894), pp. 432-433.
“Notes and Comments” [Stieglitz arrives
in Europe], The Amateur Photographer 40, (18 October
1904), pp.301-302.
DAVISON, George, “To American Photographers”,
The American Amateur Photographer 6, (January 1894),
pp.1-7.
DAVISON, George, “American Amateur Photographer
Special Prize Competition, 1894: notes on some of the photographs”,
The American Amateur Photographer 7 (February 1895),
pp.49-58.
STIEGLITZ, Alfred, “A day in
Chioggia”, The Amateur Photographer, prize tour number
(June 1889), p.pp.7-9.
STIEGLITZ, Alfred, “Amateur photography:
the work of Alfred Stieglitz”, Frank Leslie’s Weekly,
pp.74 (3 March 1892).
STIEGLITZ, Alfred, “A plea for art photography
in America”, Photographic Mosaics 28 (1892), pp.
133-137.
STIEGLITZ, Alfred, “Experience with slide
plates”, The American Amateur Photographer, vol.
IV, Feb. 1892, pp.61-63.
STIEGLITZ, Alfred, “Toning slides with
uranium salts, and a few additional remarks on the color
of slides in general”, The Photographic Times, January
22, 1892, pp.42-43.
STIEGLITZ, Alfred, with R.M.
Shurtleff and Charles Ehrmann, “Photographic Times Competition”,
The Photographic Times and American Photographer 24
(20 April 1894) pp.242-243.
STIEGLITZ, Alfred, [Untitled], The
American Amateur Photographer 6, (September 1894), pp.431-433.
STIEGLITZ, Alfred with Louis H. SCHUBART,
“Two artists haunts”, The Photographic Times, vol.
XXVI, Jan. 1895, pp.12.
STIEGLITZ, Alfred, “Some remarks
on lantern slides. A method of developing partial and local
toning”, The Amateur Photographer 24, (10 September 1897),
203-204. Reprinted in Camera Notes 1 (October 1897),
32-39; The Photographic News 3 (1 October 1897), 645-647;
The American Amateur Photographer 9 (October 1897), 445-485;
and Photographisque Mitteilungen 34 (November 1897),
pp.242-243.
STIEGLITZ, Alfred, “Lantern
slide compensating cover glasses”, The American Amateur
Photographer, 11 (February 1899), pp.58-61.
STIEGLITZ, Alfred, “A tip”, Down Town
Topics, 4 (July 1905), pp.1-2.
Michael LEJA: Liens, discipline et abstraction moderniste:
le cas de Morgan Russell
Parmi les modernistes américains du début
du XXe siècle, Morgan Russell était des plus accomplis
et influents. Ses abstractions en couleurs étaient souvent structurées
sur la base d’une courbe en "S" que l’artiste rattachait aux rotations
et torsions de la figure humaine, plus spécifiquement celles
des sculptures de prisonniers par Michel-Ange. De nombreux membres de
l’avant-garde parisienne admiraient ces sculptures, dont Rodin et Matisse
pour ne mentionner que ceux-là. Mais l’intérêt qu’y
portait Russell était aussi motivé par des préoccupations
inconscientes liées à des souvenirs et des expériences
profonds qui remontaient à sa jeunesse. Dans sa peinture des structures
formelles étaient animées par une sublimation d’intenses
expériences physiques et psychiques, et il partageait cette stratégie
pictorale avec d’autres membres du cercle de Stieglitz.
Michael LEJA: Bondage,
Discipline and Modernist Abstraction: The Case of Morgan
Russell
Morgan Russell was among the most accomplished
and influential of American modernists in the early twentieth
century. His color abstractions were often structured
on a radiating S-curve, which the artist related to the twists
and torsions of the human figure, specifically those embodied
in Michelangelo’s sculptures of captives. Many members of the
Parisian avant-garde were admirers of these sculptures; Rodin
and Matisse, to name just two, appreciated them for their formal
and expressive richness. But Russell’s interest in the captives
had extra-artistic aspects as well: specifically unconscious ones
related to vivid and powerful physical memories and childhood experiences.
In his paintings formal structures were animated through sublimation
of physically and psychically intense experiences, and this pictorial
strategy was one he shared with other members of the Stieglitz circle.
