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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





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PÉRIPLES & PARAGES :

L'ŒUVRE DE FRÉDÉRIC JACQUES TEMPLE

DU VENDREDI 14 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 21 AOÛT (14 H) 2015

DIRECTION : Marie-Paule BERRANGER, Pierre-Marie HÉRON, Claude LEROY

Avec la participation de Frédéric Jacques TEMPLE

ARGUMENT :

Périples et Parages: ces deux titres empruntés à Frédéric Jacques Temple ouvrent, à double battant, sur son univers d’écrivain, salué par le prix Apollinaire en 2013. La passion des voyages l’a lancé, avec un même appétit, à travers les pays, les règnes, les livres et les formes d’écriture. Pour lui comme pour Ulysse, sa figure tutélaire, un périple est un voyage en rond qui ramène toujours le navigateur à son Ithaque, Montpellier. Fidèle à la Méditerranée, sa mer nourricière, quand il s’éloigne, ce n’est pas pour changer de parages mais pour en accroître le nombre et la diversité, s’enchanter de rencontres nouvelles entre la bibliothèque et le monde, débusquer des affinités inouïes entre poésie, peinture et musique. Rompre n’est pas la devise d’un poète kaléidoscope qui prend l’enfance et l’amour, la guerre et l’amitié, dans ses prismes d’écriture — poème ou récit, essai ou reportage. Plutôt qu’expérimenter les signes, c’est révéler le réel que ce "ravaudeur obstiné des mots" s’est donné pour tâche, et transmettre ses collectes au lecteur, d’une voix modulée tour à tour par l’effusion ou la colère, la nostalgie ou l’exaltation.

L’inventaire du monde et la quête de soi, les rencontres infinies de l’autre et du verbe sont des vases communicants pour un écrivain que fascine l’immémorial. Tel est l’objet que se propose ce colloque: parages et périples aimantent comme deux pôles une création dédiée à l’exploration multiple du temps.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 14 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 15 août
Naissances
Matin:
Pierre-Marie HÉRON & Claude LEROY: Ouvertures
Marie-Paule BERRANGER: Latitudes et longitudes: Temple dans les courants de la poésie [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]

Après-midi:
Gilles GUDIN de VALLERIN: Naissance d'un écrivain: les lettres de Frédéric Jacques Temple à sa mère pendant la seconde guerre mondiale
Pierre-Marie HÉRON: Temple sur le seuil: l'époque de La Licorne (1951-1954)

Soirée:
Lectures par Gérard LIEBER et Frédéric Jacques TEMPLE


Dimanche 16 août
Parages
Matin:
Claude LEROY: La rencontre avec Cendrars ou Sept oncles en un
Philippe GARDY: Frédéric Jacques Temple et Max Rouquette, une amitié au fil du temps (texte lu par Jean-Claude FORÊT)

Après-midi:
Pierre-Alain TÂCHE: Temple dans les parages
Gérard LIEBER: Portrait de l'artiste en ami lecteur

Soirée:
Spectacle par André BÉNICHOU (Hommage à la poésie de Frédéric Jacques Temple)


Lundi 17 août
Périples
Matin:
Ana-Maria GÎRLEANU-GUICHARD: "Je suis un arbre voyageur". Voyage et rituels de l’écriture chez Frédéric Jacques Temple
Michel COLLOMB: Les gens bizarres qu’on croise un jour... Une lecture de Beaucoup de jours (Actes Sud, 2009)

Après-midi:
Marie JOQUEVIEL-BOURJEA: Profonds pays: géo-graphies de la mémoire
Jacqueline ASSAËL: "La voix sirène de la mer" dans la poésie de Frédéric Jacques Temple

Soirée:
Récital chant et piano en hommage à Frédéric Jacques Temple, par Pierre CHARVET, avec Michael ABRAMOVICH (piano), Adèle CHARVET (mezzo soprano) et Antoine FOULON (baryton)


Mardi 18 août
Paysages privés
Matin:
Silke SCHAUDER: Écrire l’infini, écriture de l'infini. Notes sur l'œuvre de Frédéric Jacques Temple
Marie-France BOROT: Temple et les thyrses d’Éros

Après-midi:
DÉTENTE


Mercredi 19 août
"Moi, kaléidoscope"
Matin:
Rennie YOTOVA: Écrire en peintre: la poétique de Frédéric Jacques Temple
Pierre-Louis REY: La Route de San Romano, peinture d’une aventure

Après-midi:
Pierre LOUBIER: Frédéric Jacques Temple et le lait des livres
François AMY DE LA BRETÈQUE: Le scénariste au béret rouge. Temple scénariste de TV dans les années 1960-1970

Soirée:
Cinéma, avec François AMY DE LA BRETÈQUE


Jeudi 20 août
La chasse infinie
Matin:
Émilie FRÉMOND: Humeurs lyriques de FJT: des exhalaisons de la nature aux formes de l’oraison
Béatrice BONHOMME: Portrait du poète en Ulysse

Après-midi:
James SACRÉ: Éclats et retenues: des gestes lyriques dans les livres de Frédéric Jacques Temple (texte lu par Jean-Claude FORÊT)

Traduire la poésie, table ronde animée par Rennie YOTOVA, avec Rino CORTIANA et Frédéric Jacques TEMPLE

Soirée:
Lectures partagées avec le colloque parallèle "Le format court: récits d'aujourd'hui" par la Compagnie du Grain de Sable (PMVV)


Vendredi 21 août
Profonds pays
Matin:
Birgit WAGNER: Strates de la mémoire
Jean-Carlo FLÜCKIGER: Vendanges tardives: le vrai faux journal
"L'autre voyageur", échange entre Marie-Paule BERRANGER et Pascal AUGRAIN (Jardinier du CCIC)

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

François AMY DE LA BRETÈQUE: Le scénariste au béret rouge. Temple scénariste de TV dans les années 1960-1970
Temple apparaît quelquefois à l’image dans les émissions dont il a écrit le scénario, à la façon d’Hitchcock dans ses films (ainsi, en béret rouge dans L’Itinéraire du hussard). On peut y voir un signe: le scénariste signale sa présence, s’investit dans la réalisation, mais se tient en retrait et reste discrètement dans la marge. À partir du début des années 1960, fort de son expérience de réalisateur de radio, FJT a écrit un certain nombre de scénarios pour des documentaires destinés à la diffusion sur l’antenne de la télévision. Ce passage d’un medium à l’autre mérite d’être examiné. Temple y prolonge son goût du texte écrit et du récit oralisé. Son souci reste avant tout de faire entendre le texte, mais en le mettant in situ. Il sera intéressant aussi d’examiner son évolution sur trois décennies, même s’il n’est pas lui-même réalisateur et si ses intentions ont pu parfois être contrecarrées par les aléas de la production. Le documentaire avait acquis ses lettres de noblesses au cinéma dans les décennies d’après guerre, son passage à la télévision obligea à le repenser. Je m’appuierai sur un certain nombre de ces documents choisis parmi les suivants: Rhapsodie languedocienne (1961), Itinéraire du hussard (1970), L’itinéraire cévenol d’André Chamson ou La Terre promise (1972), Le Monde merveilleux de Paul Gilson (1973), Jean Hugo ou le reflet du paradis (1975) et  Chez Lawrence Durrell. Certains de ces films seront présentés dans la soirée. Dans la communication, je m’attacherai donc plutôt aux autres.

