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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





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QUELLES TRANSITIONS ÉCOLOGIQUES ?

DU MARDI 30 JUIN (19 H) AU VENDREDI 10 JUILLET (14 H) 2015

DIRECTION : Dominique BOURG, Alain KAUFMANN, Dominique MÉDA

ARGUMENT :

Comme par une malédiction, les mots de l’environnement souffrent d’une obsolescence quasi originelle. À l’occasion déjà de la toute première journée de la Terre, le 22 avril 1970, de grandes sociétés comme Monsanto ou Dow Chemical faisaient partie des organisateurs. Ainsi, le développement durable est assez rapidement devenu une sorte de tarte à la crème légitimant paradoxalement diverses tendances écologiquement délétères de nos sociétés. Qui n’est pas aujourd’hui un fervent partisan du développement durable ou de la transition écologique? D’où le titre de cette décade avec son pluriel accompagné d’un point d’interrogation.

Lors de ce colloque, nous comptons interroger certains aspects déterminants de ce que pourraient incarner et signifier les transitions écologiques. Nous nous intéresserons en premier lieu aux théories politiques sous-jacentes et aux modèles économiques alternatifs, aux monnaies complémentaires et autres instruments de durabilité, sans oublier les indicateurs complémentaires et alternatifs au PIB. Nous aborderons aussi les questions de modes de vie, les alternatives technologiques, les imaginaires mobilisés et les fondements éthiques aussi bien qu’anthropologiques.

Ce colloque s’adresse aux chercheurs et étudiants des différentes disciplines concernées, mais également aux responsables et membres d’ONG, de collectivités territoriales et aux entrepreneurs. Il entend fournir aux participants à la fois des bases conceptuelles renouvelées et des pistes concrètes pour mettre en œuvre les transitions écologiques.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 30 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 1er juillet
Matin:
Ouvertures
Dominique BOURG:
Retours sur la notion de transition et de développement durable
Alain KAUFMANN: La technique dans la démocratisation des choix et de la transition écologique
Dominique MÉDA: Résistances et obstacles à la transition

Bilan des réflexions sur démocratie et écologie des années 1970 à nos jours et perspectives
Dominique BOURG & Kerry H. WHITESIDE [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]

Après-midi:
Philosophie politique écologique (session anglophone) I
Graham SMITH: Democracy and the Long Term: Institutional Innovation and Climate Change
Robyn ECKERSLEY: Democracy in the Anthropocene
David SCHLOSBERG: Environmental Management in the Anthropocene

Soirée:
Le monde de l'entreprise dans les transitions écologiques, table ronde animée par Philip CLARK avec Edith HEURGON


Jeudi 2 juillet
Matin:
Philosophie politique écologique II
Augustin FRAGNIÈRE: Transition écologique et liberté
Jean-Marie HARRIBEY: Économiser la nature relève-t-il de l'économie?
Pierre STATIUS: L'écologie politique: les conditions de possibilité anthropologiques et politiques

Après-midi:
Modèles et réflexions économiques alternatifs I
Dominique PLIHON: Financements alternatifs pour la transition écologique
Alain GRANDJEAN: Rapport Fondation Nicolas Hulot sur COP21
Gaël GIRAUD: Quelle épistémologie pour l'économie d'aujourd'hui?

Soirée:
Projection à Tessy-sur-Vire du film Sacrée croissance !, en présence de la réalisatrice Marie-Monique ROBIN avec la participation de Dominique MÉDA


Vendredi 3 juillet
Matin:
Modèles et réflexions économiques alternatifs II
Table ronde animée par Dominique MÉDA avec:
Bernard PERRET (La raison écologique n'est pas soluble dans la raison économique)
Claude HENRY (Gaspillage du patrimoine naturel et innovations pour y remédier)
Nicolas BOULEAU (Tendance créative du capitalisme: titrisation, "ranking" et marché du travail)
Antonin POTTIER (Le rôle des nouveaux indicateurs de richesse dans la transition écologique)

Après-midi:
Instruments de la transition écologique
Table ronde animée par Christian ARNSPERGER (Écologie monétaire et pluralité des monnaies) avec:
Gaël GIRAUD (Comment faire de la monnaie un commun?)
Wojtek KALINOWSKI (Circuits monétaires complémentaires et financement de la transition, ou comment renforcer la résilience des territoires)
Mathilde SZUBA (Les quotas individuels de carbone)


Samedi 4 juillet
Matin:
Ethiques environnementales et enjeux politiques
Gérald HESS: Éthique environnementale et écologie politique: frères ennemis? Vers une réconciliation
Corine PELLUCHON: Écologie et existence. Philosophie du corps politique [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]
Isabelle CASSIERS: Le Bhoutan nous interpelle: Bonheur national brut et nouveau paradigme de développement

Après-midi:
Quel modèle social déconnecté de la croissance?
Table ronde animée par Philippe FRÉMEAUX avec:
Dominique MÉDA (Travail et emploi dans une société de post-croissance)
Bernard PERRET (Politiques de démarchandisation)
Jean-Charles HOURCADE
(De quoi les échecs de la fiscalité environnementale sont-ils le symptôme?)
Anousheh KARVAR (Quel rôle pour l'État et les politiques publiques dans une société post-croissance?)
Xavier TIMBEAU (Conclusion)


Dimanche 5 juillet
Matin:
Anthropologie et politique de la transition écologique
Christian ARNSPERGER: Transition écologique et anthropologie économique
Christian ARNSPERGER & Dominique BOURG: Pour un droit à l'expérimentation sur les territoires

Après-midi:
DÉTENTE


Lundi 6 juillet
Matin:
Inégalités
Lucas CHANCEL: Inégalités et environnement. Pourquoi les inégalités sociales freinent la transition écologique?
Catherine LARRÈRE: Toutes les inégalités environnementales sont-elles des injustices?

Après-midi:
Expériences communautaires de transitions écologiques
Luc SEMAL: Contribution du catastrophisme aux transitions écologiques locales
Caroline LEJEUNE: Négocier la justice écologique
Alice CANABATE: Éléments de réflexion sur les initiatives de transition en temps de crise: limites et portées des créativités communautaires

Soirée:
Autour de l'œuvre de Catherine et Raphaël Larrère
Discussion avec Catherine et Raphaël LARRÈRE
Modérateur: Rémi BEAU


Mardi 7 juillet
Matin:
Technologies de la transition (low-tech, fab lab, open source...) et modes de vie
Aurélien BOUTAUD: L'hypothèse artificielle, ou le capitalisme à l'assaut des limites écologiques
Philippe BIHOUIX: Face aux mirages de la croissance verte, quelles orientations pour une civilisation techniquement soutenable?
Pierre-Benoît JOLY: Technologies de la transition ou transitions technologiques

Après-midi:
Effondrement et collapse
Table ronde animée par Dominique BOURG avec:
Victor PETIT (Présence(s) du futur)
Fabien LOCHER
(Au-delà de Collapse: perspectives historiques sur la pensée des effondrements écologiques)
Alain PAPAUX
(Le règne sans fin d'homo faber)
Bruno VILLALBA (La contraction démocratique)

Soirée:
L'énergie d'une politique: sortir du nucléaire?
Sylvain LAVELLE (La société de transition. L'énergie nucléaire comme paradigme), Martine LEGRIS-REVEL et Frédérick LEMARCHAND


Mercredi 8 juillet
Matin:
Les expressions de la décroissance
Agnès SINAÏ: Récits de l'Anthropocène
Yves COCHET: Le jour d'avant: dynamique spéculaire de l'effondrement

Après-midi:
Visite de la Ferme expérimentale de La Blanche Maison de Pont-Hébert, avec Lucie MORIN chargée d'expérimentation à la ferme et qui présentera les techniques mise en place en terme d'autonomie énergétique (présentation)