Bibliographical
Reference :
Michael Leja, Looking Askance:
Skepticism and American from Eakins to Duchamp (Berkeley:
University of California Press, 2004).
Gail LEVIN: Alfred Stieglitz, la musique et le modernisme
Parmi les nombreuses facettes de la carrière de Stieglitz,
on a très peu étudié ses liens avec les compositeurs
modernes. Il appréciait et défendait les œuvres modernes
des compositeurs qui fréquentaient ses galeries, surtout "An
American Place". Dans ce groupe, on retrouve Edgar Varèse, Ernest
Bloch, Carl Ruggles et Aaron Copland. De plus, Stieglitz comptait parmi
ses amis d’importants critiques musicaux, dont Paul Rosenfeld en particulier.
Pour mieux cerner les relations de Stieglitz à la musique, cette
communication étudie l’intérêt double qu’il portait
à la musique et au modernisme. En commençant par les goûts
du jeune photographe, on poursuivra avec sa tentative de créer
une ‘musique’ visuelle dans sa pratique photographique, en particulier dans
ses séries des années vingt, A Sequence of Ten Cloud Photographs
(1922: Une Suite de dix photographies de nuages) et Songs of the
Sky (1923, 1924: Chants du ciel). On pensera aussi aux contextes
que sont le cercle immédiat de Stieglitz et, au-delà, Kandinsky,
par exemple, que Stieglitz avait cultivés.
Anne McCAULEY: À-propos du spirituel en photographie:
Coburn, Pound et les vortographes
En 1916, le poète Ezra Pound et le photographe Alvin
Langdon Coburn, tous deux américains expatriés à
Londres, s’associèrent pour produire une série de photos
de ce qui semblait être des rayons prismatiques abstraits et
des fragments de têtes vues en silhouette. Pound les appela "Vortographes".
Dans cette intervention, plutôt que de rejeter ces œuvres comme des
astuces ou tentatives d’émulations littérales de la peinture
cubiste, on montrera leur cohérence avec les démarches
des deux artistes pour évoquer une communication immatérielle
et spirituelle telle qu’ils la découvraient dans la musique
atonale, la culture orientale et les doctrines de la théosophie.
En construisant un appareil à viser les cristaux, semblable
au kaléidoscope, Coburn, avec les encouragements de E. Pound,
a reproduit un "skrying" de médium, jeu dans lequel le spectateur
dépassait les limites du temps et de l’espace pour se consoler
des horreurs de la Grande Guerre dans un monde de pure lumière.
Anne McCAULEY: Concerning the Spiritual
in Photography: Coburn, Pound and the Vortographs
In 1916 poet Ezra Pound and photographer
Alvin Langdon Coburn, both expatriates living in London,
joined together to produce a series of photographs of what
appeared to be abstract, prismatic rays and fragments of silhouetted
heads which Pound dubbed "Vortographs". Rather than dismissing
these works as gimmicky, literal emulations of Cubist painting,
this paper will demonstrate how they were consistent with their
creators’ shared interests in immaterial, spiritual communication
as embodied in atonal music, oriental culture, and theosophical
doctrines. By devising a kaleidoscope-like device through which
he focused on crystals, Coburn, with Pound’s encouragement, re-enacted
a mediumistic "skrying" in which the viewer could transcend the
limits of time and space and find solace in a world of pure light far
removed from the contemporary horrors of World War I.
Bibliographical Reference :
"Edward Steichen: Artist, Impresario, Friend"
and "Auguste Rodin, 1908 and 1910: The Eternal Feminine", In
Modern Art and America: Alfred Stieglitz and his New York
Galleries. Washington, D.C.: National Gallery of Art, 2001,
55-69; 70-81; 488-494.
"Alfred Stieglitz et le nu féminin",
La Revue du Musée d’Orsay (Autumn 2004): 78-92.
Let me know if you need any additional
information. I am in the process of doing a short book on
Stieglitz's The Steerage, but it will not be published before
the opening of the symposium.