Agrégé de lettres classiques, docteur de troisième cycle en littérature française médiévale, docteur d’État en cinéma de l’Université Paris 3, François Amy de la Bretèque est professeur émérite d’études cinématographiques à l’Université Paul Valéry Montpellier III. Membre du Centre de recherches "RIRRA21", il a été l’initiateur et le responsable du programme "Histoire, archives et patrimoine dans le domaine du cinéma et des arts du spectacle". Membre du Bureau de la Cinémathèque euro-régionale Jean Vigo (Perpignan) et responsable du secteur "recherche et publications", il est esponsable éditorial de la revue Archives.
Publications
L’Imaginaire médiéval dans le cinéma occidental, Paris, Champion, 2004.
Auteur de très nombreux articles, il a dirigé et assuré la coordination de plusieurs ouvrages, dont:
Le "Local" dans l’histoire du cinéma, PULM, Montpellier, 2007.
Les cinémas périphériques dans la période des premiers temps/Peripherial Early Cinemas, Presses de l’Université de Perpignan, 2010.
Filmographie d'étude
Rhapsodie languedocienne (23’), prod. Direction Générale de Marseille, réal. Charles Paolini, diffusion ORTF, première chaîne, 28/05/1961.
L’Itinéraire du hussard, prod. Service de recherche de l’ORTF, réal. Philippe Lifchitz, diffusé dans émission "Banc d’essai", 2ème chaîne, 07/03/1970 (tourné en 1969, coécrit avec J Carrière).
Terre promise ou l’itinéraire cévenoise[sic] d’André Chamson (51’), réal. Jean Dasque, diffusé sous le titre: La Terre promise d’André Chamson, ORTF 3ème chaîne émission "Découverte", 02/08/1973.
Le Monde merveilleux de Paul Gilson (1h 21’), réal. Philippe Agostini, diff. 2ème chaîne, 27/05/1973.
Jean Hugo ou le reflet du paradis (28’), prod. FJT, J Rouré, réal. Madeleine Attal, diff. magazine FR3 Midi Pyrénées, 11/04/1975.
Chez Lawrence Durrell ("un siècle d’écrivains").


Jacqueline ASSAËL: "La voix sirène de la mer" dans la poésie de Frédéric Jacques Temple
"La mer est une présence inchangée", écrit Frédéric Jacques Temple, dans les concessions d’une interview.
Vraiment? En fait, un drame de la mer se joue entre ses vers. Surtout dans les poèmes qui évoquent le sable comme la cendre à quoi la mer réduit le temps et les galets, ou bien dans ceux qui admirent l’écume comme la pulvérisation des signes de beauté. Dans les textes où les lueurs rousses de la lune éclairent au soir une plage, les mystères d’amour sont maléfiques et dans les profondeurs insondables de la mer loge l’envers d’un monde noyé. Un aspect récurrent de la poésie de F. J. Temple dénonce l’ensorcellement de la mer, sa morsure de sel, la cruauté de son murmure de Sirène. D’ailleurs, la mer vient aussi mourir sur les rivages. L’entrelacement des thématiques d’amour et d’images des vagues est somptueux et douloureux.

Jacqueline Assaël est professeur de langue et littérature grecques à l’Université Nice Sophia Antipolis, spécialiste du tragique d’Euripide. Elle est aussi poète et essayiste.
Publications
Mémorial des limules. Essai sur la poésie de Frédéric Jacques Temple, Éditions de Corlevour, 2012.
Elle a dirigé le dossier paru sur Frédéric Jacques Temple dans le numéro 30 de la revue Nunc (2013) sous le titre: "Frédéric Jacques Temple: la poésie des sept points cardinaux".


Marie-Paule BERRANGER: Latitudes et longitudes: Temple dans les courants de la poésie
Quels sont les courants porteurs qui ont conduit Frédéric Jacques Temple jusqu’à nous aujourd’hui? La métaphore du voyage de poésie pour être ancienne n’est pas moins vive en ce qui le concerne: il s’agira de faire le point sur les affinités et les évitements qui situent le poète dans les lignées du XXème siècle. Des sources revendiquées, des amitiés électives aux rencontres fortuites et aux éloignements délibérés se dessine l’itinéraire d’un moderne, à la fois lyrique et laconique, aussi peu tenté par les démonstrations des avant-gardes que par l’exhibition littérale, et pourtant attentif à ce qui donne forme et bord: au blanc, à l’ellipse, à la part de silence où se forment les mots. Violemment impliquée dans le monde, mais récusant l’engagement, sans complaisance métaphysique, mais reprenant le fil des grandes méditations sur l’amitié humaine, sur la mort, sur les temps et les rythmes désaccordés de la nature et de l’homme, l’œuvre de Frédéric Jacques Temple cingle à l’écart des groupes littéraires du XXème siècle, croisant sous le vent quelques voix remarquables (Whitman, Rimbaud, Larbaud, Cendrars, Reverdy, Char...), sensible comme les uns à la nomination  la plus précise, comme les autres à l’illumination de l’image en coup de foudre, elle fait route entre les grands continents.

Béatrice BONHOMME: Portrait du poète en Ulysse
Le poème de Frédéric Jacques Temple a rapport au temps, au sens de mémoire. Il effectue un retour à l'"aletheia", l'ancienne vérité, mémoire de l'aède et du poète, célébration qui rapporte le mot à un temps d'épopée et de mythe. "Memorandum" immémorial, le poème retourne à la geste de l'Odyssée et poursuit, à la suite de la figure tutélaire d'Ulysse,une réécriture de ce grand mythe en traversant les strates du temps. Mais La réminiscence elle-même est reviviscence. Tout est émouvant enchevêtrement des fils de la vie, aventure de vivre, car "à chacun son aventure", ce qui fait que cette poésie taillée dans la mémoire et la mythologie sait aussi retrouver la précarité comme l'évanescence à travers la figure émouvante du chien d'Ulysse auquel s'adresse le poète.

Béatrice Bonhomme, poète, directrice de revue, professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, spécialiste du XXe siècle, a créé, en 2003, un axe de recherche dédié à la poésie, POIEMA, au sein du Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature et des Arts vivants, centre qu’elle a dirigé de 2007 à 2012. Elle a fondé avec Hervé Bosio, en 1994, la Revue Nu(e), revue de poésie et d’art, qui a consacré à ce jour 57 dossiers à l’œuvre des poètes contemporains et elle dirige La Société des lecteurs de Pierre Jean Jouve.
Publications
Mémoire et chemins vers le monde, Melis, 2009.
Pierre Jean Jouve ou la quête intérieure, Aden, 2009.
Béatrice Bonhomme a également publié des livres de poèmes.
Un livre sur l’œuvre poétique de Béatrice Bonhomme est paru en 2012 chez Peter Lang.