Jeudi 9 juillet
Matin:
Vers de nouveaux indicateurs?
Dominique MÉDA: De la critique du PIB aux nouveaux indicateurs de richesse
Natacha GONDRAN: Quels enjeux et problématiques pour l'évaluation et la représentation des impacts environnementaux?
Denis COUVET: Biodiversité & Méta-capabilités

Après-midi:
Expériences de transition énergétique en Normandie (Modérateur: Frédérick LEMARCHAND)
La biodiversité, penser global et agir local, table ronde avec François DUFOUR, Pascal FEREY, Anne HÉBERT et Jean-Michel PANOFF
La transition énergétique, une question de société, table ronde avec Dominique BOURG, Laurent JAMMES, Fabrice JEANNE, Jean-François LE GRAND et Frédéric VILLAIN


Vendredi 10 juillet
Matin:
Dominique MÉDA: Éléments de synthèse
Discussion générale

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Philippe BIHOUIX: Face aux mirages de la croissance verte, quelles orientations pour une civilisation techniquement soutenable?
Les métaux, ressources minérales naturelles non renouvelables, sont à la base de notre civilisation industrielle. Leur raréfaction sera un des défis majeurs du XXIe siècle, car notre modèle actuel de développement, qui repose sur la croissance économique et un accroissement continu du prélèvement des ressources, se heurte à la finitude de la planète. Au regard des enjeux techniques, économiques, sociaux et environnementaux de la raréfaction des métaux, les discours sur l'abondance, la croissance verte et les technologies salvatrices relèvent malheureusement du mythe. Plus consommatrices de ressources rares, plus difficiles à recycler, trop complexes, les nouvelles technologies tant vantées nous conduisent dans l’impasse. Au lieu de s’en remettre à une hypothétique "sortie par le haut" à base d’innovations high tech, c’est au contraire vers les low tech qu’il faut se tourner, des technologies plus sobres, moins polluantes et mieux recyclables.

Philippe Bihouix est ingénieur centralien. Il a travaillé, notamment comme ingénieur conseil, dans de nombreux secteurs industriels (énergie, chimie, transports, télécommunications, bâtiment, aéronautique...).
Il est coauteur de l’ouvrage Quel futur pour les métaux (EDP sciences, 2010), qui traite de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique et L’âge des low tech (Seuil, 2014), qui remet en cause la course en avant technologique.


Dominique BOURG & Kerry H. WHITESIDE: Bilan des réflexions sur démocratie et écologie des années 1970 à nos jours et perspectives
Nous décrivons l'évolution des idées en écologie politique depuis les années soixante-dix, en soulignant le rapport entre écologie et démocratie. Nous distinguons des courants différents (malthusiens, arcadiens, institutionnalistes, marxisants, apocalyptiques, anti-démocratiques). L'émergence d'un courant en faveur de l'application de la démocratie délibérative aux questions écologiques sera examinée de près, aussi bien que les propositions introduites par les tenants de la théorie de l'acteur-réseaux. Nous serons également attentifs à l’évolution du contexte environnemental général et aux altérations irréversibles globales désormais engagées, un contexte radicalement différent de celui de l’écologie politique naissante.

Kerry H. Whiteside est professeur de sciences politiques à Franklin and Marshall College (USA).
Publications
Merleau-Ponty and the Foundation of an Existential Politics, Princeton, 1988.
Divided Natures: French Contributions to Political Ecology, MIT, 2002.
Precautionary Politics, MIT, 2006.
Vers une démocratie écologique (avec D. Bourg), Seuil, 2010.


Aurélien BOUTAUD: L'hypothèse artificielle, ou le capitalisme à l'assaut des limites écologiques
Les atteintes humaines à l'environnement ont pris une ampleur mondiale, au point que l'activité humaine soit aujourd'hui devenue le plus important facteur de modification de l'écosystème planétaire. Erosion de la biodiversité, pollutions chimiques, épuisement des ressources, acidification des océans, changement climatique... de nombreuses limites de l'équilibre écologique planétaire sont sur le point d'être franchies. Mais face aux cris d'alarme des environnementalistes, les dirigeants restent étrangement impassibles. À leurs côtés, les économistes se font rassurants. Refusant de remettre en cause le modèle productiviste, ces derniers ont en effet élaboré une théorie qui prétend rendre la croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Son hypothèse centrale est simple: il serait possible de substituer indéfiniment le "capital naturel" dégradé par du "capital artificiel". Mais comment est née cette "hypothèse artificielle"? Comment s'est-elle imposée dans les esprits? De quelle manière cette hypothèse prend-elle progressivement la forme d'un véritable projet politique, susceptible de repousser grâce à la science et à la technologie les limites écologiques planétaires? Le projet est-il réaliste? Faut-il en avoir peur? Est-il encore possible de résister à cette politique de la croissance infinie?

Aurélien Boutaud est docteur en Science et génie de l'environnement. En tant que consultant et chercheur indépendant, il a travaillé au cours des quinze dernières années sur de nombreuses thématiques liées aux politiques publiques en matière de transition écologique. Il est par ailleurs l'un des spécialistes français de l'empreinte écologique (Cf. Boutaud A., Gondran N., 2009, L'empreinte écologique, Coll. "Repères", La Découverte, Paris).

Alice CANABATE: Éléments de réflexion sur les initiatives de transition en temps de crise: limites et portées des créativités communautaires
D’importants mouvements contestataires ont émergé, à partir de 2011 en Europe, traduisant le sursaut des peuples qui souffrent le plus de la crise. En s’opposant à la domination des logiques de marché et aux excès de pouvoir d’États perçus comme extérieurs à la société, ces "mouvements pré-figuratifs" (Pleyers, Clasius, 2013) proposent des cadres d’expérience visant l’élaboration d’un autre monde davantage en adéquation avec les valeurs de justice sociale qu’ils souhaitent incarner. Ainsi, de nombreuses initiatives communautaires sont nées de ces mouvements en Espagne, en Grèce ou au Portugal, conjuguant combat politique et forme de vie. Il s’y articule un désir de redéfinition des valeurs partagées et d’expérimentations concrètes permettant une transition vers d’autres manières de vivre prenant en compte la matérialité des territoires. Certains éléments mènent à considérer qu’il s’agit d’un renouvellement des registres de protestation et d’un changement de rationalité politique quand à la portée et aux échelles de mobilisation. Pour autant, d’importantes limites apparaissent également qui mènent à réfléchir à ce que ces "laboratoires d’expériences" peuvent révéler. Nous en dresserons les lignes principales.

Alice Canabate est docteure en sociologie de l’Université Paris Descartes, qualifiée aux fonctions de Maître de Conférences. Spécialiste des questions d’écologie politique, elle est l’auteure d’articles et de chapitres d’ouvrage sur ces thématiques. Elle est également l’auteure d’un rapport d’étude conduit en 2013 pour EELV-EFA, sur la cohésion sociale en temps de crise. Elle est aujourd’hui chercheure associée au Laboratoire de Changement Social et Politique (Université Paris VII).
Publications
"Le renouvellement des imaginaires ou les voix de la vertu de l’écologie sociale", in P-A. Chardel et B. Reber (dir.), Écologies sociales, le souci du commun, Parangon, coll. "Situations critiques", Lyon, 2014. pp163-181.
"Entre hétéronomie et autonomie: réflexions sur l’imaginaire instituant et sur les pratiques de l’écologie politique associative", in S. Klimis, P. Caumières et L. Van Eynde (dir.), L’autonomie en pratique, Cahiers Castoriadis n°8, Publication des Facultés Universitaires Saint Louis, Bruxelles, 2013. pp. 75-103.
"Subjectivités rebelles et espaces publics oppositionnels: vers la construction d’un autre commun?", in B. Frelat Kahn, J. Spurk et P-A. Chardel, Espace public et reconstruction du politique, Presse des Mines, Paris, 2015 (à paraître).
"Décroissance et récession en Europe", in (dir. A. Sinai), L’économie de l’après-croissance, Politiques de l’Anthropocène II, Presses de Sciences-Po, Paris, 2015 (à paraître).


