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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2014 : un des colloques







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L'ÉCRIVAIN VU PAR LA PHOTOGRAPHIE

FORMES, USAGES, ENJEUX (XIXe - XXIe SIÈCLES)

DU SAMEDI 21 JUIN (19 H) AU SAMEDI 28 JUIN (14 H) 2014

DIRECTION : David MARTENS, Jean-Pierre MONTIER, Anne REVERSEAU

ARGUMENT :

Ce colloque a pour objectif d’étudier, d’un point de vue historique comme théorique, les photographies d’écrivains, de prendre la pleine mesure de la variété de leurs formes et usages ainsi que de leurs enjeux pour la littérature, pour la photographie voire, plus largement, pour l’ensemble du champ culturel.

Les relations entre la littérature et la photographie suscitent depuis 2000 au moins un intérêt croissant. Outre des études transversales (Ortel, Thélot, Edwards, Grojnowski, Brunet), le champ de recherche a été cartographié notamment par le colloque de Cerisy de 2007 (Littérature et photographie). Les portraits photographiques de l’écrivain apparaissent en revanche comme l’un des aspects les moins explorés des relations entre photographie et littérature. Pourtant, si la photographie a eu un impact déterminé sur les modes de diffusion, de médiatisation et de patrimonialisation de la littérature, c’est dans la mesure où elle est devenue l’un des principaux vecteurs de son iconographie. Elle a ainsi donné de la présence aux écrivains - mais aussi fait voir leurs lieux de vie, objets familiers ou encore manuscrits -, selon de nouveaux principes esthétiques et dans des contextes de diffusion diversifiés (livres, journaux, sphère privée...).

Pour faire droit à la multiplicité des enjeux soulevés par ce type d’images, il s’agit d’étudier la façon dont la photographie s’empare du littéraire et le fait matière à représentation figurative, mais aussi, corollairement, d’examiner comment la littérature, et les écrivains en particulier, usent de ces images. De façon à rendre compte des formes et usages divers assignés aux photographies d’écrivains ainsi que de leurs enjeux, le colloque invite spécialistes de la littérature et historiens de l’art et de la photographie à envisager ensemble les problèmes théoriques et historiques qu’elles soulèvent, du milieu du XIXe siècle à nos jours.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 21 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 22 juin
Matin:
Ouverture
David MARTENS, Jean-Pierre MONTIER & Anne REVERSEAU: Introduction
Nathalie FROLOFF: Annie Ernaux: photos privées, photos publiques: constructions croisées de la figure de l'auteur

Après-midi:
Écrivains en groupes / le portrait entre public et privé
Michel LACROIX: Effet de corps, faits de groupe: quand les groupes littéraires québécois se font "croquer le portrait" (1895-1970)
Danièle MÉAUX: Portraits de groupes d'avant-garde

Soirée:
Adèle GODEFROY: Regards d'une photographe


Lundi 23 juin
Matin:
Visibilité de l'écrivain
Nathalie HEINICH: Les écrivains en proie à la visibilité [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]
Mathilde LABBÉ: Portrait de l’écrivain en Saint Jérôme. Figuration du travail littéraire dans la collection biographique "Ecrivains de toujours"

Après-midi:
Le portrait entre public et privé
Marie-Clémence RÉGNIER: Hauteville House: une scène pour l'exil. Mises en scène de soi, mises en scène du chez-soi?
Monique SICARD: Il faut imaginer Zola photographe
Paul LÉON: Images de l'écrivain: l'escorte des lieux

Soirée:
Décades de Pontigny et colloques de Cerisy (avec exposition)
Edith HEURGON: Présentation de l'album "L'Esprit de Pontigny" (Pierre Masson, Jean-Pierre Prévost, Editions Orizons)
Anne ROUSSEAU: La sociabilité littéraire d'après les photos des colloques de Cerisy


Mardi 24 juin
Matin:
Figuration de l'esthétique au XIXe siècle
Virginie POUZET-DUZER: Impressions d'âmes écrivant
Solenn DUPAS: Singuliers collectifs: les séries et galeries de photographies d'écrivains au XIXe siècle

Après-midi:
Figuration de l'esthétique au XXe siècle
Noémie SUISSE: André Breton, le littérateur à l'ère de la photogénie
Guillaume WILLEM: Portrait photographique et entretien d'écrivain. La littérature en représentation


Mercredi 25 juin
Matin:
Présences médiatiques
Erika WICKY: La bohème et l’industrie: journalistes et photographes au XIXe siècle
Servanne MONJOUR: L'écrivain de profil(s)... Facebook

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Amaury DA CUNHA: L'incarnation photographique de l'écrivain: entre fantasme, stéréotype et résistance


Jeudi 26 juin
Matin:
La valeur ajoutée photographique
Kathrin YACAVONE: "Une corde de plus à l’arc de tout le monde": l’usage de la photographie chez Balzac et Hugo
Martina STEMBERGER: Méta-Photo-Morphoses de l’écrivain au féminin: Darrieussecq, Delaume, Despentes

Après-midi:
Marketing du portrait
Marie-Pier LUNEAU: "Je ne dis pas qu’un moche va gêner les ventes, mais..." Le portrait d’écrivain saisi sous l’angle de l’édition (communication établie avec Marie-Eve RIEL)
Christine RIVALAN GUÉGO: "Le livre, c'est moi !" Portraits photographiques d’écrivains et marketing éditorial (Espagne, début XXe siècle)


Vendredi 27 juin
Matin:
Présentifier une absence
Magali NACHTERGAEL: L'écrivain en vacances: sur la plage
Michel BERTRAND: Présence d’une absence: la photographie du Nouveau Roman de Mario Dondero

Après-midi:
Présentifier une absence, table ronde avec Matthias DE JONGHE (La déconstruction de soi chez Edouard Levé. Un autoportrait qui se dérobe), Anne-Cécile GUILBARD (Portraits de Beckett: "qu’importe qui parle, quelqu’un a dit qu’importe qui parle") et Véronique MONTÉMONT (Ma vie en images)


Samedi 28 juin
Matin:
Synthèse collective

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Michel BERTRAND: Présence d’une absence: la photographie du Nouveau Roman de Mario Dondero
Nous nous proposons d’axer notre réflexion sur les aspects symboliques que recèle le cliché exécuté par Mario Dondero durant l’automne 1959 devant le siège des Editions de Minuit qui représente les principaux écrivains liés à cette maison d’édition. Comment et pourquoi cette image qui associe des individus qu’aucun esprit de groupe ne semble réunir, comme cela est perceptible sur le document d’archive, est-elle désormais perçue comme l’instantané reflétant "officiellement" le groupe que l’on dénomma "le Nouveau Roman"? Cette matérialisation qu’offre l’image peut-elle donc être considérée comme la photographie d’identité d’un groupe dont auparavant les contours apparaissaient singulièrement flous? Enfin, a-t-elle conféré aux Editions de Minuit une identité? Bref, cette photographie a-t-elle rendu visible un invisible qui se dissimulait dans les pages écrites par les différents écrivains ou a-t-elle forgé une visibilité qui pourtant dans les faits ne donne rien à voir?