Danièle
MÉAUX: Charles Sheeler, à la croisée
des arts
Charles Sheeler (1883-1965)
fut tout à la fois photographe et peintre. Il
participa notamment à la fondation du précisionnisme,
qui se développe aux USA dans les années
20, mettant l’accent sur la netteté des lignes, le respect
des formes et des valeurs lumineuses. Dès 1912, Sheeler
pratique la photographie ; il travaille librement, mais aussi
sur commande (en 1920 pour Vogue ou Vanity Fair,
en 1927 pour Ford ou encore en 1940 pour Fortune) ; il
met en images l’architecture, les bâtiments industriels
ou les machines. Cette communication portera sur les photographies
de New York réalisées par Sheeler, dans les
années vingt; ces vues sont symptomatiques d’une rupture
avec le courant pictorialiste et participent d’une évolution
vers les critères de la straight photography
; mais, dans le même temps, elles rejoignent une réflexion
sur la ville moderne, elles alimentent les recherches du peintre
ou encore le cinéma: ces images manifestent une fascination pour
les beautés de la ville américaine, ses gratte-ciel,
ses alignements de fenêtres et ses artères rectilignes
; à travers des choix techniques et esthétiques neufs,
elles célèbrent une architecture nouvelle ; elles
proposent un traitement de l’espace, qui rencontre les recherches
de peintres de l’époque. Par ailleurs, le précisionnisme
atteint souvent une qualité "photographique", notamment chez
Sheeler qui part fréquemment de clichés pour réaliser
ses toiles ; les vues de New York gagnent enfin à être
mises en parallèle avec le film Manhatta, que Sheeler
réalise en 1921 avec Paul Strand ; le travail du montage
retiendra l’attention. Il apparaît bien que, si les photographies
de New York réalisées par Sheeler jouent par leur
modernité un rôle dans l’évolution spécifique
de la photographie américaine, c’est au travers d’un
dialogue avec l’architecture, la peinture et le cinéma de
l’époque.
Mary O'CONNOR: L’Ecole de photographie Clarence
H. White: construire un modernisme à côté
de Stieglitz
Cette communication s’ouvre sur les premières relations
entre White et Stieglitz: l’exposition du Albright Art Gallery, la
Photo-Secession, la galerie 291, et la revue Camera Work, y
compris les projets menés en commun (voir Camera Work,
juillet 1909). Quel avenir ces relations envisageaient-elles déjà?
Quels "modernismes" se développent-ils après leur rupture
dans les institutions qu’ils fondèrent? Est-ce que ces courants
du modernisme se distinguent par des différences importantes
ou, plutôt, se rapprochent-ils l’un de l’autre plus qu’on n’a
voulu l’admettre? On cherchera les liens de l’école de Stieglitz
avec, par exemple, les photographies "Pressa Fair" de Margaret Watkins
ou les nus des années 30 de Paul Outerbridge, puisque ces deux
artistes étaient des étudiants de White. Stieglitz eut
l’occasion de critiquer l’école de White, mais les principes d’abstraction
et le travail photographique pécuniaire prônés par
cette école aboutirent à des productions modernistes comparables
à celles du cercle de Stieglitz.
Mary O'CONNOR: The Clarence H. White School
of Photography: Building a Modernism besides(s) Stieglitz
This paper looks back to the early relations
between Clarence White and Alfred Stieglitz in such projects
as the Albright Art Gallery exhibition, Photo-Secession, 291,
Camera Work, and even joint photographic experiments
(see Camera Work July 2009). It also looks forward to what we
might call an embeded futurity in those relations. After White
and Stieglitz went separate ways, what kinds of modernisms developed
out of these two pictorialist photographers and the art institutions
they founded? Are we able to identify comparable and/or distinct
modernisms in the avant-garde work associated with the Stieglitz
circle and the work produced out of the Clarence H. White School
of Photography? What for instance links Stieglitz or White to the
1928 Pressa Fair photographs of Margaret Watkins or the thirties nudes
by Paul Outerbridge, both of whom were White's students)? Whereas Stieglitz
at times wrote disparagingly about the White school, the principles of
abstraction and the emphasis on the use of art (making a living through
photography) that the School promoted resulted in parallel and important
modernist work.