Isabelle CASSIERS: Le Bhoutan nous interpelle: Bonheur national brut et nouveau paradigme de développement
Deux propositions énoncées ou mises en œuvre par le Bhoutan interpellent l'Occident dans sa recherche d'une transition écologique et sociale. La première est la conception et l'utilisation d'un indicateur radicalement alternatif au PIB: le Bonheur national brut. Nous examinerons la singularité de cet indicateur et les points par lesquels il constitue une avancée, susceptible d'inspirer la recherche "Beyond GDP". La deuxième proposition est un Rapport à l'ONU intitulé "Happiness: Towards a New Development Paradigm" (2013). Nous analyserons les lignes directrices de ce rapport et son caractère novateur. Enfin, nous dresserons un parallèle entre les défis auxquels le Bhoutan se trouve confronté et ceux communs à tout chemin de transition. La communication s'appuiera sur deux séjours de recherche au "Gross National Happiness Centre" du Bhoutan, en 2013 (8 semaines) et 2014 (5 semaines).

Isabelle Cassiers est professeur d'économie à l'UCL et chercheur qualifié du Fonds national belge de la recherche scientifique. Initialement spécialisée en histoire économique et sociale et en théorie de la régulation, elle a recentré ses recherches sur la redéfinition de la prospérité et sur les indicateurs alternatifs au PIB.
Publication
Redéfinir la prospérité: jalons pour un débat public (dir.), éditions de l'Aube, 2011 (traduction anglaise: Redefining Prosperity, Routledge 2014).
Pour plus de détails: www.icassiers.be


Lucas CHANCEL: Inégalités et environnement
Depuis longtemps, les inégalités ont été vues comme un défi à l’élaboration d’un développement durable. Mais si le milieu académique et politique s’est tout d’abord soucié des inégalités entre pays, depuis deux décennies ce sont les inégalités domestiques, entre les personnes d’un même pays, qui retiennent l’attention. Pour certains, la protection de l’environnement est un facteur de justice sociale et — vice versa — la réduction des inégalités économiques est un facteur d’amélioration de notre empreinte écologique. Pour d’autres, la préservation de l’environnement se fait au détriment des plus pauvres et la lutte contre les inégalités ne peut que conduire à une plus forte dégradation environnementale. La présente communication distinguera les différents liens qui existent entre inégalités et environnement, et proposera de les explorer à l’aide d’une revue de la littérature existante.

Denis COUVET: Biodiversité & Méta-capabilités
Alors que la notion de capabilité éclaire les finalités des politiques publiques en faveur des humains, de la biodiversité (Nussbaum, 2011), celle de méta-capabilité permet d’intégrer les contraintes environnementales dans ces choix sociaux; la négociation, échange, visant à ce que chaque individu, groupe social, puisse au moins atteindre, se maintenir au-delà des valeurs minimales des capabilités centrales, tout en respectant les limites écologiques du système, ou méta-capabilité (Holland, 2008). Nous examinerons le rôle de la biodiversité dans la définition de ces capabilités centrales, des métacapabilités, les indicateurs de biodiversité qui pourraient en résulter.

Bibliographie
Couvet D. & Ducarme F., 2014, "Reconciliation ecology, from biological to social challenges", Revue d’ethnoécologie, http://ethnoecologie.revues.org/1979; DOI: 10.4000 /ethnoecologie.1979.
Couvet D., 2015, "Transition écologique publiques et capabilités, place de la biodiversité", in La fin du monde ou la fin d’un monde?, Démocraties eds.
Holland B., 2008, Justice and the Environment in Nussbaum's "Capabilities Approach". Why Sustainable Ecological Capacity Is a Meta-Capability, Politic Res", Quaterly 61, 319-332.
Nussbaum M., 2011, Creating capabilities: the human development approach, Cambridge, Massachusetts, The Belknap Press of Harvard University Press.
Sen A., 2009, L’idée de justice, Paris, Payot.


Robyn ECKERSLEY: Democracy in the Anthropocene
These are worrying times for democracy. The idea that humans have now become the new, Earth-shaping force has been accompanied by various arguments for environmental exceptionalism, from geoengineering to eco-authoritarianism. On this view, democracy should be compromised if we wish to respect planetary boundaries and speed up the ecological transition. Yet those who reject this view also have little faith in the capacity of liberal democracies, environmental multilateralism or new proposals for "Earth-systems governance" to usher in an ecological transition. More generally, the transboundary and trans-temporal character of climate change and other global ecological problems provides a fundamental challenge to the idea of democracy based on a fixed demos and a defined territory. This presentation will revisit both the environmental defence and critique of democracy in the age of the Anthropocene and show how the paradox at the heart of democracy, namely, the democratic boundary problem, might be harnessed to serve wider communities in space and time.

Robyn Eckersley is Professor of Political Science at the University of Melbourne. Her research interests focus on environmental political theory and global environmental politics, with a special focus on the ethics, politics and governance of climate change.
Publications
Environmentalism and Political Theory (1992).
The Green State: Rethinking Democracy and Sovereignty (2004).
Special Responsibilities: Global Problems and American Power (2012, with M. Bukovansky, I. Clark, R. Price, C. Reus-Smit and N. Wheeler).
Globalization and the Environment (2013, with P. Christoff).


Augustin FRAGNIÈRE: Transition écologique et liberté
Cette présentation propose une réflexion sur les diverses conceptions de la liberté et leur compatibilité respective avec un monde aux limites écologiques toujours plus saillantes. En particulier, elle maintient qu’une transition vers des sociétés à faible empreinte écologique devrait se distancer des conceptions de la liberté comme pure liberté de choix pour s’orienter vers un idéal plus proche de la liberté comme non-domination.

Augustin Fragnière mène actuellement une recherche postdoctorale dans le domaine de l’éthique du changement climatique à l’Université de Washington aux États-Unis. Il est détenteur d’un doctorat en philosophie obtenu conjointement auprès des Universités de Paris 1 et de Lausanne. Ses recherches portent sur les théories normatives de la justice et leur application aux problèmes environnementaux contemporains.

Natacha GONDRAN: Quels enjeux et problématiques pour l'évaluation et la représentation des impacts environnementaux?
L’évaluation environnementale permet de construire de nouvelles représentations de l’environnement afin de guider les acteurs vers la transition écologique. Mais ce sujet présente différents verrous scientifiques. Un équilibre doit être trouvé entre approche normative versus évaluative: la communauté scientifique se voit contrainte de pallier l’absence d’objectifs écologiques partagés par la société en proposant elle-même le cadre normatif de l’évaluation. Le dilemme de la précision recherchée par les scientifiques, versus la simplification souhaitée par les usagers, pose la question de la substituabilité entre les différentes composantes de l’évaluation. Il ne faut pas oublier que les outils d’évaluation contribuent à la mise en évidence et au traitement de certains problèmes écologiques plutôt que d’autres. Enfin, l’évaluation environnementale interroge l’approche disciplinaire classique en exigeant une démarche interdisciplinaire.

Natacha Gondran, est maître-assistante au sein de l’école des Mines de Saint- Etienne et de l’UMR 5600 Environnement Villes et Sociétés. Ses activités de recherche et d’enseignement portent sur l’évaluation et la représentation des enjeux environnementaux dans une optique de transitions écologique et énergétique. Elle est titulaire d’un diplôme d’ingénieur, spécialité Génie énergétique et environnement de l’INSA de Lyon et d’un doctorat.
Publication
(Avec Aurélien Boutaud) L’empreinte écologique, collection "Repères", Éditions La Découverte, 2011.