Michel Bertrand est maître de conférences HDR en littérature française du XXe siècle à l’Université d’Aix-Marseille. Ses domaines de recherche concernent le Nouveau Roman ainsi que les phénomènes d’intertextualité et d’intergénéricité théâtrale et romanesque. Il a publié de nombreux articles sur Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Jean Genet...
Publications
Dictionnaire Claude Simon, Champion, 2013.
Le Tramway, véhicule de la mémoire. L’intertextualité chez Claude Simon (à paraître).


Amaury DA CUNHA: L'incarnation photographique de l'écrivain: entre fantasme, stéréotype et résistance
Quels sont les stratégies photographiques pour montrer l'écrivain? Images mystificatrices, ridicules, sublimes - face au corps de l'écrivain, les photographes sont souvent désemparés - capable du meilleur, comme du pire. Quant à l'auteur, il donne, se donne, s'invente, ou se rétracte (on rappellera, par exemple, la quasi invisibilité photographique de Maurice Blanchot, ou de Thomas Pynchon). Le rapport entre l'écrivain et le photographe, dans l'exécution du portrait, est du côté de l'ambivalence. Car l'enjeu de cet acte n'est pas seulement une affaire de représentation ordinaire du visage ou du corps: à travers cette image, se joue aussi une promesse de vision de l'œuvre, ou bien une limite à ce fantasme. Par exemple, dans les multiples portraits de William Burroughs photographié sur son territoire urbain, on a "presque" le sentiment de se trouver à la lisière de ses livres. Décrypter cet acte photographique entre un écrivain et un photographe, c'est l'envisager sous l'angle d'une relation vivante. Et pour mieux comprendre la nature de cette expérience, nous nous référerons à des témoignages inédits d'auteurs (Pierre Bergounioux, Pierre Michon, ...) et de photographes (Olivier Roller, Jean-Luc Bertini) qui se sont un jour retrouvés face à face - à l'occasion d'un portrait publié dans la presse.

Nathalie FROLOFF: Annie Ernaux: photos privées, photos publiques: constructions croisées de la figure de l'auteur
Annie Ernaux représente un très bon exemple du rapport des écrivains vus par la photographie. En effet, la parution de ses livres s’est toujours accompagnée de nombreuses photos d’elle, surtout après qu’elle a obtenu le Renaudot. Parallèlement à ces photos prises par des photographes professionnels, Ernaux a elle-même proposé une réflexion sur la photo, grâce, entre autres, à L’Usage de la photo. Elle a aussi choisi dans ses albums de famille toute une série de photos privées pour l’édition de son œuvre dans la collection "Quarto". Je tâcherai donc de confronter un choix de photos publiques d’Annie Ernaux (en particulier celles de Mathieu Bourgois) à cet album publié dans le "Quarto" afin de remettre en perspective l’œuvre d’Ernaux et de montrer en quoi la photo (d’elle et des autres) est au cœur de son travail d’écrivain.

Nathalie HEINICH: Les écrivains en proie à la visibilité
La publicité de soi est toujours ambivalente pour un créateur, particulièrement lorsqu'elle passe par l'image, et particulièrement s'agissant des écrivains, dont l'éthique professionnelle privilégie l'œuvre plutôt que la personne et l'intériorité plutôt que la surface. Mais que deviennent ces normes spécifiques dans un monde où les moyens techniques de diffusion de la célébrité ne cessent de se raffiner, et se concentrent sur l'image, photographique ou télévisuelle? Nous examinerons ensemble quelques cas déployant les différentes façons, pour un écrivain, de faire face à cette ambivalence.

Nathalie Heinich est sociologue au CNRS. Outre de nombreux articles, elle a publié une trentaine d’ouvrages, traduits en quinze langues, portant sur le statut d'artiste et d'auteur (La Gloire de Van Gogh, Du peintre à l’artiste, Le Triple jeu de l’art contemporain, Etre écrivain, L’Elite artiste, De l’artification); les identités en crise (Etats de femme, L’Epreuve de la grandeur, Mères-filles, Les Ambivalences de l’émancipation féminine); l'histoire de la sociologie (La Sociologie de Norbert Elias, Ce que l'art fait à la sociologie, La Sociologie de l'art, Pourquoi Bourdieu, Le Bêtisier du sociologue); et les valeurs (La Fabrique du patrimoine, De la visibilité). Dernier ouvrage paru: Maisons perdues (2013, Thierry Marchaisse Editions).

Mathilde LABBÉ: Portrait de l’écrivain en Saint Jérôme. Figuration du travail littéraire dans la collection biographique "Ecrivains de toujours"
Les portraits d’écrivains présentés dans la collection "Ecrivains de toujours", la plupart du temps des clichés d’agences photographiques, mettent en évidence, par l’effet de série, des stéréotypes scénographiques. Ils constituent ainsi un corpus privilégié pour l’étude des sous-genres du portrait photographique d’écrivain. Cette communication portera sur l’un de ces sous-genres combinant deux fonctions, représentation du travail littéraire et figuration du prestige de l’écrivain. Le portrait de l’écrivain à sa table de travail, souvent utilisé comme portrait de couverture, combine deux traditions picturales qui semblent avoir existé séparément avant l’invention de la photographie. La première de ces traditions (voir le numéro consacré à Malraux en 1953) hérite de l’image du copiste anonyme, puis des portraits Renaissance de figures du savoir (Erasme par Holbein; Saint Jérôme par Dürer): le sujet est penché sur son ouvrage, dans une concentration toute stoïcienne. La seconde (voir le numéro consacré à Mauriac en 1953) provient de la représentation politique telle qu’elle se développe dans la peinture à la fin du XIXe siècle, puis dans la photographie. Si le monarque et le noble étaient représentés debout, le président de la Troisième République puis, dans la série réalisée par l’agence Rol en 1913-1914, le simple député, sont représentés assis à leur table de travail, sur laquelle repose parfois un document présumé capital. Le regard est haut et, dans la photographie, dirigé vers le spectateur. Le portrait de l’écrivain à sa table de travail, combinant ces deux traditions, constitue un objet paradoxal en particulier dans la photographie, car il repose sur une esthétique de la surprise dont le spectateur (et ici le lecteur) ne peut pas être dupe et sur la création d’une fausse intimité. En analysant l’intericonicité dans la figuration des "Ecrivains de toujours", on situera le portrait de l’écrivain à sa table au sein d’une histoire de la représentation du travail littéraire.