Marie-France BOROT: Temple et les thyrses d’Éros
C’est moins la plasticité du thyrse de Baudelaire qui est ici évoquée que la profusion de l’emblème dionysiaque, la profusion des offrandes de Temple. Donner, donner à voir ne lui suffit pas. Il lui faut lier, relier: c’est l’office d’Éros. Et tel Éros, Frédéric Jacques Temple est un agent de liaison entre les êtres et les choses du monde, le dedans et le dehors, l’ici et l’ailleurs. Si Éros pousse le poète aux périples, à la vie accrue, ses  navigations autour de la mer  ne le mènent "loin" que pour être "près des origines". Flâner du côté d’Hudson, c’est retrouver des parages familiers qu’il chante dans une langue traversée de mots anciens. Comme au jeu de la bobine, l’enfant qui vit en lui ne consent à l’éloignement que pour mieux appeler en retour le parage absolu de l’enfance dont il a été exclu.

Michel COLLOMB: Les gens bizarres qu’on croise un jour... Une lecture de Beaucoup de jours, Actes Sud, 2009
En lisant les notes autobiographiques de F.-J. Temple, on ne peut qu’être surpris par le grand nombre de rencontres inespérées qu’il eut la chance de faire et par celles manquées ou restées sans lendemain qu’il confie quand même au lecteur. Sans oublier les amitiés exceptionnelles qu’il a su cultiver, nous aimerions nous attarder sur certaines de ces rencontres inattendues et tenter de sonder le mystère de quelques-uns de ces amis de passage — rêveurs extravagants, mythomanes farfelus — dont la promesse se rappelle, obstinée et intrigante, à sa mémoire.

Michel Collomb est Professeur émérite de Littérature comparée à l'Université Paul-Valéry, Montpeliier. Il a publié avec Ph. Marty, Le Proche, notion d’esthétique et de sociologie. À partir de Georg Simmel, éd. Honoré Champion, 2010. Il prépare un ouvrage collectif sur Jean Cocteau face à la Grande Guerre et collabore au prochain Cahier de l’Herne, consacré à Cocteau.

Jean-Carlo FLÜCKIGER: Vendanges tardives: le vrai faux journal
Le garçonnet nous fait un grand sourire sur la couverture du volume: "Prenez-la donc, cette brassée de foin, cette large brassée d’instants à vivre, que je viens de ramasser pour vous !". Beaucoup de jours est d’abord un bel objet, qui se tient agréablement dans la main et qu’il vaut la peine de regarder, de décrire avec quelque attention. Le livre à peine ouvert, notre curiosité est aiguillée par la définition curieuse — "faux journal" — donnée en sous-titre. Les épigraphes en résument le sens en trois mots: "souvenirs", "autobiographie", "roman". D’emblée, l’auteur affirme préférer "au ‘journal’ qu[’il n’a] jamais tenu, les copeaux d’une vie reliés par beaucoup de silence" et, faisant surgir dès la première page les noms de Marcel Proust et de Blaise Cendrars, il nous invite à nous interroger sur le genre et sur les formes qu’il imprime à son travail d’écriture, entre recherche du temps perdu et recréé, mémoires, autofiction, mythobiographie, etc. Il s’agira ainsi d’étudier la façon dont Frédéric Jacques Temple aborde les grands thèmes de sa vie dans son "faux journal", la façon dont il en relate les étapes, les drames et les rencontres capitales, sans oublier les silences dont le récit se tisse. Somme toute, il s’agira d’éclairer la manière dont Temple construit sa personnalité —  reconnaissable entre toutes — de poète et d’écrivain. Mais au-delà de ces questions quelque peu abstraites, je voudrais me livrer à une lecture personnelle de Beaucoup de jours, ce bilan souverain de toute une vie, dans l’intention d’en dégager la poésie proprement dite, d’en mettre en lumière la puissance poétique.

Jean-Carlo Flückiger, directeur du Centre d’études Blaise Cendrars de l’Université de Berne (1985-2009), dirige la collection des Cahiers Blaise Cendrars.
Publications
Au cœur du texte: essai sur Blaise Cendrars, Editions de la Baconnière, 1977.
Chiens et chats littéraires chez Cingria, Rousseau et Cendrars, avec Jacques Berchtold et Jacques Réda, La Dogana, 2002.
Éditions de Cendrars
L’Eubage, Champion, 1995.
Moravagine, Denoël, coll. "Tout autour d’aujourd’hui", t. VII, 2003.
Bourlinguer, Œuvres autobiographiques complètes, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", t. II, 2013.
Articles récents
"Au cœur du temps", Aujourd’hui Cendrars, Paris, 2012.
"Pâques 1909: Cendrars et Wagner", Feuille de routes, n°52, automne 2014.
Sur F. J. Temple
"Écrire la guerre", À la rencontre de Frédéric Jacques Temple, Paris X-Nanterre, RITM, n°23, 2000.
"Courlis et balbuzards: les oiseaux de Frédéric Jacques Temple", Frédéric Jacques Temple, l’aventure de vivre, La Licorne, n°93, 2010.
""Tout entier là": la voix de Frédéric Jacques Temple", Les Univers de Frédéric Jacques Temple, Montpellier, PULM, 2014.


Émilie FRÉMOND: Humeurs lyriques de FJT: des exhalaisons de la nature aux formes de l’oraison

Si Julien Gracq décrit l’homme comme un "être constamment replongé", "étroitement branché" au sol d’une expérience foncièrement élémentaire, c’est bien au sol de la terre occitane que Frédéric-Jacques Temple doit la formation de son humeur. Avouant avoir "puisé dès [s]on entrée au monde [...] les substances tutélaires du Sud" (suint, odeur des marais, "ardeur" des garrigues, "moiteur des vents"), FJT ne cesse de rendre hommage à ce Sud qui exhale ses odeurs comme un vaste corps organique lui-même chargé d’humeurs. En répertoriant, dans une sorte d’herbier transformé en cahier d’odeurs, les variations de cette "senteur fauve/ qui transsude/ de sa présence abyssale" (La Chasse infinie), nous examinerons les liens qui s’établissent entre l’exhalaison — exhalaison de paroles, d’odeurs ou d’humeurs — et l’oraison, autrement dit comment les sécrétions d’une nature partagée entre la "lointaine paysannerie" dont se réclame le poète et le paganisme primitif du "Grand Pan", permettent de renouer avec certaines formes du sacré.

Ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay/Saint-Cloud, agrégée de Lettres modernes et docteur en littérature française, Émilie Frémond est spécialiste de poésie moderne. Elle a consacré l’essentiel de ses travaux au surréalisme, en particulier sa thèse de doctorat soutenue en 2012 (Le Surréalisme au grand air, inventaire et aventures d’une pensée de la nature). Ses domaines de recherche vont des échanges entre littérature, arts visuels et savoirs (géographie, anthropologie, physiologie, psychanalyse), à la poétique des avant-gardes. Elle enseigne actuellement en Première supérieure au Lycée Louis Thuillier d’Amiens.