Gérald HESS: Éthique environnementale et écologie politique: frères ennemis? Vers une réconciliation
L’éthique environnementale se voit régulièrement reprocher l’absence d’une réflexion sur les enjeux sociaux et politiques des problèmes environnementaux. Il est vrai que ce champ de recherche s’est principalement constitué autour de la question de savoir si et à quelle(s) condition(s) la nature non humaine devait être considérée sur le plan moral. Mais ce serait une erreur de rejeter les éthiques environnementales pour leur préférer ou leur substituer les théoriciens de l’écologie politique, comme certains auteurs francophones semblent le suggérer. Il ne s’agit pas d’opposer l’éthique environnementale à l’écologie politique, mais d’y voir plutôt la possibilité d’un enrichissement mutuel. Je tenterai d’explorer quelques-unes des voies possibles de cet enrichissement.

Gérald Hess est philosophe, maître d’enseignement et de recherche en éthique et philosophie de l’environnement à l’Université de Lausanne (Suisse). Ses centres d’intérêts portent en particulier sur les notions de vulnérabilité, de soi écologique, de holisme moral et sur l’écosophie, l’écophénoménologie et l’écoféminisme.
Son dernier ouvrage: Éthiques de la nature est paru en 2013 aux éditions des Presses Universitaire de France.


Catherine LARRÈRE: Toutes les inégalités environnementales sont-elles des injustices?
Les populations humaines sont affectées inégalement par les nuisances et les risques environnementaux, et l'accès aux ressources environnementales est tout aussi inégalement distribué. Pourtant ces inégalités, dont l'importance croît avec la dégradation de la situation environnementale, sont le plus souvent méconnues. Il y a à celà diverses raisons qui tiennent à la difficulté à articuler l'environnemental et le social. Parmi celles-ci, on envisagera les arguments qui poussent à distinguer entre inégalités et injustices. Soit que l'on considère que les inégalités environnementales ne recoupent pas toujours les inégalités sociales. Soit que, selon le schéma libéral, on ne considère comme des injustices que les inégalités qui contreviennent aux principes d'une justice distributive. Soit enfin, que l'on pense que l'injustice se concentre là où les inégalités d'exposition aux nuisances sont inversement proportionnelles aux inégalités dans la production des impacts.

Catherine Larrère, professeur émérite à l'Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale, au croisement de la philosophie de la nature et de la philosophie de la technique.
Publications
Les philosophies de l’environnement, Paris, PUF, collection "Philosophies", 1997.
Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement (en collaboration avec Raphael Larrère), Paris, Aubier, 1997 (réed. Paris, Champs Flammarion, 2009).


Caroline LEJEUNE: Négocier la justice écologique
À partir d’un cas d’étude, le territoire de l’Union, ancien espace industriel, un des territoires les plus pauvres de France, situé entre Roubaix, Tourcoing et Wattrelos dans le Nord de la France, nous examinerons la manière dont un mouvement de justice environnementale va inclure les limites environnementales dans ses revendications et mobiliser le registre de la transition pour négocier la justice écologique. Cette négociation s’exprime au sein des espaces de participation au sujet de la durabilité (faible/forte) d’un projet d’écoquartier. La convergence des contraintes sociales et des contraintes matérielles de l’environnement au sein de la justice environnementale ouvre la perspective de ne plus simplement gérer les externalités environnementales négatives mais d’anticiper les conséquences sociales des ruptures écologiques.

Caroline Lejeune est doctorante en sciences politiques au laboratoire du CERAPS à l’Université de Lille 2, enseignante et responsable du Master Développement soutenable à Sciences Po Lille. Elle est spécialisée sur les thèmes liés à la justice écologique, à la démocratie participative et aux mobilisations politiques.
Publications
Lejeune C. et Villalba B., "Délibérer à partir de l’environnement. Perspective écocentrée de la durabilité forte", in Mermet D., Salles D., Participation et environnement, De Boeck, Paris, 2015 (à paraître).
Lejeune C. et Villalba B., "Test de charge de la durabilité urbaine: Le cas de "l’écoquartier exemplaire" de la zone de l’Union (Nord, France)", VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Volume 12, n°2 | septembre 2012, mis en ligne le 28 septembre 2012, consulté le 14 novembre 2012.


Corine PELLUCHON: Écologie et existence. Philosophie du corps politique
Les éthiques environnementales reprochaient aux philosophies de la liberté de concevoir l’environnement comme un simple décor de l’histoire. Pourtant, elles n’ont pas su articuler l’écologie à une philosophie de l’existence ni rénover la démocratie. Cette double tâche constitue le défi de la philosophie de l’environnement aujourd’hui. Celle-ci prend ici la forme la forme d’une phénoménologie du "vivre de" qui s’appuie sur la matérialité de l’existence et la corporéité du sujet, soulignant l’importance de la spatialité et de l’habitation qui est toujours une cohabitation avec les autres hommes et avec les autres espèces. Il est question non de ressources, mais de nourritures, qui désignent tout ce dont nous vivons. Un tel point de départ modifie le sens de l’éthique et de la justice. Non seulement elles ne se bornent pas aux relations entre les hommes actuels, mais, de plus, notre rapport aux nourritures est le lieu originaire de l’éthique. De même, la justice désigne le partage des nourritures et se distingue des théories distributives. Enfin, à partir du moment où l’on reconstruit l’association civile sur un sujet qui "vit de", on comprend que le contrat social ne peut plus être structuré exclusivement par la conciliation des libertés et des intérêts individuels. D’autres objectifs comme la préservation d’un monde habitable entrent dans la définition du bien commun.

Corine Pelluchon est professeur de philosophie à l’Université de Franche-Comté. Spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquée, elle a publié plusieurs ouvrages.
Publications
Leo Strauss: une autre raison, d’autres Lumières, Vrin, 2005, Prix F. Furet (2006), traduction américaine chez Suny Press en 2014.
L’autonomie brisée. Bioéthique et philosophie, PUF, 2009/2014, traduction espagnole, Bios y Oikos, Univ. El Bosque, 2013.
Éléments pour une éthique de la vulnérabilité. Les hommes, les animaux, la nature, Le Cerf, 2011, Grand Prix Moron de l’Académie française (2012).
Les Nourritures. Philosophie du corps politique, Le Seuil, 2015.
Site Internet
http://corine-pelluchon.fr


Dominique PLIHON: Financements alternatifs pour la transition écologique
La transition écologique requiert des investissements d’un montant considérable, notamment dans les domaines des infrastructures, des transports, du logement, de la R&D. Le système financier actuel n’est pas en mesure d’apporter les financements adaptés à ces besoins. Les investisseurs, comme les banques ont, en effet, un biais court-termiste, leurs critères d’investissement sont dominés par la seule rentabilité financière qui exclut la prise en compte des externalités et du rendement social. De leur côté, les acteurs publics sont dominés par une logique essentiellement comptable et une contrainte budgétaire forte dans le contexte de la crise économique et financière. De nouvelles formes de financement sont donc nécessaires pour assurer les investissements lourds et à long terme indispensables à la transition écologique. Quatre sources principales de financements alternatifs doivent être envisagées: le recours à l’épargne populaire (du type livret A) canalisée par des institutions publiques telles que la Caisse des dépôts; le financement bancaire, avec la garantie de l’État, et le refinancement de la banque centrale; le financement par des investisseurs de long terme, incités par des règles fiscales et prudentielles appropriées; le recours au financement participatif décentralisé, notamment pour les investissements locaux visant la mise en place d’énergies nouvelles (éolien, solaire, biomasse, ...). La mise en place de financements alternatifs doit s’inscrire dans une politique d’ensemble visant à promouvoir un nouveau modèle de développement économique et social.

Dominique Plihon est professeur émérite en sciences économiques à l’Université Paris-Nord. Il est membre du conseil scientifique et porte-parole d’Attac. Il fait partie du réseau des "Économistes Atterrés".
Publications
Quelles leçons de la crise pour les banques centrales?, Rapport du conseil d’Analyse Économique, en coll. avec J-P. Betbèze, C. Bordes et J. Couppey-Soubeyran, La Documentation Française (2012).
Changer l’Europe!, Économistes Atterrés, Le liens qui Libèrent (2013).
L’économie mondiale en 2030 - Ruptures et continuités, livre collectif coédité avec J. Mazier et P. Petit, Economica (2013).