Anne OLLIVIER-MELLIOS: Les intellectuels
critiques américains à la veille de la Première
guerre mondiale: y a-t-il une "génération 1913"?
Les intellectuels new yorkais des années
1910 ont fait l’objet de nombreuses études qui ont permis
de mettre au jour les formes de leur engagement ainsi que leurs lieux
de sociabilité et les milieux qui se structurèrent autour
du Parti socialiste américain, du mouvement féministe
ou de certaines revues radicales comme The Masses. Mon
étude s’attachera à voir si la notion de "génération
intellectuelle" telle que la définit Jean-François Sirinelli,
est opératoire pour décrire les intellectuels new-yorkais
la veille de la guerre mondiale. A cet effet, on évoquera
leurs années de formation, leur remise en cause des ainés,
leur expérience de l’Europe, ainsi que leurs liens avec
le socialisme comme autant d’éléments qui contribuèrent
à forger l’identité collective de ces intellectuels.
Mais ces intellectuels étaient aussi parfois des artistes
tout autant préoccupés par leur art, la question de
l’émergence d’une culture américaine et les développements
du modernisme, que par les questions de politiques et de société.
A cet égard, on se demandera si leurs contributions au débat
sur l’art et son rapport au politique ainsi que leurs interrogations
quant au statut de la culture américaine vis-à-vis de
la culture européenne, ne contribuèrent pas également
à renforcer la conscience qu’ils avaient d’appartenir à
une génération intellectuelle.
Alan TRACHTENBERG: L’Anonymat et la photographie américaine
Dans cette communication, je propose d’explorer les liens
entre les notions modernistes de la photographie et le rôle
de l’anonymat dans les conceptions modernistes de l’auteur. On ouvre
la discussion avec "Fontaine" de Duchamp, avec son assaut de bravoure
sur le principe même d’attacher un nom d’auteur à une œuvre
d’art. On visera en particulier les divisions dans les rangs des modernistes
au début du XXe siécle entre ceux qui affirmaient que
l’art était une "expression" et une vision personnelles, et ceux
qui tenaient à l’œuvre comme objet autonome et indépendant
de son "créateur", sauf pour un lien d’instrumentalité.
Notre objectif est d’éclairer la persistance de l’anonymat dans
le travail moderniste et en photographie tout particulièrement.
Apparaîtront au cours de notre discussion Duchamp, Picabia, Stieglitz,
Man Ray, Paul Strand, Edward Weston, Walker Evans et Helen Levitt.
Christophe VIART: Picabia, "une
explosion d'esprit stable"
Accueilli en héraut
de l'art moderne à l'occasion de l'exposition
de l'Armory Show en 1913, Francis Picabia est aussitôt
invité par Alfred Stieglitz à présenter
une série de nouvelles œuvres produites lors de son séjour
à New York. Il est significatif que Stieglitz distingue
Picabia parmi les "peintres qui refusent de faire ce que l'appareil
photographique peut faire mieux qu'aucun d'eux". C'est aussi
la raison selon laquelle, comme Picabia le déclare au
même moment, le public ne doit pas chercher dans la peinture
"le souvenir 'photographique' d'une impression visuelle" mais
voir en elle une nouvelle réalité plastique en soi.
L'intervention se propose d'analyser la stratégie mise
en œuvre par Picabia pour se libérer du complexe mécanique
de la ressemblance. II s'agit de montrer comment le peintre
condamne la représentation objective de la nature pour
lui opposer la copie d'une réalité déjà
faite sous la forme de modèles d'inspiration mécanique.
On étudiera une œuvre conçue dans l'idée
d'une "fille née sans mère" en rapport avec le sujet
de la reproductibilité technique tel qu'il pouvait être
discuté dans Camera Work et auparavant par Alphonse
Davanne, le grand père de Picabia, savant et photographe
au sein de la Société française de photographie.
On soulignera que si la conception du mécanique dans l'art
autorise à se référer à la théorie
bergsonienne du rire, elle conduit aussi heureusement à
convoquer l'esprit du Witz que les romantiques allemands
traduisaient comme un éclair de fantaisie, un Blitz tel
"une explosion d'esprit stable".