Philippe GARDY: Frédéric Jacques Temple et Max Rouquette, une amitié au fil du temps
Frédéric Jacques Temple, l'écrivain de langue française et Max Rouquette, l'écrivain de langue occitane, n'ont pas cessé de dialoguer, directement ou indirectement, de longues années durant. Au-delà des nombreuses occasions qu'ils ont eues de pratiquer une amitié jamais démentie, ce dialogue s'est incarné dans leurs œuvres respectives, où l'un, à d'assez nombreuses reprises, est devenu le double de l'autre, et réciproquement. Ces échanges ont donné naissance à une authentique fraternité des mots et des thèmes de prédilection des deux écrivains. Tant et si bien que Rouquette a fini par venir hanter, littéralement, l'écriture de Temple, tandis que Temple s'est métamorphosé, le temps d'une anthologie et par le truchement de Max Rouquette, en l'écrivain d'expression occitane qu'il aurait aimé être (Poëmas, revirats a l'occitan per M. R., Montpeyroux, Jorn, 1999).

Directeur de recherche émérite au CNRS, Philippe Gardy a beaucoup écrit sur la poésie d'expression occitane des XVIe et XVIIe siècles, autour en particulier de la figure de Saluste Du Bartas. Parallèlement, il a consacré livres et articles aux poètes occitans du XXe siècle, et, tout spécialement, à Max Rouquette. Son dernier ouvrage publié, Paysages du poème (Presses Universitaires de la Méditerranée, 2014), évoque l'œuvre de six poètes d'oc de notre temps, dont Max Rouquette.

Ana-Maria GÎRLEANU-GUICHARD: "Je suis un arbre voyageur". Voyage et rituels de l’écriture chez Frédéric Jacques Temple
"L’écrire n’est qu’une des nombreuses formes du vivre", avance Frédéric Jacques Temple. Son œuvre, romanesque aussi bien que poétique, est née le long des routes américaines, québécoises, russes, italiennes; des trajets géographiques, aussi bien qu’intérieurs ("ce que je n’avais pu faire, je l’ai lu, voyageant dans les bibliothèques, les librairies, ces magasins du rêve"). Comment la charge affective et cognitive des voyages parvient-elle à catalyser les énergies créatrices et à nourrir l’imagination? Dans quelle mesure l’espace et le temps hors quotidien du voyage interfèrent-ils avec le temps et l’espace de l’écriture? Tenter de répondre à ces questions, c’est mettre à jour les liens complexes qui se tissent entre la pratique de l’écriture et d’autres pratiques dont certaines à valeur rituelle (voyager, mais aussi manger, boire, collectionner) dans un double mouvement d’aller retour.

Ancienne élève étrangère à l'École Normale Supérieure (rue d’Ulm), Ana-Maria Gîrleanu-Guichard est docteur en littérature française de l'Université Paris 4. Elle a enseigné la littérature française et comparée, la traduction et la traductologie en France et aux États-Unis. À présent, elle est lectrice de roumain à l'Université de Strasbourg. Elle prépare l’édition critique des textes inédits de C. G. Guez Ricord et une monographie consacrée à son œuvre. Ses recherches portent sur les relations entre littérature et art au XXe siècle, examinant, entre autres, les pratiques rituelles dans la création artistique.
Publications récentes
"Annonciation / énonciation dans l’œuvre de C. G. Guez Ricord", Écritures poétiques et écritures du sacré: interactions, Bernadette Hidalgo Bachs (dir.), Michel Houdiard éditeur, 2015.
"Dossier C. G. Guez Ricord" (coordination du dossier et édition de textes inédits provenant de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet et d’autres fonds privés), Fusées, n°22, 2012.
"Kathleen Raine, herméneute et poète de l'Imagination créatrice", Entre érudition et création, (dir.) Pascale Hummel, Philologicum, 2012.


Gilles GUDIN de VALLERIN: Naissance d'un écrivain: les lettres de Frédéric Jacques Temple à sa mère pendant la seconde guerre mondiale
Dans une centaine de courtes lettres envoyées par Fréderic Jacques Temple à sa mère, de 1941 à 1945, le jeune homme semble davantage préoccupé par la réception de journaux et de revues que par des éléments liés à la vie quotidienne. Il y exprime plusieurs fois son admiration pour l’Antiquité. En dépit du peu de temps dont il dispose et des dures conditions de la guerre, il adresse à plusieurs périodiques des articles de reportage et de critique littéraire et artistique, ainsi que des poèmes et des contes. Des poésies sont expédiées régulièrement à l’éditeur Charlot, qui le met en demeure de trouver un titre à son futur ouvrage. En mars 1945, l’éditeur de Camus accepte un nouveau manuscrit pour son recueil de poèmes à paraître, qui étant donné les événements, est publié en 1946 sous le titre Sur mon cheval. Au fur et à mesure des mois et des années, nous assistons à la naissance d’un écrivain, qui s’appelle "F.J. jusqu’à la fin des siècles".

Docteur en histoire, conservateur général des bibliothèques, Gilles Gudin de Vallerin est directeur des médiathèques de Montpellier Méditerranée Métropole. Il a participé à la construction de la BMVR de Montpellier et de neuf médiathèques. Il contribue à des publications concernant l’histoire littéraire (Laclos, Delteil, Sand, Malet, Temple, Rouquette) et à la conception ou l’organisation de bibliothèques. Il conduit la mise en place d’une Bibliothèque Numérique de Référence.

Pierre-Marie HÉRON: Temple sur le seuil: l'époque de "La Licorne" (1951-1954)
Au début des années cinquante, une émission littéraire bi-mensuelle diffusée sur les ondes de la station de Montpellier, Carnet de poche (1951-1954), précédée et accompagnée par une petite activité d’édition et complétée en 1953 par une modeste "feuille" mensuelle, Prospectus, fait rayonner l’ambition de "poésie vivante" de La Licorne, réunion de trois garçons enthousiastes cherchant leur place au soleil dans le champ littéraire de l’époque. Joseph Delteil les parraine, mais leur appétit de rencontres et de débats est vaste. Celui de Temple surtout, qui, avant de diriger Prospectus, devient très vite l’unique chroniqueur de Carnet de poche, où passent, au-delà d’une promotion de bonne guerre, des activités de La Licorne, ses idées, lectures du moment, admirations et prises de position, et son désir de compter. Cependant la voix de Temple poète ne se fait guère entendre durant ces mêmes années: les deux plaquettes de poèmes de 1945 et 1946 ont été très peu diffusées, les magnifiques "fables" de L’Oiseau-Rhume, parues en 1950, explorent une voie abandonnée, Inferno, un récit de guerre, ne le satisfait pas et les quelques poèmes (L’Ocellé, Le Figuier, Fog-Horn) qui, en 1951, accompagnent Silex, le manifeste poétique du groupe, n’ont pas de suite. Derrière le médiateur de littérature, le poète devient étrangement silencieux. Explorant ce moment manifestaire, la communication interrogera le paradoxe d’un silence qui s’installe, pour une longue décennie au moins, à l’époque où précisément, avec ses amis de La Licorne, Temple se manifeste, donne de la voix et, en quelque sorte, "fait du bruit" dans les médias.