Graham SMITH: Democracy and the Long Term: Institutional Innovation and Climate Change
Short-termism is a significant dysfunctionality of democracy, leading to ineffective policy responses to climate change amongst other long-term issues. This essay explores the sources of democratic myopia and considers how democratic institutions might be designed to promote long-term thinking and thus deal more effectively with climate change. Particular attention is given to the democratic qualities of an independent Office for Future Generations, a politically topical institutional innovation.

Graham Smith is Professor of Politics at the Centre for the Study of Democracy at the University of Westminster, London, UK. His work focuses on the intersection between democratic theory, institutional design and environmental politics. His publications include Deliberative Democracy and the Environment (Routledge, 2003), Democratic Innovations: Designing Institutions for Citizen Participation (Cambridge University Press, 2009) and in its third edition Politics and the Environment: From Theory to Practice (Routledge, 2012).

David SCHLOSBERG: Environmental Management in the Anthropocene
In the anthropocene, what we mean by "the environment" is now unstable, with human actions affecting the very makeup, functioning, and evolution of global and local ecosystems and habitats. This paper examines four possible normative underpinnings for human management of this climate-challenged environment, starting with new problems for both the traditional conception of the conservation of a past, and the political application of the idea of limits and boundaries. The potential of an expanded hubris of human technological intervention, beyond the usual geoengineering ideas, is explored. The paper concludes with a proposal for the use of ecological receptivity as a normative basis for environmental management. Here, a "politics of sight" that engages the public and makes visible human immersion in natural systems is the starting point for rethinking our relationship with the environment. The anthropocene will not recede, and the central question of environmental management will be whether we can develop productive and fecund ways to reflexively and sustainably manage ecosystems, habitats, and human needs.

David Schlosberg is Professor of Environmental Politics in the Department of Government and International Relations at the University of Sydney, and the co-Director of the Sydney Environment Institute. His research has long focused on environmental political thought, environmental and climate justice, and the politics of environmental movements. He is the author or co-author of numerous books, including Defining Environmental Justice (Oxford, 2007), and Climate Challenged Society (Oxford, 2013, with John Dryzek and Richard Norgaard). Most recently, he is co-editor of Animal Politics and Political Animals (Palgrave 2014), and the forthcoming Oxford Handbook of Environmental Political Theory (Oxford, 2015).

Luc SEMAL: Contribution du catastrophisme aux transitions écologiques locales
Depuis le début des années 2000, la perspective d’un emballement climatique et la politisation du pic des ressources ont contribué à un profond renouvellement de la pensée politique verte. Après avoir été éclipsée avec l’institutionnalisation des discours environnementalistes, l’idée qu’il existe des limites à la croissance s’est réaffirmée dans le cadre de mobilisations comme le mouvement pour la décroissance et le réseau des Transition towns. Cette contribution vise à exposer la dimension catastrophiste du cadrage théorique qui s’est structuré à cette occasion, le catastrophisme étant ici entendu comme une pensée politique du basculement d’un monde de croissance vers un monde de décroissance. Nous montrerons que, de façon contre-intuitive, le cadre catastrophiste peut contribuer à l’élaboration démocratique de transitions écologiques locales, davantage que le cadre continuiste généralement mobilisé par les pouvoirs publics.

Luc Semal est Maître de conférences en Science politique au Muséum national d’histoire naturelle, rattaché au Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco UMR7204). Ses travaux portent sur la théorie politique verte, sur les politiques de l’après-croissance et sur la dimension catastrophiste de l’écologie politique. Il travaille également sur les politiques de conservation de la biodiversité dans une perspective post-croissance. Il a soutenu en 2012 une thèse de doctorat intitulée "Militer à l’ombre des catastrophes. Contribution à une théorie politique environnementale au prisme des mobilisations de la décroissance et de la transition".

Agnès SINAÏ: Récits de l'Anthropocène
Grâce à la focale à laquelle l'Anthropocène nous convie, nous prenons la mesure que notre époque, dans sa singularité, dans la vitesse des transformations qu'elle induit selon des proportions inédites, est un événement fugace. En ce sens, la focale anthropocénique se veut un dispositif d'étirement de l'imaginaire. Si nous vivions sur une île imaginaire et immuable, notre regard sur les transformations du reste du monde serait intact. Inversement, les représentations de notre temps sont sujettes à une perspective déformée, une anamorphose, une aberration optique ou un trompe l'oeil, bref, une dissonance cognitive, parce que nous sommes immergés dans celui-ci. La rhétorique de la transition ferait-elle partie de cette dissonance? Ou a-t-elle pris la mesure de la Grande Accélération?
L'Anthropocène se révèle être une nouvelle focale, une lunette optique permettant de relier humains et non humains non plus du seul point de vue du rythme moderne, mais selon une histoire lente de la Terre. Que voyons-nous, en regard de ce qu'il y a à voir?

Pierre STATIUS: L'écologie politique: les conditions de possibilité anthropologiques et politiques
Nombreux sont les philosophes ou autres politistes qui, partant du constat de l’urgence écologique, évoquent la naissance d’un nouveau paradigme philosophique et politique et appellent de leurs vœux une véritable révolution philosophique et politique. Entendons par là une rupture avec le projet moderne et avec les principes du libéralisme politique. Nous voulons dans cette communication prendre cette hypothèse au sérieux et envisager les transformations requises dès lors qu’on prend en considération cette hypothèse: qu’en est-il pour la liberté, pour la démocratie? Et surtout est-il inévitable de prendre nos distances avec le libéralisme, ne doit-on pas distinguer libéralisme et néo-libéralisme dans cette réflexion?

Bibliographie
Le réel et la joie, essai sur l’œuvre de Montaigne, Paris, Kimé.
De l’éducation des modernes, Paris, L’Harmattan.
François Furet, révolution, grande guerre et communisme, Paris, Cerf.
Le métier d’enseignant aujourd’hui et demain, Paris, L’Harmattan.
Éducation et totalitarisme, Dijon, Presse du réel.




Modèles et réflexions économiques alternatifs II

Table ronde, animée par Dominique MÉDA, avec Bernard PERRET (La raison écologique n'est pas soluble dans la raison économique), Claude HENRY (Gaspillage du patrimoine naturel et innovations pour y remédier), Nicolas BOULEAU (Tendance créative du capitalisme: titrisation, "ranking" et marché du travail) et Antonin POTTIER (Le rôle des nouveaux indicateurs de richesse dans la transition écologique)

Nicolas BOULEAU: Tendance créative du capitalisme: titrisation, "ranking" et marché du travail
Nous étudions les tendances du capitalisme tardif destinées à étendre le domaine du marché vis à vis d'externalités ou d'usages sociaux, fondées sur une extension des méthodes de titrisation mises en œuvre et perfectionnées à propos du marché des créances. Après un aperçu historique des trois principales étapes du néolibéralisme nous étudions le cas de l'économie de la connaissance, celui des services éco-systémiques et enfin celui de la transformation du marché du travail.

Nicolas Bouleau est mathématicien, il enseigne l'épistémologie et la philosophie des sciences à l'Université Paris-Est. Il étudie la production de connaissance dans le monde contemporain par divers essais qui touchent à la modélisation, l'art, les risques, la psychanalyse, l'économie financière. Actuellement rattaché au Cired il participe aux réflexions sur la lutte contre le changement climatique et étudie en ce moment l'économie des ressources non renouvelables.
Publications
Mathématiques et risques financiers, O. Jacob, 2009.
Risk and Meaning, Springer, 2011.
"Limits to Growth and Stochastics", Real World Economics, 2012.
La modélisation critique, Quae, 2014.