Kristina WILSON: La Galerie comme œuvre d’art: les
petites espaces de l’art moderne à New-York dans les années
vingt
Cette communication vise trois des premières galeries
vouées à l’art moderne à New-York: l’Intimate
Gallery d’Alfred Stieglitz (1925-1929), la galerie de la Société
Anonyme (1920-1921) et la Gallery of Living Art de A. E. Gallatin (1927-1943).
Cette étude suivra deux directions: premièrement, on montrera
que ces galeries étaient soigneusement conçues comme des
œuvres d’art en elles-mêmes, puisque l’expérience, tant
visuelle, physique et intellectuelle, du spectateur était organisée
pour engendrer un rencontre esthétique ; et, deuxièmement,
on indiquera que les espaces justement modestes de ces galeries contribuaient
d’une manière importante à la pertinence esthétique
et historique du spectacle.
Kristina WILSON: The Gallery as Art:
The Small Spaces of Modern Art in 1920s New York
This paper focuses on three of the earliest
gallery spaces devoted to modern art in New York City: Alfred
Stieglitz’s Intimate Gallery (open from 1925-1929) ; the Société
Anonyme’s gallery space (1920-21); and A.-E. Gallatin’s Gallery of
Living Art (1927-1943). The paper has two premises. The first is
that these galleries were carefully conceived works of art in themselves:
in each, viewers’ experiences — optical, physical, and intellectual
— were choreographed to induce a particular aesthetic encounter.
The second is that the smallness of each of these galleries was a specific
part of the viewer experience. These galleries were small in real
estate terms, but their smallness worked to very large aesthetic and
historical effects.
Bibliographical Reference
:
Corn, Wanda. The Great American Thing:
Modern Art and National Identity, 1915-1935 (Berkeley:
University of California Press, 2000).
Gross, Jennifer R., ed. The Société
Anonyme: Modernism for America (New Haven: Yale University
Press, 2006).
Lévy, Sophie. Transatlantic Avant-Garde:
American Artists in Paris, 1918-1939 (Berkeley: University
of California Press).
Staniszewski, Mary Anne. The Power of Display:
A History of Exhibition Installations at the Museum of Modern
Art (Cambridge, Mass.: MIT Press, 1998).
Wilson, Kristina. The Modern Eye: Stieglitz,
MoMA, and the Art of the Exhibition, 1925-1934 (New
Haven: Yale University Press, 2009).
BIBLIOGRAPHIE :
Eric de Chassey
et Sophie Lévy, Made in USA: L’Art américain,
1908-1943: entre nationalisme et internationalisme.
Réunion des Musées Nationaux, 2001.
Graham Clarke,
Alfred Stieglitz. Traduction de Jean-Yves
Cotté. Paris, Phaidon, 2006.
Alain Sayag,
"Stieglitz: un fantôme au musée", Cahiers
du Musée National d’Art Moderne, numéro
35 (1991).
Françoise
Heilbrun, Alfred Stieglitz. Paris, Musée
d’Orsay, 2004.
Alfred Stieglitz,
New York et l’art moderne: Alfred Stieglitz et
son cercle (1905-1930). Catalogue de l’Exposition,
Musées d’Orsay et Reina Sophia. Réunion des Musées
Nationaux, 2004.
Alfred Stieglitz,
Camera Work: Illustrations complètes.
Trad. de Frédéric Maurin. Taschen, 1997.
48/14, La
Revue du Musée d’Orsay. Automne 2004,
n°19. Numéro sur Stieglitz, avec articles de Françoise
Heilbrun, Peter Bunnell, Joel Smith et Anne McCauley.
Marc Dachy, Dada:
La Révolte de l’art. Gallimard, collection
découvertes, 2005.
Marc Dachy, Archives
Dada: Chronique. Hazan, 2005.
Claude Grimal,
Gertrude Stein, le sourire grammatical. Belin,
1996.
Roger Conover
et al., Arthur Cravan, poète et boxeur.
Galerie 1900/2000 et Terrain Vague, 1992.
Avec le soutien de la Fondation Terra pour l'Art américain
(Terra Foundation for American Art),
de l’Institut des Amériques, de l’Université
de Rennes 2 (CELAM) et de Poitiers (FORELL)