Pierre-Marie Héron est professeur de Littérature française à l’Université Paul-Valéry Montpellier et membre de l’Institut universitaire de France. Il a conçu et réalisé le blog-événement "Les univers de Frédéric Jacques Temple", prix Apollinaire 2013 (http://lesuniversdetemple.wordpress.com/) et dirigé (avec Claude Leroy) Les univers de Frédéric Jacques Temple (Presses Universitaires de la Méditerranée, 2014). Il anime à Montpellier un programme de recherche sur Cocteau et son temps.
Publications récentes
Cocteau. Entre écriture et conversation, PUR, 2010.
Jean Cocteau unique et multiple (dir.), 2012, DVD-ROM aux éditions l’Entretemps prolongé par un site web mis à jour en 2014 (http://cocteau.biu-montpellier.fr/).
Jean Cocteau. Pratiques du média radiophonique (co-dir. avec Serge Linarès), Minard, 2013.
Cocteau journaliste (co-dir. avec Marie-Ève Thérenty), PUR, 2014.
Spécialiste des relations entre les écrivains et la radio en France au XXe siècle, il a dirigé cinq ouvrages sur le sujet. Dernier titre paru: Écrivains au micro. Les entretiens-feuilletons à la radio française dans les années cinquante (PUR, 2010). À paraître: Les radios de Philippe Soupault (dir., Komodo 21, 2015).


Marie JOQUEVIEL-BOURJEA: Profonds pays: géo-graphies de la mémoire
En 2011, Frédéric Jacques Temple publie Profonds pays. À la suite de Phares, balises & feux brefs, on peut lire les 49 brefs poèmes qui le composent comme autant de stations sur le chemin d’un "art poétique", tout proche d’être verlainien dans sa méfiance des "éteignoirs de la poésie" que sont "doctrines et [...] messages" (1) et, conséquemment, dans sa soumission au seul "plaisir" (2) comme viatique — justifiant ainsi une "musique" à nulle autre pareille ("Par [le plaisir], ce que l’on y entend, c’est ma musique. À chacun son aventure..." (3)). Loin de toute théorisation (cf. Verlaine: "Je n’aurai pas fait de théorie"), le poète livre en ce recueil sa propre "bonne aventure / [...] / Qui va fleurant la menthe et le thym" (Verlaine, "Art poétique"): "les embruns / nourrissent le thym / nous vivons / dans le chant solaire / de ces lumineux parages / lourds de fragrance / et de sel" (4). Mais s’il jubile (cf. "Jubilation" (5)), le poète n’en prend pas moins acte de l’"exil" d’avec sa "langue première" (6), comme du "lourd sommeil de bitume / [qui] submerge les continents" (7). Profonds pays rassemble ainsi les éléments essentiels d’une "poétique" qui n’existe, chez Frédéric Jacques Temple, que d’être vécue.
Mais ce sont ce que j’aimerais appeler des "géo-graphies de la mémoire" qu’explore une poésie où le présent, se dissolvant en une Présence immémoriale, épaissit la courte vue chronologique au contact de tous les "profonds pays" qui auront été traversés. L’intensité du vivre se mesure ainsi à l’étroite concaténation entre un temps vécu et un espace habité comme "saisi par l’imagination" (Bachelard (8)) depuis l’outre-mémoire d’une commune humanité, que précéderont toujours "[i]mmémorial" soleil, "vague / intemporelle" (9), "maître vent tutélaire" (10), "aigles / millénaires" (11)  ou "doux galets / aux naissances lointaines" (12): "Nous sommes de cette terre" (13), résume à sa façon le vers liminaire de Profonds pays. Du Larzac, certes, qui "a raconté [au poète] les siècles enfouis dans les gisements du jurassique"; de cette mer Méditerranée, encore, "où jadis les dieux ont dansé sous le soleil" (14); mais du "monde entier" semblablement, dans la traversée, réelle tout autant que rêvée, des "profonds sommeils de sable" (15) de tous les continents. Accueillant, dans l’étroit couloir de quelques vers, l’histoire commune que tissent, entre pierres et mers, temps immémoriaux et espaces habités/rêvés, le poème partage avec son lecteur une étonnante qualité de présence. C’est cette singulière qualité de "présence" du poème de Frédéric Jacques Temple que je me propose d’approcher, à partir du point d’orgue que constitue le recueil de 2011. Je serai ainsi conduite à (re)lire l’ensemble d’un corpus poétique dont l’écrivain lui-même reconnaît qu’il participe, au même titre que sa prose narrative, d’un incessant travail de mémoire (16), en mettant l’accent sur cette "traversée des profondeurs" dont Jean-Pierre Richard a montré combien elle informait les mouvements de notre poésie moderne (17).
(1) F. J. Temple: "... Poète américain", préface à l’Anthologie personnelle (poésie), Arles, Actes Sud, 1989, p. 11.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4)
F. J. Temple: "Parages", in Profonds pays, Bussy-le-Repos, Éditions Obsidiane, 2011, p. 8.
(5) Ibid., p. 9.
(6) Ibid., "Exil", p. 12.
(7) Ibid., "Car le noir aussi est de l’or", p. 61.
(8) Cf. G. Bachelard: "Introduction", in La Poétique de l’espace [1957], Paris, PUF/"Quadrige", 1998, p. 17.
(9) Profonds pays, op. cit., "Esquisses", p. 17.
(10) Ibid., "Ordre du ciel", p. 13.
(11) Ibid., "Delphes", p. 35.
(12)
F. J. Temple: "La plage de Maguelonne", in Phares, balises & feux brefs, Marchainville, Éditions Proverbe, 2005, p. 10.
(13) Profonds pays, op.cit., "Parages", p. 8.
(14)
F. J. Temple, entretien avec J. Lovichi, Sud, n°5, juin 1999.
(15)
F. J. Temple: "Voici d’abord le soleil...", in Les Œufs de sel [1969], repris dans Anthologie personnelle, op. cit., p. 54.
(16) "Tout ce que j’écris est œuvre de mémoire", in
F. J. Temple, entretien cité avec J. Lovichi.
(17) Cf. J.-P. Richard, Poésie et profondeur, 1955.


Spécialiste de poésie, Marie Joqueviel-Bourjea est maîtresse de conférences HDR en littérature française des XXe et XXIe siècles à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3.
Publications
Jacques Réda, la dépossession heureuse - habiter "quand même", L’Harmattan, 2006.
Faut-il oublier Valéry?, L’Harmattan, 2006, Études valéryennes, n°100.
En collaboration avec Serge Bourjea:
Paul Valéry, Cahier 43, Fata Morgana, 2006.
Choses tues: le trait, la trace, l’empreinte (Poésie & Peinture), Presses Universitaires de la Méditerranée, 2008.
Revue Nu(e), n°47, consacré à Marie Étienne, 2011.
Marie Étienne, organiser l’indicible, L’Improviste, 2013.
À paraître en 2015: Jacques Réda - À pied d’œuvre, Champion.