Attachée temporaire de recherche à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, Mathilde Labbé prépare une thèse consacrée à l’héritage de Baudelaire en France depuis les années 1930, à l’Université Paris-Sorbonne. Elle y analyse la fortune littéraire et les adaptations de l’œuvre ainsi que l’image du poète et sa commémoration, afin de mettre en évidence les conditions de la patrimonialisation de l’œuvre. Elle s’intéresse d’une manière générale à l’analyse socio-littéraire de la construction du canon et de la réception des œuvres. Elle a ainsi étudié la patrimonialisation de l’œuvre de Maupassant par les adaptations filmées et publié des articles concernant l’appropriation de l’œuvre de Baudelaire dans les blogs, la manière dont elle est présentée dans les manuels scolaires, l’adaptation théâtrale du procès du poète ou la patrimonialisation de l’œuvre par l’exposition et le musée. Elle s’est également intéressée à la négociation entre valeur éthique et valeur esthétique de la littérature dans le cadre d’enquêtes d’opinion sur des écrivains du canon littéraire ("Faut-il brûler Kafka?", Action, 1946; "Pour ou contre Baudelaire?", Les Nouvelles littéraires, 1957).

Michel LACROIX: Effet de corps, faits de groupe: quand les groupes littéraires québécois se font "croquer le portrait" (1895-1970)
(Communication préparée avec Pascal BRISSETTE)
La conjonction de l’entrée de la sphère littéraire française dans l’ère médiatique (Thérenty et Vaillant) et de la sacralisation de l’écrivain (Bénichou) a favorisé la médiatisation des figures d’écrivain, dont la lithographie puis la photographie vont répandre les traits auprès du public (Diu et Parinet, p. 450 et ss.). Ce processus n’est pas confiné à la France, comme le montre le cas de Byron, "star" de la culture imprimée britannique (Mole). Parallèlement à cette constitution puis consolidation de "l’empire de l’auteur", les XIXe et XXe siècles furent aussi le "temps des groupes" (Pierrssens). Et pourtant, malgré le développement d’études plus systématiques sur l’iconographie littéraire (Ferrari et Nancy, Louette et Roche, Mertens et Dewez), les travaux ne se sont que très rarement penchés sur les rôles et les formes des "images de groupe", sinon pour se pencher sur des études de cas spécifiques (ainsi: Faerber sur le Nouveau Roman, Remy sur l’Internationale Situationniste, dans Louette et Roche, p. 195-208). Pour apporter notre contribution à ce chantier, nous nous intéresserons au "corpus" iconographique produit par ou sur les groupes littéraires québécois, de l’École littéraire de Montréal (1895-1925) aux avant-gardes formalistes des années 1970. Nous comparerons iconographie d’auteur et iconographie de groupe, en postulant qu’en littérature, l’auteur, l’individu, a une iconographie constituée "en tant qu’auteur", avec des lieux éditoriaux ou médiatiques spécifiques, et un contrôle auctorial relativement important, alors que le groupe n’a le plus souvent d’iconographie qu’événementielle, anecdotique, contrôlée par des tiers.

Pascal Brissette est professeur à l’Université McGill. Il a publié des ouvrages sur les mythes littéraires en France (La Malédiction littéraire, 2005) et au Québec (Nelligan dans tous ses états, 1998), et a dirigé plusieurs collectifs de sociocritique. Ses recherches actuelles portent sur les romans de la vie littéraire et sur les pratiques performatives de la poésie. Il est membre du Groupe de recherche sur les médiations littéraires et les institutions.

Michel Lacroix est professeur à l’Université du Québec à Montréal. Il a publié La Beauté comme violence. L’esthétique du fascisme français (2004) et Des amitiés paysannes à la NRF. Correspondance Henri Pourrat, Michelle Le Normand et Léo-Paul Desrosiers, et fera paraître, à l’été 2014, L’Invention du retour d’Europe. Réseaux transatlantiques et transferts culturels au début du XXe siècle. Ses recherches actuelles portent sur les réseaux et revues littéraires. Il est membre du Groupe de recherche sur les médiations littéraires et les institutions.
Bibliographie
Faerber, J., La photo Minuit, du cliché nocturne à la lumière du négatif, 2004 (en ligne: http://www.fabula.org/colloques/document64.php).
Ferrari, F., & Nancy, J.-L. (Eds.), Iconographie de l'auteur, Paris, Galilée, 2005.
Louette, J.-F., & Roche, R.-Y. (Eds.), Portraits de l'écrivain contemporain, Seyssel, Champ Vallon, 2003.
Martens, D., & Dewez, N., "Iconographies de l'écrivain. Du corps de l'auteur au corpus de l'œuvre", Interférences littéraires (2), 11-23, 2009.
Mole, T., Byron's Romantic Celebrity: Industrial Culture and the Hermeneutic of Intimacy, Basingstoke, New York: Palgrave Macmillan, 2007.
Pierssens, M., "Le temps des groupes", Revue d'histoire littéraire de la France (5), 789-797, 2002.
Thérenty, M.-È., & Vaillant, A. (Eds.), 1836: an un de l'ère médiatique. Étude littéraire et historique du journal La Presse d'Émile de Girardin, Paris: Nouveau monde édition, 2001.
Diu, I., & Parinet, É., Histoire des auteurs, Paris: Perrin, 2013.


Paul LÉON: Images de l'écrivain: l'escorte des lieux
Le n°100 de la Collection du Seuil "Ecrivains de toujours" est consacré à la présentation du poète Marc Ronceraille. Marc Ronceraille? On se raille! De fait, il s'agissait là d'un très réussi canular. Marc Ronceraille "existe" pourtant bel et bien dans le livre à travers diverses photographies d'enfance, d'adolescence et de jeunesse, gages d'authenticité (surtout lorsqu'il est photographié aux côtés de Philippe Sollers ou de Bernard Pivot), ainsi que, plus authentifiante encore la très réelle petite ville charentaise de Saint-Jean d'Angély déclinée photographiquement de manière méthodique pour qui la connaît, présentée comme le lieu de vie, inattendu et du coup irrécusable, de l'écrivain. Nous voudrions  "interroger" ici les photographies des "lieux" d'écrivains (cf. Marguerite Duras qui publia jadis avec Michelle Porte un entretien intitulé "Les Lieux de Marguerite Duras", et Aliette Armel à leur suite un recueil intitulé "Marguerite Duras, les trois lieux de l'écrit", deux livres richement illustrés), lesquels constituent une part essentielle du fonds iconographique qui escorte toute notice, biographie, relatives à un écrivain, sur quoi s'appuie assurément l'imaginaire lectoral. Peut être sommes-nous au cœur d'une mythologie typiquement française. Car la France semble bien être historiquement, peut être par l'effet de l'unique diversité de ses régions et de ses paysages, cette "terre des morts" dont parlait Barrès. Vivant comme disparu, l'écrivain français, peut être plus qu'un autre, est l'homme d'une terre, d'un village, d'une demeure. Sand, c'est le Berry et Nohant, Giono c'est Manosque et le Contadour, ce qui, ce faisant a souvent provoqué ce malentendu: ni l'une ni l'autre de ces œuvres ne peuvent être réduites à la "région" qui les inspire. Ainsi, s’agissant d’écrivains qui sont puissamment liés à un lieu, il faut remarquer que ce lieu en constitue le plus souvent l'éloquente métaphore. Colette est la "Treille muscate" même, et Lamartine sa gentilhommière de Milly, Alain-Fournier son école d'Epineuil et Loti l'extravagante maison de Rochefort. Les écrivains sont morts, leurs lieux, que l'on peut encore visiter, incités par une photographie découverte au détour d'un reportage, ont l'avantage de continuer à se donner à notre regard et à notre "rêverie", terme bachelardien.