Claude HENRY: Gaspillage du patrimoine naturel et innovations pour y remédier
Pour assurer la production, la diffusion et l’utilisation efficace d’innovations technologiques adaptées aux besoins du développement, la règle d’Einstein — "aussi simple que possible, mais pas plus simple" — est souvent un bon critère de sélection. Encore faut-il qu’elle soit mise en œuvre avec la préoccupation plus large que le développement soit réellement durable, qu’en particulier il mobilise des ressources humaines et matérielles locales sous-utilisées, que les actions de formation accompagnant la mise en place des innovations soient principalement endogènes, et que les complications bureaucratiques soient réduites au strict nécessaire. L’analyse s’appuiera sur des réalisations telles que le "Hush Power System" de production locale d’électricité à partir de la balle du riz dans les états indiens du Bihar et de l’Uttar Pradesh, l’opération "Mille et une fontaines" au Cambodge, la méthode de lutte biologique intégrée, dite "Push-Pull", contre des parasites du maïs en Afrique orientale.

Physicien devenu économiste, Claude Henry a travaillé à l'École polytechnique pendant plus de trente ans comme professeur et comme directeur du Laboratoire d'Économétrie. Pendant cette période, il a été co-éditeur de la Review of Economic Studies puis du Journal of Public Economics. Ses publications portent sur les sujets suivants: interactions faibles entre particules élémentaires, équations différentielles avec discontinuités, valeurs d'option et effet irréversibilité, décisions en incertitude, économie des services publics et régulation, propriété intellectuelle et innovation. Il a aussi été, de 1997 à 2002, membre du Conseil d'Analyse Économique, sous l'autorité du Premier ministre Lionel Jospin. À l'heure actuelle professeur de Développement durable à Sciences Po Paris et à l’Université Columbia New York Columbia, il préside le Conseil scientifique de l'Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI). Il est membre de l'Academia Europea,  Fellow de l'Econometric Society, Médaille d’argent du CNRS.
Publications
"Critères simples pour la prise en compte du risque", Econometrica, 49 (1981) 153-170.
Traité des nouveaux risques, Paris, Gallimard (Folio Actuel), 2002 (avec O. Godard, P. Lagadec et  E. Michel-Kerjan).
"Decision-Making under Scientific, Political and Economic Uncertainty", in Beijer Institute of the Swedish Academy of Sciences (ed.), Bringing Ecologists and Economists Together, Munich, Springer Verlag, 2010.
"Intellectual Property, Dissemination of Innovation and Sustainable Development", Global Policy, 1 (2010), 237-251 (Avec  J. Stiglitz).
Innovation for Sustainable Development: Beyond Rearranging Chairs on the Titanic Deck, New York, Columbia University Press, à paraître 2015 (Avec L. Tubiana).


Bernard PERRET: La raison écologique n'est pas soluble dans la raison économique
L’économie est considérée ici comme un "cadre de rationalité", c’est-à-dire comme un ensemble d’éléments de la structure sociale incluant: une représentation partagée de la réalité, et notamment des contraintes, des valeurs et des finalités, des objectifs de différents niveaux, emboîtés de manière cohérente, des modèles de raisonnement, des modèles d’action et des normes de comportement, des outils et critères d’évaluation (Indicateurs), et enfin des pratiques sociales stabilisées par des normes, conventions et institutions. L’objet de la communication est de montrer: 1) que le cadre de rationalité qui constitue le prérequis du fonctionnement de l’économie capitaliste est très cohérent et résilient, 2) que ce cadre de rationalité, par les comportements et pratiques sociales qu’il suscite, est inadapté aux impératifs de la transition écologique, 3) qu’il faut déduire des contraintes écologiques les éléments structurants d’un autre cadre de rationalité (appelé ici la "raison écologique").

Bernard Perret est ingénieur et socio-économiste. Il est actuellement membre du Conseil général de l’environnement et du développement durable (inspection générale du ministère de l’écologie). Il est membre du comité de rédaction de plusieurs revues françaises et internationales (Esprit, Projet, Evaluation) et auteur d’une dizaine d’ouvrages.
Publications
L’après-croissance (Les petits matins, 2015).
Pour une raison écologique (Flammarion, 2011).
L’évaluation des politiques publiques (La Découverte, 2001, 2008, 2014).


Antonin POTTIER: Le rôle des nouveaux indicateurs de richesse dans la transition écologique
Le poids du PIB dans le discours public est vu comme un obstacle à la transition écologique. De nouveaux indicateurs de richesse sont fréquemment proposés pour remédier à ses défauts. La contribution contestera malicieusement ces vues. Elle rappellera les origines de l'utilisation du PIB pour mieux comprendre son emprise présente. La croissance du PIB assure un rôle régulateur, non parce qu'elle augmente le bien-être, mais parce qu'elle crée de l'activité. On mettra aussi en lumière les difficultés à se passer du PIB, difficultés qui ne sont pas seulement politiques, mais qui révèlent l'organisation socio-économique des sociétés développées. On concluera par quelques pistes pour dépasser les apories présentées.

Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de mathématiques, Antonin Pottier a soutenu sa thèse "L'économie dans l'impasse climatique" sous la direction de Jean-Charles Hourcade. Ses recherches portent sur les aspects socio-économiques du changement climatique, l’intégration de l’environnement dans la discipline économique, et plus généralement sur les interactions entre économie, société et environnement.



Instruments de la transition écologique

Table ronde, animée par Christian ARNSPERGER (Écologie monétaire et pluralité des monnaies), avec Gaël GIRAUD (Comment faire de la monnaie un commun?), Christian ARNSPERGER (Écologie monétaire et pluralité des monnaies), Wojtek KALINOWSKI (Circuits monétaires complémentaires et financement de la transition, ou comment renforcer la résilience des territoires) et Mathilde SZUBA (Les quotas individuels de carbone)

Wojtek KALINOWSKI: Circuits monétaires complémentaires et financement de la transition, ou comment renforcer la résilience des territoires
La transition écologique ne sera jamais une simple affaire de "policy fix": pour relever un défi à la fois social et environnemental, nous n’avons d’autre choix que de reprendre la marche vers la démocratisation de l’économie. La monnaie nous offre à cet égard un levier potentiel, mais l’expérience des monnaies locales montre qu’il n’est pas aisé de se l’approprier en pratique: il s’agit souvent d'outils de sensibilisation plus que d’outils économiques. Les limites d’une diffusion spontanée et "par le bas" tiennent au contexte dans lequel ces projets émergent, hostile à l’idée même de pluralité monétaire, et se heurtent à l’organisation de l’économie dans son ensemble. Pour mieux soutenir une réorientation réelle des activités économiques, ils doivent s’insérer dans le circuit monétaire public et faire partie d’une démarche politique plus globale.

Wojtek Kalinowski est co-directeur de l’Institut Veblen et auteur de Transition écologique, mode d’emploi (avec Philippe Frémeaux et Aurore Lalucq), paru aux Petits Matins en 2014, ainsi que de nombreux articles et notes sur le rôle de la monnaie dans la transition écologique, notamment "Écologie, démocratie et système monétaire" et "L’impact socio-économique des monnaies locales et complémentaires".



Quel modèle social déconnecté de la croissance?

Table ronde, animée par Philippe FRÉMEAUX, avec Dominique MÉDA (Travail et emploi dans une société de post-croissance), Bernard PERRET (Politiques de démarchandisation), Jean-Charles HOURCADE (De quoi les échecs de la fiscalité environnementale sont-ils le symptôme?), Anousheh KARVAR (Quel rôle pour l'État et les politiques publiques dans une société post-croissance?) et Xavier TIMBEAU (Conclusion)

Anousheh KARVAR
Anousheh Karvar est docteure en histoire et sociologie des sciences, chercheure associée au centre de recherche en histoire des sciences et des techniques (UMR CNRS-Cité des sciences et de l’industrie) de 1991-2004 et à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (UMR CNRS-Université Paris Dauphine) depuis fin 2014.
Ancienne secrétaire nationale de la CFDT de 2001 à 2012, elle est chargée d’évaluation des politiques publiques dans les domaines de travail et d’emploi, depuis.