Claude LEROY: La rencontre avec Cendrars ou Sept oncles en un
Alors que, dans Le Panama, Cendrars retrace les aventures de sept oncles qui lui ressemblent beaucoup, dans les parages de Frédéric Jacques Temple croise un oncle unique aux sept visages. Apparaissent tour à tour sous le nom de Blaise Cendrars: 1) L’écrivain célèbre qui répondant à l’appel d’un inconnu lui a généreusement envoyé un inédit. 2) L’ermite qui a reçu le "type de Montpellier" à Saint-Segond, sur les hauteurs de Villefranche-sur-Mer, et lui a offert, comme on adoube, d’endosser sa chemise. 3) "L’oncle Blaise" qui a initié "Basile", son anagramme de neveu, aux sciences naturelles. 4) Le grand aîné dont le cadet affirme avec constance, depuis plus de cinquante ans, qu’il "commence". 5) Le dédicataire élu de quelques poèmes clefs. 6) Le poète qui a inspiré ou plutôt suscité quelques-uns de ses poèmes majeurs. 7) Et, surtout, la figure tutélaire trop vite et pourtant mal déchiffrable qui se dégage chez FJ Temple des six portraits précédents, bourlingue, poésie et secret intimement mêlés.

Claude Leroy est professeur émérite à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense.
Publication sur Blaise Cendrars
Dans l’atelier de Cendrars, Champion, 2011 (Prix de la Critique de l’Académie française, 2012).
Éditions critiques
Œuvres complètes, Denoël, "Tout autour d’aujourd’hui" (dir. des 15 vol., 2001-2006).
Œuvres autobiographiques complètes, La Pléiade (dir. des 2 vol., 2013).
Publications sur la rencontre
Le Mythe de la Passante de Baudelaire à Mandiargues, PUF, 1999.
Éros géographe, Septentrion, 2010.
Publications sur FJ Temple
À la rencontre de Frédéric Jacques Temple, premier colloque consacré au poète (Nanterre, RITM, n°23, 2000).
(avec Pierre-Marie Héron) Les univers de Frédéric Jacques Temple (Presses Universitaires de la Méditerranée, 2014).


Gérard LIEBER: Portrait de l'artiste en ami lecteur
Inlassablement F.J. Temple envoie des lettres, des cartes postales, des messages, rend visite. Très attentivement, il lit les textes des autres, les présente, les fait connaître et perdurer. Il y a les amis célèbres: Henry Miller, Lawrence Durrell, Joseph Delteil, et les "amis inconnus", moins ou peu connus, par exemple: Serge Michenaud, Robert Marteau, Marcel Sauvage, Paul Pugnaud, Jean Digot, Roger Rudigoz, Jean Carrière, Jean-Pierre Foucher, Henk Breuker, Charles Tricou, Cilette Ofaire... Nous allons essayer d’en évoquer certains dans un montage de textes pour prêter attention à ces échanges où il est moins question de notoriété que d’écriture et d’amitié.

Gérard Lieber est professeur émérite en études théâtrales à l’Université Paul Valéry Montpellier. A participé à diverses rencontres et lectures consacrées à F. J. Temple.
Article récent
"Confrontation avec le théâtre", in Les univers de Frédéric Jacques Temple, 2014.


Pierre LOUBIER: Frédéric Jacques Temple et le lait des livres
La relation que F. J. Temple entretient avec le livre et la littérature est orale, corporelle, proche d’une innutrition dévoratrice, jamais totalement sevrée depuis l’enfance. La "barque d’encre", depuis, berce celui qui a tété le lait des livres ("Trop de livres trop de rêves trop de lait"!) et l’entraîne loin, vers les prairies d’un Nouveau Monde qu’illuminent les seins blancs d’Atala. Des voix glissent des mots, que l’écriture s’approprie pour les glisser à son tour dans les textes comme des passagers clandestins. Art de la citation nomade, l’écriture et le voyage prouvent que les "lectures n’avaient pas menti".

Pierre Loubier est professeur de littérature française du XIXe siècle à l’Université de Poitiers, il est l’auteur d’un essai sur la poésie de la ville, Le Poète au labyrinthe, ENS éditions, 1998; d’un essai sur les Complaintes de Jules Laforgue, Jules Laforgue, l’orgue juvénile, Séli Arslan, 2000 et d’un essai sur l’élégie, Sentinelles de la douleur - La Voix plaintive I, Élégie, Histoire, Société sous la Restauration, Hermann, 2013. Co-fondateur et secrétaire de la Société des lecteurs de Léon-Paul Fargue, il a publié des articles sur Chénier, Vigny, Hugo, Lamartine, Balzac, Baudelaire, Corbière, Verlaine, Cendrars, Fargue, Michaux, Goffette.

Pierre-Louis REY: La Route de San Romano, peinture d’une aventure
Le célèbre tableau de Paolo Uccello a inspiré à F. J. Temple son récit, La Bataille de San Romano (Actes Sud, 1996). Le tableau offre une scène figée, où le mouvement semble suspendu. Le récit court, et ses décors changent. Il n'est nullement une illustration, pas même une transposition du tableau. Il s'agira seulement d'examiner de possibles correspondances entre les descriptions de l'écrivain et l'usage des lignes et de la couleur par le peintre. La fragmentation du récit pourra elle-même être appréciée en corrélation avec celle du tableau.

James SACRÉ: Éclats et retenues: des gestes lyriques dans les livres de Frédéric Jacques Temple
Frédéric Jacques Temple ne théorise guère les pourquoi et les comment de son écriture dans ses livres. Cependant ceux-ci dans les rapports qu’ils entretiennent entre eux ne manquent pas d’être éclairants à ce sujet. Nous avons cru percevoir en les lisant que de subtils jeux d’emploi du lyrisme, entre "romans" et livres de poèmes, finissent par suggérer que les catégories de genre sont en général très arbitraires et qu’elles ne recouvrent en fait que des variations formelles à propos de ce qu’est vivre dans les mots après avoir vécu dans le monde, entre éclats et retenues du dire.