Marie-Pier LUNEAU: "Je ne dis pas qu’un moche va gêner les ventes, mais..." Le portrait d’écrivain saisi sous l’angle de l’édition (communication établie avec Marie-Eve RIEL)
"Evidemment, une jolie femme ou un beau gosse, ça fait toujours mieux [...]. Je ne dis pas qu’un moche va gêner les ventes, mais à l’inverse un beau va peut-être les booster"(1). Ainsi s’exprime Antoinette Rouverand, directrice du marketing chez Hachette romans, dans un article au titre pour le moins aguichant: "Pourquoi les écrivains sont-ils de plus en plus beaux?".
Au-delà d’un certain sensationnalisme, comment les éditeurs perçoivent-ils l’usage de la photographie d’écrivain dans la promotion du livre? Partant du postulat que l’identité de l’écrivain se construit sur la singularité (Heinich, 2005), quels éthos ou scénarios auctoriaux (Diaz, 2007) sont aujourd’hui mobilisés par le portrait d’écrivain? Et comment ceux-ci ont-ils évolué dans le temps? C’est à ces questions que cette communication propose de répondre. D’une part, une enquête sur le terrain, composée d’entrevues avec les principaux dirigeants des Editions Fides, permettra de cerner les discours des éditeurs quant à l’utilisation (et l’utilité) du portrait dans la mise en marché de la figure de l’auteur. Sans verser dans la franchise provocatrice de Rouverand, comment les éditeurs en formulent-ils les enjeux? D'autre part, ce point de vue sera complété par une analyse historique de l’usage du portait d’écrivain chez le même éditeur. À partir des photographies disponibles dans le fonds des éditions Fides, qui compte plus de 40 mètres de documents et qui couvre (trois quarts) de siècles d’histoire culturelle, il s’agira de cerner des éléments précis liés à la fabrique de l’auteur. Quand le sourire, d’abord impensable dans les années trente, apparaît-il? À quel moment le complet-cravate, indispensable pour accréditer le sérieux de l’écrivain, est-il remplacé par le blue-jean? Comment ces détails en apparence banals nous informent-ils sur l’évolution des topos cristallisant la figure de l’auteur? En plus des modulations temporelles, en quoi ces représentations diffèrent-elles selon le sexe de l’auteur? Et selon le genre littéraire pratiqué? En nous donnant pour défi la double perspective du passé et du présent, nous souhaitons dégager une réflexion de large empan sur les modalités d’emploi du portrait d’écrivain par les éditeurs, en lien avec l’évolution de la fonction symbolique et sociale de l’auteur.

(1) Antoinette Rouverand, citée par Clémentine Baron, "Pourquoi les écrivains sont-ils de plus en plus beaux?", Le Nouvel observateur, version électronique, 26 février 2013 (http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/02/26/).

Marie-Pier Luneau est professeure titulaire au Département des lettres et communications de l’Université de Sherbrooke. Codirectrice du Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRÉLQ), elle s’intéresse à la figure de l’auteur et aux rapports auteurs-éditeurs. Elle a codirigé le collectif consacré à La Fabrication de l’auteur (Nota Bene, 2010).

Marie-Eve Riel est stagiaire postdoctorale au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), elle s’intéresse aux sociétés d’amis d’auteurs. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2012, portait sur les maisons d’écrivains à visiter.


Danièle MÉAUX: Portraits de groupes d'avant-garde
Les portraits collectifs réalisés par les artistes et les écrivains des groupes d'avant-garde, dans la première moitié du XXe siècle, s'avèrent fort nombreux. Ils s'apparentent à une tradition relativement établie dans le domaine pictural, mais se caractérisent par l'irrespect avec lequel ils traitent les règles du genre. La facilité de la prise de vue autorise des pratiques ludiques où opérateur et modèle sont susceptibles d'intervertir les rôles. Les membres du Bauhaus, ceux du "Grand Jeu" ou du mouvement surréaliste, les écrivains de la Beat Generation se sont prêtés à des poses insolites ou humoristiques; ils ont expérimenté des dispositions amusantes, sacrifiant ainsi à une formule connue tout en s'en démarquant. Le collage, la superposition ou la surimpression ne sont pas non plus sans offrir des possibilités innovantes en matière d'agencement. Ces pratiques de portraits de groupe s'apparentent à certains exercices qui se sont développés dans le cadre des "récréations photographiques". Dans le même temps, au sein de ces représentations collectives, l'entité que constitue le groupe se trouve exaltée au détriment de l'individualité isolée. Sur certaines images, des mises en scène ludiques rassemblent certains membres de cercle en de curieux drames burlesques, qui font écho à certains épisodes de la biographie des modèles. La disposition choisie peut également renvoyer, de façon ironique, aux conceptions esthétiques ou littéraires affichées par les membres du groupe. Frappe en tout cas la relative homogénéité du corpus: ces portraits renvoient à l'entité collective en tant que laboratoire de formes nouvelles, lieu de gestation d'idées inédites.

Danièle Méaux est professeur d'esthétique et sciences de l'art à l'Université Jean-Monnet de Saint-Etienne. Elle est spécialiste de la photographie contemporaine et de ses relations avec le texte. Elle dirige le CIEREC - EA 3068.
Publications
La Photographie et le temps - Le déroulement temporel dans l'image photographique, 1997.
Voyages de photographes, 2009.
coordination de:
Traces photographiques, traces autobiographiques, 2004.
Photographie & romanesque, 2006.
Littérature et photographie, 2008.
Livres de mots et de photographies, 2009.
Le Paysage au rythme du voyage, 2011.
Paysages en devenir, 2012.
Protocole & photographie contemporaine, 2013.