Dominique MÉDA: Travail et emploi dans une société de post-croissance
Une société sans croissance est, entend-on souvent dire, une société condamnée au chômage, puisqu'il faudrait en France, au moins 1,5% de croissance pour créer des emplois. Et si, au contraire, l'engagement de la société dans la reconversion écologique était une occasion non seulement d'augmenter le volume de travail mais aussi de désintensifier le travail et de répondre ainsi au fort malaise qui caractérise une partie des travailleurs aujourd'hui.

Dominique Méda est ancienne élève de l'ENS et de l'ENA, agrégée de philosophie, inspectrice générale des affaires sociales et actuellement professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, titulaire de la Chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales au collège d'études mondiales et directrice de l'IRISSO.
Dernière publication
La Mystique de la croissance. Comment s'en libérer, Champs Flammarion, 2014.


Bernard PERRET: Politiques de démarchandisation
Économie sociale et solidaire, consommation collaborative, jardins familiaux, auto-réhabilitation du logement, monnaies locales ou alternatives, autopartage, covoiturage, crowdfunding, etc.: ces formes d’échange que l’on aurait qualifié il y a peu d’"alternatives" s’installent dans le paysage social. Dans le même temps, en réponse aux contraintes écologiques, on assiste à l’émergence de nouveaux paradigmes productifs autour de l’économie circulaire et de l’économie de la fonctionnalité. L’enjeu de la communication est de faire apparaître le fil rouge qui relie cet ensemble très hétérogène de pratiques et d’innovations. À des degrés divers, toutes relèvent d’une forme de démarchandisation,  ce terme étant pris ici dans un sens très extensif (schématiquement, tout ce qui se traduit par la prise en compte dans l’échange économique de valeurs/critères non monétarisables et/ou de préoccupations/motivations non économiques). Tout se passe comme si l’échange social ne pouvait désormais se développer qu’aux marges de la sphère marchande, à travers des processus d’hybridation du marché avec d’autres logiques. La notion de symbiose prolonge celle d’hybridation en y ajoutant une dimension de complexité systémique et la prise en compte des interdépendances avec la nature. Ce qui se dessine est un nouveau "réencastrement" (Polanyi) du capitalisme dans l’écosystème des activités humaines.

Bernard Perret est ingénieur et socio-économiste (voir ci-dessus).

Xavier TIMBEAU
Xavier Timbeau est directeur principal de l’Observatoire français des conjonctures économiques (O.F.C.E), centre de recherches en économie de Sciences-Po. Il travaille dans le domaine de l’analyse macroéconomique, de la prévision macroéconomique, de la modélisation économique et de l’économétrie appliquée. Parmi d’autres, ses sujets de recherche ont porté sur l’estimation du chômage d’équilibre. Il a également travaillé sur la question du retour au plein emploi, la croissance à moyen terme de l’économie française. Il enseigne l’économie de l’environnement à Sciences-po Paris et à Supélec.



Effondrement et collapse

Table ronde, animée par Dominique BOURG, avec Victor PETIT (Présence(s) du futur), Fabien LOCHER (Au-delà de Collapse: perspectives historiques sur la pensée des effondrements écologiques), Alain PAPAUX (Le règne sans fin d'homo faber) et Bruno VILLALBA (La contraction démocratique)

Fabien LOCHER: Au-delà de Collapse: perspectives historiques sur la pensée des effondrements écologiques
La parution, en 2005, du livre Collapse du naturaliste américain Jared Diamond, a suscité un intérêt planétaire pour la question des effondrements sociétaux déclenchés, aggravés ou accélérés par des enchaînements de processus socio-écologiques. Mais Collapse n'est en fait que la dernière incarnation d'une longue tradition de discours, d'analyses et de grands récits prenant pour objet la chute des sociétés, dans ses liens à l'agir humain sur le monde naturel. Cette intervention vise à explorer cette question, jamais étudiée en tant que telle, en tentant une première cartographie de cette tradition multiforme, empruntant aussi bien aux réflexions classiques sur la chute de Rome qu'aux anxiétés impériales des USA au XXe siècle. Ce faisant, l'objectif est d'éclairer cette facette méconnue de l'histoire de la pensée des rapports entre nature, histoire et sociétés, à l'époque contemporaine.

Fabien Locher est historien, chargé de recherche au CNRS. Ses travaux portent sur l'histoire environnementale du monde contemporain, et particulièrement sur l'histoire longue des interactions climat/société et sur celle des formes de gouvernement de l'environnement par la propriété.
Publications
Le savant et la tempête. Étudier l'atmosphère et prévoir le temps au XIXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2008.
Co-auteur d'un "Repère": Introduction à l'histoire environnementale (co-signé avec F. Graber, J.B. Fressoz et G. Quene).


Bruno VILLALBA: La contraction démocratique
La question de l’effondrement soulève un enjeu politique qui concerne les conditions de réaction de la démocratie représentative pluraliste. Diamond interroge les procédures d’inclusion de la possibilité de l’effondrement au sein des procédures d’élaboration de la décision. Il met en évidence l’importance de la période historique qui précède l’effondrement: celle qui se caractérise par la possibilité de choisir une orientation permettant d’éviter ou de réduire les conséquences de l’effondrement. La démocratie moderne est construite sur l’hypothèse d’une infinité de ses choix (la pluralité et le principe de la sélection des orientations par l’élection). Cette perspective est à la base de la vision contractualiste qui fonde la valeur de l’individualisme: chacun est encouragé à élaborer sa propre destinée et le régime démocratique est celui qui rend possible cette infinité des combinaisons. Pourtant, les limites environnementales amènent à une toute autre vision du projet démocratique. Il doit désormais intégrer les irréversibilités au cœur même de ses possibilités de choix. La contraction démocratique est une réflexion sur les modalités de cette adaptation du cadre démocratique aux possibilités matérielles de son développement. Cela interroge la démocratie au-delà d’une simple perspective procédurale (les conditions de la décision) et met l’accent sur la gestion des contradictions inhérentes à l’objectif d’émancipation du projet démocratique face aux contraintes matérielles. Elle amène enfin à un questionnement sur la marge temporelle (le délai) qui reste aux régimes démocratiques pour réaliser cette adaptation.

Bruno Villalba est professeur de science politique à AgroParisTech et membre du CERAPS (Lille).
http://ceraps.univ-lille2.fr/en/lab-members/bruno-villalba.html
Publications
Villalba B., "Temporalités négociées, temporalités prescrites. L’urgence, l’inertie, l’instant et le délai", Publication des actes du colloque de Cerisy, 2013, Interdisciplinarités, entre nature et société (à paraître).
Villalba B., "Au fondement matériel de la démocratie", Revue Projet, Dossier "Aura-t-on l’énergie d’une transition juste?", n°344, 2015, pp.56-63.
Villalba B., Semal L., 2013, "Obsolescence de la durée. La politique peut-elle continuer à disqualifier le délai?", in Vivien F.-D., Jacques Lepart, Pascal Marty (eds.), L’évaluation de la durabilité, Paris, Edition Quae, 2013, pp. 81-100.
Villalba B., 2010, "L’écologie politique face au délai et à la contraction démocratique", in Ecologie et Politique, n°40, 2010, pp. 95-113.




Expériences de transition énergétique en Normandie (Modérateur: Frédérick LEMARCHAND)

La biodiversité, penser global et agir local, table ronde avec François DUFOUR, Pascal FEREY, Anne HÉBERT et Jean-Michel PANOFF
La biodiversité est un enjeu majeur des temps futurs. Ressource biologique, esthétique et paysagère, elle constitue également un potentiel de résilience pour la définition de politiques agricoles et sociétales à venir. Liée aux déterminismes climatiques et industriels, notamment agricoles, sa vulnérabilité appelle un changement de politique rapide et radical si l'on veut conserver les marges de liberté pratiques qu’elle peut encore nous offrir. La Manche étant pour les trois quarts un territoire à vocation agricole, cette question s’y inscrit de manière cruciale, tant du point de vue de ce que le productivisme peut menacer que de celui de ce qu’une agriculture durable peut, à l'inverse, faire fructifier.