Né en 1939 à la ferme familiale en Vendée (village de Cougou, à Saint-Hilaire-des-Loges), James Sacré fut instituteur puis instituteur itinérant agricole avant son départ aux États-Unis . Enseignant (en langue et littérature françaises) dans une université américaine (Smith College) de 1972 à 2001, il a fait de ombreux séjours en Europe (Italie, Espagne et Suisse surtout) au Maroc et en Tunisie, et à travers les Etats-Unis. Vivant actuellement à Montpellier, il participe . aux comités de rédaction de la revue ORACL, puis de la revue Triages (éditions Tarabuste). Quelques prix de poésie lui ont été attribués: Prix Broquette-Gonin de l’Académie Française, 1972, Prix Obsidiane, 1983, Prix Apollinaire, 1988, Prix Max Jacob, 2013. Un colloque lui a été consacré à Cerisy en 2010.
Parmi ses nombreuses publications
Cœur élégie rouge, Seuil, 1972.
Figures qui bougent un peu, Gallimard, 1978.
Viens, dit quelqu'un, André Dimanche, 1996.
Un désir d’arbres dans les mots, Fario, 2015.
Sur son œuvre
Supplément Triages, "Actes du colloque James Sacré à l’Université de Pau, mai 2001", Tarabuste éditions, 2002.
L’étrangère, n°29 / 30, "Actes du colloque de Cerisy, été 2010", 2012.
Alexis Pelletier, James Sacré, Éditions des Vanneaux, "Présence de la poésie", 2015.


Silke SCHAUDER: Écrire l’infini, écriture de l'infini. Notes sur l'œuvre de Frédéric Jacques Temple
"L’écrivain doit se confronter à l’Éternité ou à son absence — tous les jours". Cette phrase d’Ernest Hemingway, extrait de son discours de réception du Prix Nobel en 1954 (1) nous servira de fil d’Ariane dans la lecture de l’œuvre protéiforme de Frédéric Jacques Temple. Nous nous proposons d’y interroger la notion de l’infini qui semble secrètement, originairement, liée à la poésie et son devoir envers le blanc de la page, hiératique. Notre réflexion se concrétisera selon trois axes: 1) en tant que traducteur, Temple jouit d’une connaissance intime des œuvres de D.H. Lawrence (1885-1930), de Henry Miller (1891-1980) qui posent l’érotisme comme une des modalités les plus radicales d’expérimenter l’infini. Comment l’infini, avec ses altérations  du temps et de l’espace, devient-il alors palpable? 2) L’intérêt marqué de Temple pour des écrivains maritimes et d’aventure, tels que Joseph Conrad (1857-1924), Hermann Melville (1819-1891) et Jules Verne (1828-1907) fait apparaître la mer comme figure archaïque et inlassable de l’infini. "Mais il y a la mer. Qui l’épuisera?" se demandait déjà Eschyle. Comment son étendue, sa respiration soutiennent-elles l’expérience poétique? 3) L’importance des amitiés de Temple avec des peintres tel que Soulages étant amplement connue, l’espace de la toile sera mis en regard avec celui de la page blanche. Comment les deux ouvrent sur l’infini? C’est au confluent de ces dialogues et pratiques — traduction, mer, peinture — que nous chercherons des éléments de réponse à nos questions. À l’infini, comme à l’impossible, la poésie est tenue. Sa mise en tension, entre éternité, infini, et absence nous offrira des incursions dans l’œuvre, toute en dédales, de Frédéric Jacques Temple.
(1) "He must face eternity or the lack of it each day". Un extrait de son discours peut être écouté sur http://www.nobelprize.org/mediaplayer/index.php?id=1399.

Silke Schauder est professeure de psychologie clinique et de psychopathologie à l’Université de Picardie Jules Verne, art-thérapeute et psychologue clinicienne d’inspiration psychanalytique. Après des études en psychologie, en arts plastiques, en art-thérapie et en psychanalyse, elle a soutenu, en 2009, son habilitation à diriger des recherches sur le traumatisme dans la création artistique. Co-responsable pédagogique avec Dominique Baqué et Magali Molinié, d’un DESU d’art-thérapie, elle consacre la plupart de ses recherches et publications à la dynamique de la création chez Shakespeare, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Camille Claudel, Rainer Maria Rilke, Ernest Hemingway, Michael Jackson et Marilyn Monroe. Membre de la SFPE-AT, du groupe de Recherches Pandora et de l‘AIRHM, elle a organisé une douzaine de colloques y compris deux colloques à Cerisy: l' un en 2006 sur Camille Claudel et l'autre, en collaboration avec Michel Itty, sur Rainer Maria Rilke, en 2009.

Pierre-Alain TÂCHE: Temple dans les parages

Frédéric Jacques Temple a surgi, un jour, dans les parages. Au propre comme au figuré. C'est évoquer d'abord un homme scrupuleusement attentif à un pays romand auquel, dès son enfance, il se trouve être attaché par des liens forts. On devrait en tirer certains enseignements. Mais c'est aussi la découverte d'une poésie nourrie du vaste monde et qui se révèle être d'une grande proximité. Il s'agira de dénouer les possibles raisons de cet apparent paradoxe.

Pierre-Alain Tâche, né en 1940, vit à Lausanne. Il est docteur en droit et a exercé le barreau, puis la magistrature judiciaire.
Il est l'auteur de plus d'une vingtaine de recueils de poèmes parus, dès 1962, chez divers éditeurs et de trois proses disponibles aux Éditions Zoé. Il a notamment reçu le Prix Roger Kowalski, en 2010.


Birgit WAGNER: Les strates de la mémoire
La prose de Frédéric Jacques Temple est celle d’un poète, l’intensité de la page le dispute à la continuité narrative, qui est pourtant la caractéristique du récit. Dans certains passages — très fréquents dans l’œuvre narrative du poète — se produit une densification du texte (une "Verdichtung" — je rappelle que le mot allemand "Dichtung", poésie, contient l’élément sémantique "dense") sous le signe de la mémoire. Sont coprésentes plusieurs strates du souvenir, créant un moment mémoriel où le vécu, le lu, l’observé à divers moments du passé s’offrent quasi simultanément aux lecteurs, telles les gerbes de lumière d’un feu d’artifice: illuminant, pour quelques instants, le progrès du récit qui ne peut être que de l’ordre de la durée et de la construction d’un univers fictif /autobiographique. Ma contribution se propose d’étudier cette microstructure du texte qui me paraît une qualité très personnelle des récits de Frédéric Jacques Temple.

Birgit Wagner, professeur d’études romanes auprès de l’Université de Vienne (Autriche). Dans le domaine des lettres françaises, outre de nombreuses publications sur les Lumières, elle est aussi l’auteure d’articles sur Alfred Jarry, Valery Larbaud, Blaise Cendrars, René Crevel, André Pieyre de Mandiargues et sur des revues d’avant-garde (Nord-Sud, La Révolution Surréaliste). De 2012 à 2014, elle a été la présidente de l’Association Internationale Blaise Cendrars.

Rennie YOTOVA: Écrire en peintre: la poétique de Frédéric Jacques Temple
La création poétique de Frédéric Jacques Temple représente une palette d’identités. Cette communication mettra en avant comment l’ami des peintres écrivait en peintre. Poète du regard, exprimant une profonde affinité avec la peinture Frédéric Jacques Temple, établit un dialogue entre les arts en déclarant "Moi aussi je suis peintre" dans Profonds pays. Concentrés de rêves, lumières, couleurs et paysages constituent une poétique picturale de la rencontre et de la co-présence.