Magali NACHTERGAEL: L'écrivain en vacances: sur la plage
L’écrivain est souvent représenté au travail, plongé dans son activité d’écriture, accomplissant ainsi le geste de création qui lui est associé: à son bureau, la plume ou le stylo à la main, plus tard devant sa machine à écrire. La série du Figaro dans les années 1950 a représenté l’écrivain durant l’été, fournissant ainsi à Roland Barthes la matière première de sa célèbre mythologie intitulée "L’écrivain en vacances" et qui évoquait, non sans humour quand on sait les conditions du voyage, André Gide descendant le fleuve Congo. Les vacances, ou les voyages, rendent à l’écrivain son corps au quotidien, avec ses plaisirs et ses tracas. Pourtant, le lieu de villégiature est aussi le plus propice à l’écriture. Moment d’oisiveté, suspendu entre les occupations de la ville, la vacance de l’écrivain est comparable à l’otium sénéquien. Sa représentation passe par celle d’une nouvelle attention portée aux plaisirs du corps en été, à la lumière du soleil et à l’ombre des arbres. Si le XXe siècle a rêvé en masse de la plage comme à un horizon lunaire accessible chaque mois d’août, qu’en est-il de l’écrivain? Sur la plage, les corps se révèlent, celui de l’écrivain aussi. L’écrivain à la plage - et réciproquement la plage vue par l’écrivain - révèlent un espace singulier de la modernité et une relation à un lieu qui n’est pas la mer, pas encore la terre, mais son extrémité, sa marge, sa limite. Bien après Proust qui a fait de la plage un topos littéraire majeur, Barthes, Duras ou Houellebecq en ont fait un lieu littéraire et photographique qui a participé à établir une autre image de l’auteur et à l’inscrire dans une autre réalité esthétique, sociale et même sexuelle au XXe siècle.

Magali Nachtergael, maître de conférences en littérature et arts contemporains à l’Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité, travaille sur les rapports entre littérature et arts contemporains, Roland Barthes et les arts, sur la représentation de soi et de l’auteur en intégrant une approche esthétique et relevant des visual studies.
Publication
Les mythologies individuelles. Récit de soi et photographie au XXe siècle, Amsterdam-New York, Rodopi, 2012.


Virginie POUZET-DUZER: Impressions d'âmes écrivant
C'est à partir des photographies des écrivains les plus célèbres du XIXe siècle impressionniste (de Zola à Mallarmé en passant par Huysmans et les Daudet) que nous nous proposons de retrouver une trace iconographique d'une manière d'écrire. La figure et la posture de l'écrivain, son bureau, son habit même ne pourraient-ils en effet pas donner à voir, picturalement, ce que serait son style? Lorsque l'on contemple ainsi les photographies de Zola et Mallarmé signées Dornac et Nadar, force est de constater que l’image participe de l'histoire littéraire en lui conférant une nouvelle complexité. Parce que l'un est littérairement dit naturaliste et l'autre symboliste, tout semble opposer l'esthétique de Zola de celle de Mallarmé. Or l'image permet de compliquer ces catégorisations et ces limites toutes textuelles - et de replonger dans un Zeitgeist d'intenses correspondances artistiques. En somme, est-ce, en nous penchant sur des clichés souvent influencés par la peinture, que nous tenterons d'établir ce que pourrait être la mise en scène d'une écriture.

Assistant Professor dans le Département de Langues et Littératures Romanes de Pomona College en Californie, Virginie Duzer s'intéresse aux relations entre les arts (particulièrement à l’hyphologie et à la question d'ekphrasis) dans les avant-gardes des années 1870-1970. Outre de nombreux articles consacrés à Stéphane Mallarmé, au mythe de Salomé ou aux expositions surréalistes d'après-guerre, elle a publié L'Impressionnisme littéraire aux PUV en 2013.

Marie-Clémence RÉGNIER: Hauteville House: une scène pour l'exil. Mises en scène de soi, mises en scène du chez-soi?
Les liens étroits que Victor Hugo a entretenus avec la photographie et les photographes de son époque sont bien connus (1). Mon intervention se donne pour but d'interroger plus particulièrement la place de l'espace domestique dans les photographies pour lesquelles l'écrivain pose à Guernesey. Ainsi, dans la continuité des réflexions de Pascal Brissette sur la maison de Marine-Terrace à Jersey (2), il s'agira de considérer à nouveaux frais Hauteville House comme un décor hautement symbolique, et sa représentation comme un portrait évoquant indirectement l'auteur. La maison de l'écrivain est bel et bien une scène médiatique de premier plan où s'épanouit une posture politique, évoluant vers des prises de position plus esthétiques et sociales au fil du temps. Les résultats établis permettront de mettre en perspective le cas pionnier de Victor Hugo à l'égard de ses épigones. De fait, le grand homme de théâtre qu'est Hugo a non seulement ouvert la voie aux nombreux reportages de presse (3) chez les écrivains dans le dernier tiers du siècle, mais il a également su en anticiper les dérives en sanctuarisant sa maison.

(1) Françoise Heilbrun et Philippe Néagu, "L'atelier photographique de Jersey", Colloque de Dijon (1984), textes réunis par Madeleine Blondel et Pierre Georgel, Ville de Dijon, Aux Amateurs du Livre, 1989, Victor Hugo et la photographie, l'atelier de Jersey (1852-1855), Musée des Beaux-Arts de Dijon, et au Musée d'art et d'essais du Palais de Tokyo, 1985; "En collaboration avec le soleil". Victor Hugo, photographies d'exil, au Musée d'Orsay, 27 octobre 1998 - 24 janvier 1999; Le photographe photographié. L'autoportrait en France (1850-1914), à la Maison de Victor Hugo, 5 novembre 2004 - 13 février 2005; Portrait d'une collection de portraits, exposition à la Maison de Victor Hugo, 22 octobre 2009 - 31 janvier 2010.
(2) Pascal Brissette, "Victus, sed Victor, notes sur les photographies de l'exil", in Victor Hugo (2003-1802). Images et transformations, Editions de Maxime Prévost et Yan Hamel, Montréal, Fides, 2003, pp. 61-76.
(3) Portraits d'écrivains de 1850 à nos jours, exposition à la Maison de Victor Hugo à Paris du 5 novembre 2010 au 20 février 2011; voir surtout l'analyse de Elizabeth Emery, dans Photojournalism and The Origins of the French Writer House Museum (1881-1914). Privacy, Publicity, and Personality, Ashgate, 2012.


Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure de Paris, Marie-Clémence Régnier est agrégée de lettres modernes et diplômée de l'Institut des sciences politiques de Paris (spécialité culture). Elle réalise actuellement une thèse à la Sorbonne sur les origines de la "maison d'écrivain" en France (1797-1937) sous la direction de Florence Naugrette et de Françoise Mélonio au sein du Centre de recherche sur la littérature française du XIXe siècle (LABEX "Observatoire de la vie littéraire - Humanités numériques").