La transition énergétique, une question de société, table ronde avec Dominique BOURG, Laurent JAMMES, Fabrice JEANNE, Jean-François LE GRAND et Frédéric VILLAIN
La transition énergétique n’est pas seulement, loin s’en faut, une affaire technique. C’est, tout au contraire, une question politique, de choix technologique bien sûr, mais plus encore de définition des modalités de ces choix. Entre, d’une part, impératif de développement économique et de perdurance des logiques industrielles, et, d’autre part, aspirations sociales à une réappropriation des enjeux énergétiques, comment appréhender la "transition" qui semble se présenter comme une nécessité (énergie renouvelable, production décarbonée, ...)? Ne s’agit-il pas au fond, dans la perspective ouverte par Jeremy Rifkin, invité par le Département de la Manche en 2014, de faire découler le modèle énergétique de demain des nouvelles aspirations sociales portées par nos sociétés?



Autour de l'œuvre de Catherine et Raphaël Larrère
Discussion avec Catherine et Raphaël LARRÈRE (Modérateur: Rémi BEAU)
Cette soirée sera l’occasion d’une discussion autour de l’œuvre de Catherine et Raphaël Larrère. De la réflexion philosophique sur le concept de nature à l’analyse des enjeux éthiques des problématiques environnementales en passant par une interrogation sur notre façon de penser la technique, celle-ci témoigne du développement d’une philosophie de l’environnement, dont la profondeur et l’étendue sont, à ce jour, inégalées en langue française. Dix-huit années après celle de leur maître-livre Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement, la parution, au printemps 2015, de leur nouvel ouvrage Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique est un événement pour la réflexion philosophique et écologique, qui sera au centre de la discussion.

Bibliographie
Raphaël Larrère, Des hommes et des forêts, Paris, Gallimard, 1993.
Catherine et Raphaël Larrère, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l'environnement, Paris, Aubier, 1997.
Catherine Larrère, Les Philosophies de l'environnement, Paris, PUF, 1997.
Raphaël Larrère et Martin de la Soudière, Cueillir la montagne. À travers landes, pâtures et sous-bois, Ibis Press, 2010 (1985).
Catherine et Raphaël Larrère, Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique, Paris, La découverte, 2015.

Remi Beau est philosophe. Post-doctorant à l’Université de Lausanne, il travaille dans le domaine de la philosophie morale et politique et s'intéresse tout particulièrement aux interrogations philosophiques suscitées par les problématiques environnementales.
Publications
"Justice climatique: questions d'échelles", Implications philosophiques, 2011.
Avec Amy Dahan et Stefan Aykut, L'Europe face au changement climatique, Fondation de l'Ecologie Politique, 2015.
"Entrées "Nature ordinaire" et "Ecocentrisme"",
dans Dominique Bourg et Alain Papaux (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, Paris, PUF, 2015 (à paraître).




L'énergie d'une politique: sortir du nucléaire?, avec Sylvain LAVELLE (La société de transition. L'énergie nucléaire comme paradigme), Martine LEGRIS-REVEL et Frédérick LEMARCHAND
Le nucléaire sera abordé  en tant que système politique, inspiré par des visions de la transition énergétique en débat. Continue-t-on à exploiter les centrales nucléaires pour mieux en sortir? Avec la question de la sortie du nucléaire, invoquée comme une formule plus qu'une véritable intention politique, se posent plusieurs paradoxes et points aveugles. La question du démantèlement et du traitement des déchets, ainsi que de la capitalisation des connaissances et des coûts associés reste encore largement écartée des débats. Comment les citoyens sont-ils associés aux débats? Quels sont les scénarios alternatifs en matière énergétique alors qu’ITER se présente comme un renouveau du "mythe" nucléaire des années soixante? Le lobby nucléaire s’appuie largement sur le changement climatique et l’impact carbone pour justifier son essor. Lors, dans quelle mesure la territorialisation des politiques énergétiques, à travers l'exemple de la région Nord Pas de Calais et de la Manche, alimente-t-elle un imaginaire du progrès technique ou contribue -t-elle à la transition énergétique? Par ailleurs, le nucléaire continue de constituer une menace majeure pour les pays qui en sont lourdement dotés comme la France. Les expériences tragiques — et fortement minorées quant à leurs conséquences réelles — de Tchernobyl et de Fukushima méritent d’être questionnées dans la mesure à un accident majeur, de par ses conséquences irréversibles  et démesurées dans le temps et dans l’espace, n’autorise plus d’alternative, de transition ou de "développement durable". Cette soirée sera conçue comme un dialogue entre intervenants, laissant une large ouverture avec la salle.

Sylvain LAVELLE: La société de transition. L'énergie nucléaire comme paradigme
La société dans laquelle nous vivons est susceptible d’être qualifiée de diverses manières: société de consommation, de l’information ou du risque. Mais ces qualifications ne rendent pas suffisamment compte des traits et des tendances qui caractérisent l’émergence d’une société confrontée aux limites et aux urgences qui lui impose la nature. Il est devenu courant de parler de société en transition afin de qualifier le processus de changement vers une organisation et un fonctionnement plus écologiques des collectifs humains. Il est cependant moins courant de faire de la transition une forme de société, autrement dit une société de transition qui se distingue d’autres formes. C’est à l’examen de cette forme de société nouvelle qu’est consacrée cette contribution, laquelle prend l’énergie nucléaire comme paradigme de la "réforme révolutionnaire" appelée par la transition écologique.

Sylvain Lavelle est enseignant-chercheur en philosophie au sein du département SHS de l’ICAM Paris-Sénart, école d’ingénieurs. Il dirige le Centre Éthique, Technique et Société (CETS) et il est chercheur associé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (GSPR). Ses travaux actuels portent sur la philosophie et la méthodologie de la recherche, la pensée dialogique et post-dialogique, l’écologie du changement et de la transition et les modes de production de la démocratie et du commun.
Publications
Science, technologie et éthique, Ellipses, 2006.
La société en action, Hermann, 2013.
Critiques du dialogue (à paraître).


Martine Legris-Revel est docteur en sociologie des organisations de l’Université Paris IX Dauphine (2004) et historienne contemporaine de l’université Paris 1 Panthéon La Sorbonne. Chercheur rattachée au Centre d’Etude et de Recherche Appliquée aux sciences Politiques et Sociales (CERAPS Université Lille 2/CNRS), elle travaille en sociologie politique sur la participation du public à l’action publique notamment dans le secteur de l’environnement (ANR Parthage) et de l’orientation de la recherche (projet européen Consider). Elle s’est récemment rendue au Japon pour une enquête collaborative sur les suites de l’accident de Fukushima.
Publications
Legris-Revel, Martine, "La démocratie participative au risque des défis technologiques", in Les rendez-vous d’Archimède (à paraitre).
Revel, Martine, "Necessity for engineers to engage in public issues of global Import", in Christensen, Meganck et Delahousse (edit.), Philosophy in engineering, Viborg, Academica, 2007.
Revel, Blatrix, Blondiaux, Fourniau, Hériard, Lefebvre, Le débat public une expérience française de démocratie participative, Paris, La découverte, 2007.


Avec le soutien
de l’Institut Veblen,
du Collège d’études mondiales (FMSH),
de la Fondation Nicolas Hulot (FNH),
de l’Interface Sciences-Société et de l’Institut de Géographie et Durabilité de l'Université de Lausanne,
de la Haute École Pédagogique de Lausanne,
de l'IRISSO - UMR 7170 (Université Paris Dauphine),
de la Chaire Développement Durable de l'École polytechnique
et de la Caisse des Dépôts et Consignations

Institut Veblen    Collège d’études mondiales    Fondation Nicolas Hulot

UNIL    Chaire Développement Durable de l'École polytechnique    Caisse des Dépôts et Consignations