Rennie Yotova est maître de conférences HDR à l’Université de Sofia "St. Clément d’Ohrid", en Bulgarie.
Publications
Jeux de construction: poétique de la géométrie dans le Nouveau Roman, Paris, l’Harmattan, 2006.
Écrire le viol, Paris, Non Lieu, 2007.
La Trilogie des jumeaux, Bienne, Infolio, 2011.
A mis en place le concours de poésie régional "19" pour les pays francophones de l’Europe centrale et orientale (2014) parrainé par Frédéric Jacques Temple.




Traduire la poésie, table ronde animée par Rennie YOTOVA, avec Rino CORTIANA et Frédéric Jacques TEMPLE
Frédéric Jacques Temple et Rino Cortiana, tous deux poètes et traducteurs, se sont notamment traduits l’un l’autre. Ils s’entretiendront sur leurs conceptions et sur leurs pratiques respectives de la traduction au cours d’une table ronde, dont Rennie Yotova, elle-même traductrice, sera la modératrice. Leur dialogue s’appuiera en particulier sur l’anthologie bilingue de poèmes de F. J. Temple que Rino Cortiana vient d’établir et de publier spécialement pour le colloque de Cerisy: Poesie di F. J. Temple (Venezia, Cafoscarina Editrice, 2015).

F. J. Temple a traduit entre autres:
- Lawrence Durrell et Henry Miller, Correspondance 1935-1980 (Buchet/Chastel, 2004).
- Thomas Hardy, Poèmes du Wessex et autres poèmes (Poésie/Gallimard, 2012).
- Rino Cortiana, La toile et le dragon. Hommage à Carpaccio, L’Arbre, 2004; Lynx lynx (2005), recueil de poèmes dont plusieurs extraits ont paru dans des revues françaises (Europe, mai 2007).

Rino Cortiana, professeur de littérature française à l’Université Ca’ Foscari de Venise, est l’auteur d’études sur:
- la poésie de Cendrars: Attorno alla poesia di Cendrars. Simbolismo, modernità e avanguardie (Venezia, Studio LT2, 2010).
- des poètes français contemporains (Soupault, Char, Tardieu, Du Bouchet, Temple, Bonnefoy, Réda, Jaccottet, Noël): Tra le pieghe dell’orizzonte. Parole e spazi nella poesia francese contemporanea (Venezia, Marsilio, 2012).
- F. J. Temple: "Passage d’Ulysse, autour du poème Ulysse à ses chiens" (Paris X-Nanterre, RITM, n°23, 2000); "Des arbres et des racines dans les œuvres de Frédéric Jacques Temple" (La Licorne, n°93, 2010); "Pages d’Italie" (Les Univers de Frédéric Jacques Temple, Presses Universitaires de La Méditerranée, 2014).
Il a traduit:
- Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, poésies complètes en deux volumes: Dal mondo intero (Guanda, 1980, 1989); Al cuore del mondo (Libri Scheiwiller, 1992).
- Une section du recueil de Prévert, Paroles: Parole (Rino Cortiana, Maurizio Cucchi e Giovanni Raboni, Guanda, 1989).
- Un choix de poèmes de Jacques Réda et de Jacques Roubaud à l’occasion des "Rencontres sur la poésie contemporaine" à l’Université de Venise.
- Poesie di F. J. Temple (Venezia, Cafoscarina Editrice, 2015).




Spectacle, par André BÉNICHOU (Hommage à la poésie de Frédéric Jacques Temple)
Le propre de la poésie, c’est d’éveiller en nous ce qu’il y a de plus fragile. Je vais essayer de mettre en mots la poésie de Frédéric Jacques Temple, au travers de Poèmes de guerre, La Chasse infinie et Poèmes égarés.

André Benichou est né en 1934 à Tlemcen en Algérie. En 1956, il présente le concours d'entrée à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art dramatique de Strasbourg. Il a travaillé avec Roger Planchon  (Théâtre National Populaire à Villeurbanne), Armand Gatti et Jean Dasté. En 1967, il crée le Théâtre Populaire Jurassien (TPJ) à Lons-le-Saunier et est appelé à la fonction de Conseiller Technique et Pédagogique auprès du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Plus de 80 spectacles ont été montés et joués, en France et à l'étranger. Parallèlement à son travail de création, il apporte une aide primordiale aux troupes amateurs. Dès son installation à Lons-le-Saunier, il crée un stage-festival en juillet/août où sont mêlés amateurs et professionnels.

BIBLIOGRAPHIE :

ŒUVRES

Poésie
Anthologie personnelle, Actes Sud, 1989 (Prix Valery-Larbaud, 1990).
Poëmas Poèmes, édition bilingue, trad.  en occitan par Max Rouquette, Ed. Jorn, 1999.
La Chasse infinie, Jacques Brémond, 2004.
Profonds Pays, Obsidiane, 2011.
Phares, balises & feux brefs, suivi de Périples, Bruno Doucey, 2012 (Prix Apollinaire, 2013).

Prose
Les Eaux mortes (1975), Actes Sud/Babel, 1996.
Un cimetière indien (1981), Actes Sud/Babel, 1996.
L’Enclos (1992), Actes Sud Babel, 2005.
La Route de San Romano, 1996.
Le Chant des limules, Actes Sud, 2003.
Beaucoup de jours, faux journal, Actes-Sud, 2009.

Essais
D. H. Lawrence. L’œuvre et la vie, Seghers, 1960.
Henry Miller (1965), Buchet-Chastel, 2004.
Blaise Cendrars et Henry Miller, Correspondance 1934-1979, Denoël, 1995 (introduction).

Traductions
Lawrence Durrell et Henry Miller, Correspondance 1935-1980, Buchet/Chastel, 2004.
Thomas Hardy, Poèmes du Wessex et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 2012.

OUVRAGES CRITIQUES

Monographie
Assaël Jacqueline, Le Mémorial des limules. Essai sur la poésie de Frédéric Jacques Temple, suivi d’un dialogue, Éditions de Corlevour, 2012.

Volumes collectifs
Frédéric Jacques Temple, Autre Sud, n°5, juin 1999.
À la rencontre de Frédéric Jacques Temple, Claude Leroy (dir.), Université Paris X-Nanterre, RITM, n°3, 2000.
Les écrivains hommes de radio (1940-1970), Pierre-Marie Héron (dir.), Montpellier, Université Paul-Valéry, 2001.
Frédéric Jacques Temple, l’aventure de vivre, Colette Camelin (dir.), Presses Universitaires de Rennes, La Licorne, n°93, 2010.
Frédéric Jacques Temple, poète..., Catalogue par Gilles Gudin de Vallerin, Médiathèque Émile Zola, Montpellier, 2011.
Frédéric Jacques Temple, Dossier par Jacqueline Assaël, Nunc, n°30, juin 2013.
Les Univers de Frédéric Jacques Temple, Pierre-Marie Héron et Claude Leroy (dir.), Presses Universitaires de la Méditerranée, 2014.


Avec le soutien
de l'Université Paul-Valéry Montpellier 3,
de l'Université de Paris 3
et de l'Institut Universitaire de France