Christine RIVALAN GUÉGO: "Le livre, c'est moi !" Portraits photographiques d’écrivains et marketing éditorial (Espagne, début XXe siècle)
Les premiers balbutiements de la culture de masse en Espagne se sont traduits par un essor et une multiplication des collections de littérature de grande diffusion. Tandis que les écrivains reconnus (ou du canon) posaient pour les photographes, et que ces photos illustraient articles et interviews publiés dans les luxueuses publications du moment, les nouveaux venus dans le champ culturel, écrivains hétérodoxes à succès, offraient leurs chefs sur l’autel de la grande diffusion. Grâce à un corpus constitué de portraits parus dans la "Biblioteca Patria" (1903) ou dans les collections de grande diffusion à partir de "El Cuento Semanal" (1907), et mesuré à l’aune du catalogue "Renacimiento" de 1915, ainsi que de quelques clichés d’écrivains canoniques, nous nous proposons d’étudier les formes, usages et enjeux des photographies de ces écrivains, afin de dégager leur rôle éditorial dans la construction d’une image de l’auteur appelée à devenir l’argument principal de vente à un moment de réorganisation du champ littéraire.

Christine Rivalan Guégo est professeur en Littérature de l’Espagne contemporaine à l’Université Rennes 2 et membre du CELLAM (Centre d’Étude des Littératures et des Langues anciennes et Modernes, EA 3206). Des recherches sur culture écrite et société, les collections et la littérature de grande diffusion et l’histoire du livre et de la lecture dans l’Espagne contemporaine.
Publications
Frissons-fictions. Romans et nouvelles en Espagne 1894-1936, PUR, 1998, 226p.
Lecturas gratas. ¿La fábrica del lector?, Madrid, Calambur, 2007, 216p.
"¿El reclamo de las formas? Señas de identidad editorial de las colecciones de literatura de gran divulgación (España 1907-1936)", dans N. Ludec et A. Sarría Buil (éd.), La morfología de la prensa y del impreso: la función expresiva de las formas, Bordeaux, PILAR, 2010, pp. 59-75.
"Escritores a la medida. Pedro Mata, escritor en la Edad de Plata", dans La otra Edad de Plata. Temas, géneros y creadores (1898-1936), Madrid, UCM Editorial Complutense, 2013, pp. 199-222.

Monique SICARD: Il faut imaginer Zola photographe
De l'année 1984 à sa mort, en 1902, Emile Zola a réalisé des milliers de photographies, prenant en charge la quasi totalité du processus de création, de la prise de vue au tirage. Nous dirions aujourd'hui qu'il s'agissait de photographies de famille, images des moments heureux. De fait, cette activité photographique n'accompagne pas directement une activité littéraire, ne relève pas d'un projet social ou politique. Par son extraordinaire ampleur cependant, elle trahit un important engagement personnel, une adhésion sans complexe à la modernité. Une analyse précise des modalités de cette création, des images elle-mêmes, conduit à brosser un portrait en creux de l'écrivain, complémentaire et parfois antagoniste de la figure révélée par sa pratique littéraire.

Monique Sicard est chercheur CNRS à l'Institut des Textes et des Manuscrits modernes (ENS-CNRS), Paris. Responsable du Pôle "Arts visuels" et du séminaire "Genèses photo-graphiques". Collaboratrice de l'ANR FLIM, Flaubert et le pouvoir des images.
Publications
"Photo-graphies", revue Génésis, 2014 (en cours de publication).
"Genèse de l'image. Pour une génétique de la photographie", Intervention au colloque de Cerisy "La génétique des textes et des formes: l'œuvre comme processus" en 2010 (en cours de publication).
"L'Atlas photographique de la lune de Loewy et Puiseux", in Livres de photographie au XIXe siècle, Revue de la BnF, n°44, octobre 2013.
"Entretien avec Monique Sicard", Anthropos 107, pp. 277-285, 2012.
"François Arago", Photopoche histoire, n°9, Actes SUD, 2012.
"Photographie: quel récit des origines?", in Louvel L., Méaux D., Montier J.-P., Ortel P. (eds), Littérature et photographie, colloque de Cerisy, Presses Universitaires de Rennes, coll. "Interférences", p. 47-65, 2008.
La Fabrique du regard, Odile Jacob, 1998.


Martina STEMBERGER: Méta-Photo-Morphoses de l’écrivain au féminin: Darrieussecq, Delaume, Despentes
Dans cette communication, la thématique "L’écrivain vu par la photographie" sera explorée à partir de l’(auto-)mise en scène photographique et du discours méta-photographique de trois écrivaines françaises de l’extrême contemporain: Marie Darrieussecq, Chloé Delaume et Virginie Despentes, qui, très différentes par leurs sujets et leur style littéraires, se distinguent toutes les trois par une sensibilité méta-médiatique prononcée. Dans le cadre d’une "lecture" détaillée d’un corpus représentatif de portraits photographiques de ces écrivaines, une attention particulière sera accordée à la réinterprétation, souvent parodique, de divers topoï établis d’un genre à tendance conservatrice. Etant donné la tension entre iconographie classique de l’autorité (modèle "hommes illustres") et mise en scène de l’objet féminin dans le cadre d’une économie traditionnelle du regard (non seulement) photographique, il s’impose d’analyser la dimension genrée de ces portraits - entre appropriation/subversion d’une "mascarade" féminine et de rôles-clichés, idées et images reçues de la "femme écrivain". Il s’agira aussi de situer la photographie d’écrivain dans un contexte théorique contemporain ainsi que dans un nouveau contexte médiatique, de s’interroger sur le rapport entre portrait photographique et non-photographique: (auto-/hétéro-)portrait écrit, portrait dessiné, portrait BD ou avatar virtuel.

Martina Stemberger est chercheuse et enseignante à l’Institut d’Etudes Romanes de l’Université de Vienne. Ses principaux domaines de recherche sont: Littérature française/francophone (XXe et XXIe siècles), Littérature de voyage, Relations culturelles et littéraires franco-russes, Imagologie comparatiste, Métalittérature, Intertextualité/Intermédialité, Gender Studies.
Publications choisies
Irène Némirovsky. Phantasmagorien der Fremdheit, Würzburg 2006.
(sous dir.) Maskeraden der Schönheit, Leipzig 2010 (Grenzgänge. Beiträge zu einer modernen Romanistik, 17, n°33).
Liste complète de publications (dont plusieurs articles sur Marie Darrieussecq, Chloé Delaume et Virginie Despentes): http://homepage.univie.ac.at/martina.stemberger/.


Noémie SUISSE: André Breton, le littérateur à l'ère de la photogénie
Les années d'entre-deux-guerres se caractérisent par un essor du portrait photographique de l'écrivain; ce dernier se trouve à l'intersection entre champ littéraire et champ médiatique, de moins en moins étrangers l'un à l'autre. La présence grandissante du visage de l'écrivain sur des supports de plus en plus variés renverse le sens de l'interrogation autour de la photogénie de l'auteur. La question n'est plus: à quoi tient la photogénie de l'écrivain? Mais: le génie de l'écrivain tient-il désormais pour partie à sa photogénie? L'étude de l'iconographie photographique d'André Breton témoigne de la manière dont un écrivain peut imposer une posture et s'imposer dans le champ littéraire en tirant parti de ses qualités photogéniques. Nous ferons l'hypothèse apparemment paradoxale que la sobriété et l'académisme des poses que Breton adopte devant l'objectif photographique participent du voeu de "différenciation" que l'écrivain formule au début de Nadja. Nous examinerons la manière dont André Breton s'applique à poser sans s'exposer, de manière à compenser la perte de maîtrise inévitable du modèle sur la production et la diffusion de ses portraits. Si le corpus des photographies d'André Breton met en évidence l'empreinte particulière que peut laisser un "ultra-visage" (Barthes) sur la pellicule, en vertu de sa qualité intrinsèque, elle montre surtout le désir du modèle de s'imprimer dans la mémoire visuelle du public grâce à une maîtrise des codes du médium. En somme, elle révèle un certain génie de la photogénie.

Agrégée de Lettres modernes, Noémie Suisse prépare une thèse sur les représentations iconographiques d'André Breton à l'Université Paris VII sous la direction du Professeur Eric Marty. Elle a notamment publié un article dans la revue Image and narrative ("Qui se ressemble se rassemble-t-il? Lecture de quelques portraits d'André Breton, entre fragments et totalité", Image and narrative, vol. 13, n°4). Elle a aussi contribué à enrichir la base de données: http://andrebreton.fr, sous la responsabilité de l'association Atelier André Breton.

Erika WICKY: La bohème et l’industrie: journalistes et photographes au XIXe siècle
Tout d’abord fondée sur l’efficacité de leur diffusion et leur reproduction, l’assimilation de la presse à la photographie, au XIXe siècle, contribue à en rapprocher les protagonistes: les journalistes paraissent alors être à la littérature ce que la photographie est aux Beaux-Arts. Également situés dans l’antichambre du grand art, journalistes et photographes ont mis en œuvre des stratégies de reconnaissance réciproque. Les portraits photographiques d’écrivains et les portraits de photographes rédigés pour la presse ont contribué à édifier à la fois la figure de l’artiste photographe et celle de l’écrivain. Il s’agira donc d’éclairer les enjeux des relations entre photographes et journalistes au XIXe siècle par l’analyse des portraits photographiques de ceux qui s’adonnaient à la "littérature industrielle" (Sainte-Beuve), placés en résonnance avec le discours sur les photographes et sur la photographie tenu par ces derniers dans la presse.

Erika Wicky est postdoctorante et chargée de cours au département d’histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal depuis 2011. Ses recherches sont consacrées aux écrits du XIXe siècle sur l’art et la photographie. Après la rédaction d’une thèse sur l’histoire de la notion de détail au XIXe siècle et un postdoctorat intitulé La reproduction photographique de tableaux: un "degré d’art" en plus?, elle s’intéresse à la réception des projections de reproductions de tableaux à la fin du XIXe siècle.

Guillaume WILLEM: Portrait photographique et entretien d'écrivain. La littérature en représentation
Parmi les attendus génériques qui le concernent, la valeur testimoniale, le présupposé d'authenticité et la spontanéité de l'entretien d'écrivain semblent incontournables. En les dotant d'une dimension d'effectivité qui passe pour irréfutable, le contexte médiatique où se développe le genre détermine largement ces caractéristiques. Adjoindre à l'entretien une ou plusieurs images photographiques de l'écrivain interviewé, qu'elles soient réalisées ou non à l'occasion du dialogue, peut dès lors concourir à accentuer ces traits constitutifs. À travers un examen d'entretiens parus dans le Magazine littéraire, la communication interrogera les modalités d'interaction entre les scénographies de l'entretien comme discours d'une part, du portrait comme image photographique d'autre part. Dans une perspective selon laquelle le medium qui relaie une performance (l'interlocution, la pose corporelle) joue un rôle décisif vis-à-vis de ce qu'il participe à produire, l'entretien illustré ne se déprend pas de règles et de principes en fonction desquels il se compose comme objet spécifique, et dont il s'agit d'identifier les effets.

Guillaume Willem (KULeuven - MDRN) prépare, en cotutelle avec l'Université catholique de Louvain (UCL), une thèse de doctorat consacrée au genre de l'entretien d'écrivain et aux mutations médiatiques qui l'affectent. Cette recherche, qui s'inscrit dans le cadre du Pôle d'attraction interuniversitaire "Literature and Media Innovation", examine ainsi les enjeux rhétoriques et esthétiques propres à ce genre.
Publications
Willem, G. (à paraître), Mettre en scène le dire dans le dit. L'auctorialité en boucle. À partir des Entretiens de Julien Gracq.
Willem G. (à paraître), L'invention de l'entretien d'écrivain. Génération médiatique d'un discours spontané.


Kathrin YACAVONE: "Une corde de plus à l’arc de tout le monde": l’usage de la photographie chez Balzac et Hugo
Il s’agirait de mettre en valeur l’usage de l’image photographique par les écrivains au XIXe siècle, ainsi que l’impact croissant de la photographie sur le concept d’auteur. En s’interrogeant sur les photographies particulières de Balzac et Hugo dans le contexte de leurs écrits (littéraires, correspondances, etc.), ainsi que la création et la diffusion de ces images à l’époque et dans les années qui ont suivi, je soutiendrai que les portraits visuels et écrits vont de pair pour donner à l’auteur une corde de plus à l’arc de son statut public (comme l’a suggéré Hugo, en 1853) qui serait désormais enrichi par une iconographie photographique que ses œuvres écrites ne pouvaient pas fournir. Ainsi, cette communication a pour objectif d’établir, du point de vue historique, le début d’une histoire nouvelle du concept de l’écrivain - histoire qui prend compte du médium photographique comme d'un moyen à la fois d’auto-création et de médiatisation (contemporaine et postérieure) de l’image auctoriale.

Kathrin Yacavone est maître de conférences à l’Université de Nottingham (Grande-Bretagne) où elle enseigne l’histoire et la théorie de la photographie dans le département de littérature française.
Elle a publié des articles sur la photographie par rapport à Benjamin, Barthes et Proust, et est l’auteur, notamment, d’un ouvrage sur Benjamin, Barthes and the Singularity of Photography (New York et Londres, 2012). Elle a dirigé un numéro spécial de Nottingham French Studies sur la photographie contemporaine en France (à paraître en 2014).




Présentifier une absence, table ronde avec Matthias DE JONGHE (La déconstruction de soi chez Edouard Levé. Un autoportrait qui se dérobe), Anne-Cécile GUILBARD (Portraits de Beckett: "qu’importe qui parle, quelqu’un a dit qu’importe qui parle") et Véronique MONTÉMONT (Ma vie en images)

Matthias DE JONGHE: La déconstruction de soi chez Edouard Levé. Un autoportrait qui se dérobe
Avant de mettre fin à ses jours en octobre 2007, Edouard Levé avait fait œuvre de photographe et d’écrivain. On lui doit ainsi des séries de clichés intitulées Homonymes (1999), Reconstitutions (1998-2003), Actualités (2001), Angoisse (2001), Fictions (2006) et Amérique (2006), ainsi que quatre ouvrages au statut générique problématique, publiés aux éditions POL: Œuvres (2002), Journal (2004), Autoportrait (2005) et Suicide (2008). Néanmoins, quel que soit le médium mobilisé, la poétique mise en œuvre reste la même: systématiquement, en procédant par soustraction et en créant sous contrainte, Levé vise l’épure: rejet du spectaculaire, décontextualisation et abstraction, recherche d’une forme d’ambivalence sémiologique, dédramatisation et neutralisation de l’anecdote, évacuation de l’expressivité et des rapports logiques, tension vers l’objectivité. Ce que poursuit ce dispositif: la mise à nu, d’une part, des archétypes, protocoles et chorégraphies présidant aux interactions sociales et, d’autre part, des codes régissant les stratégies de représentation traditionnelles. Toutefois, la mise en place d’une telle poétique ne va pas sans affecter une œuvre par ailleurs hantée, à l’écrit comme en images, par la tentation de la figuration de soi (cf. l’irruption de Levé dans certaines des scénographies qu’il construit, dans la série Homonymes, "autoportrait par ricochets"; dans le texte intitulé Autoportrait, où l’auteur confesse se vouloir "spécialiste de [lui]-même"). En tenant compte de ce paradoxe - tension entre pulsion autobiographique et poétique de la désubjectivation -, il s’agira de voir comment le matériel iconographique relayant l’image de Levé échoue (ou met en scène son échec?) à construire une figure d’auteur consistante, une "mythologie individuelle" substantielle. En cause, un usage iconique et non indiciel de l’image photographique, usage destiné, à l’heure où l’âge argentique s’annonce révolu, à interroger la possibilité de référer photographiquement au réel.

Matthias De Jonghe est diplômé en Langues et littératures françaises et romanes (UCL) et en Ecriture et analyse cinématographiques (ULB). Après avoir travaillé sur Artaud, il a entrepris en octobre 2012, dans le cadre d’un pôle d’attraction interuniversitaire (PAI) intitulé "Literature and Media Innovation", une thèse de doctorat portant sur "L’écrivain comme corps médiatisé, scénographies de la généricité auctoriale".

Anne-Cécile GUILBARD: Portraits de Beckett: "qu’importe qui parle, quelqu’un a dit qu’importe qui parle" (1)
Ni enregistrement audio, ni film: les portraits photographiques de Samuel Beckett sont la seule trace que l'auteur a autorisé à prélever de son vivant sur sa personne pour la postérité. Quel écho à l'œuvre dans cette réduction? Quelle échographie de l'œuvre? La photographie a ceci de commun avec l'écriture beckettienne qu'elle produit des énoncés anonymes: le photographe est exclu du cadre et son intention se fait immédiatement muette; de la même manière, l'absurdité du je qui parle hante l'écriture beckettienne où cependant l'œil et ses limites, œil souvent écarquillé et "donné bleu de préférence en tant que plus périssable", demeurent omniprésents. Donnés comme vertus, le silence, l'ordre et l'immobilité propres à la photo pourraient bien correspondre à l'image à former de l'œuvre de l'auteur. Quant au photographié, s'il explore dans son film et plusieurs textes la formule de Berkeley "être, c'est être perçu", alors on verra que le sens de ces images de Beckett se trouve irréductiblement charrié dans la boue des voix mortes vouées à l'obscurcir.
(1) Samuel Beckett, "Textes pour rien III", in Nouvelles et textes pour rien, Les éditions de Minuit, 1958, p.129.

Anne-Cécile Guilbard est maître de conférences en Littérature française et Esthétique de l'image à l'Université de Poitiers et chercheur au laboratoire FoReLL. Auteur de nombreux articles sur l'œuvre visuelle et littéraire de Samuel Beckett, elle travaille également sur des questions de perception visuelle et de représentation contemporaine, en particulier sur la photographie.

BIBLIOGRAPHIE :

Alexandrine Achille, Delphine Desveaux & Pascal Hoël (dir.), Portraits d’écrivains de 1850 à nos jours, Paris, Maison Victor Hugo, 2010.
Philippe Arbaïzar (dir.), Portraits, singulier pluriel, Paris, Hazan / Bibliothèque nationale de France, 1997.
François Brunet, Photography and Literature, London, Reaktion Books, 2009.
Nausicaa Dewez & David Martens (dir.), "Iconographies de l’écrivain", dans Interférences littéraires, n°2, mai 2009 [http://www.interferenceslitteraires.be/nr2].
Paul Edwards, Vincent Lavoie & Jean-Pierre Montier (dir.), Photolittérature, littératie visuelle et nouvelles textualités, actes du colloque New York University (Paris), 26-27 octobre 2012 [En ligne: http://phlit.org/press/?p=1136].
Federico Ferrari & Jean-Luc Nancy, Iconographie de l’auteur, Paris, Galilée, "Lignes fictives", 2005.
Nathalie Heinich, De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Paris, Gallimard, "Bibliothèque des sciences humaines", 2012.
Jean-François Louette & Roger-Yves Roche (dir.), Portraits de l’écrivain contemporain, Seyssel, Champ Vallon, 2003.
David Martens & Anne Reverseau (dir.), "Figurations iconographiques de l'écrivain", dans Image and Narrative, vol. 13, n°4, 2012 [http://www.imageandnarrative.be/index.php/imagenarrative/issue/view/26].
Jean-Pierre Montier, Liliane Louvel, Danièle Méaux & Philippe Ortel (dir.), Littérature et photographie, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, "Interférences", 2008.
Magali Nachtergael, Les Mythologies individuelles. Récit de soi et photographie au XXe siècle, Amsterdam-New-York, Rodopi, "Faux Titre", 2012.
Philippe Ortel, La Littérature à l’ère de la photographie. Enquête sur une révolution invisible, Nîmes, Jacqueline Chambon, "Rayon photo", 2002.
Adeline Wrona, Face au portrait. De Sainte-Beuve à Facebook, Paris, Hermann, "Cultures numériques", 2012.

Organisé dans le cadre
du programme de recherche Photolittérature
(phlit.org, Cellam, Université Rennes 2),
des activités de recherche du groupe MDRN (KU Leuven, Belgique)
et du Pôle d’Attraction Interuniversitaire "Literature and Media innovation",
soutenu par Belspo (Belgian Science Policy Office)

Repertoire de la Photolittérature Ancienne et Contemporaine    CELLAM    Université de Rennes 2

Groupe MDRN    Literature and Media Innovation    BELSPO