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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2016 : un des colloques





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JARDINS EN POLITIQUE
( AUPRÈS DE GILLES CLÉMENT )

Mise à jour
17/09/2016


DU LUNDI 1er AOÛT (19 H) AU LUNDI 8 AOÛT (14 H) 2016

DIRECTION : Patrick MOQUAY, Vincent PIVETEAU

Avec la participation de Gilles CLÉMENT

Colloque organisé avec le concours d’un groupe de jardiniers-paysagistes, animateurs de l’Exposition-Forum-Initiatives en Mouvement: Maxime DIÉDAT, Manon DIENY, Laure LÉTOUBLON, Gilles ZAMO, avec la participation d'Esther SALMONA

ARGUMENT :

Voici le troisième colloque que Cerisy consacre, sous un angle prospectif et avec le concours de l'École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille, à la question des jardins. Le premier en 2012,  "Renouveau des jardins: clés pour un monde durable?" a étudié les jardins comme révélateurs des changements qui affectent notre société et qui constituent des opportunités pour imaginer un monde durable. Le deuxième, "Nourritures jardinières dans les sociétés urbanisées" a pris en considération les changements que connaît la ville dans ses rapports à l'espace et qui font évoluer ses fonctions, notamment l'alimentation. Ce troisième colloque, autour de l’œuvre de Gilles Clément, qui incarne la vocation du jardinier et le rôle central du jardin dans la société, se propose de poursuivre ces réflexions.

Assurément le plus célèbre des jardiniers-paysagistes actuels, Gilles Clément ne cesse pourtant d'assumer une certaine marginalité, déroulant une œuvre originale à partir d'une posture critique. Il marque une rupture par rapport aux jardiniers-paysagistes du passé: un autre rapport à la commande et au pouvoir que Le Nôtre; un autre rapport à l'esthétique de classe que Capability Brown... Dénonçant le monde tel qu'il est, appelant à une transformation des regards et des pratiques, Gilles Clément a construit une figure de jardinier engagé. Le jardin est ici une métaphore du monde. D'où la relation étroite entre les pratiques jardinières théorisées et les positions du jardinier dans les débats citoyens.

Tandis que sera examiné le rapport du jardin et du monde pour explorer et discuter l'univers politique tel que le pose Gilles Clément, différents aspects de son œuvre seront abordés: contributions doctrinales, projets et réalisations, œuvres littéraires, pratiques pédagogiques. En contrepoint, d'autres apports viendront éclairer les perspectives afin de mettre en relation l'œuvre de Gilles Clément avec les enjeux politiques contemporains.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 2 août
Matin:
Dans le jardin de Gilles Clément
Vincent PIVETEAU: Jardins en politique (autour de Gilles Clément). Entre "itinéraire" et "mouvement"
Gilles TIBERGHIEN: L'apport de Gilles Clément. "La communauté des vivants"

Après-midi:
EFIM (Exposition - Forum - Initiatives en Mouvement)
JARDINS CLOS ET PLEIN PAYS, Paroles et actes de jardiniers de la Manche

Rencontre avec Pascal AUGRAIN (jardinier de Cerisy) et Vincent MAZIÈRE (Association des Jardiniers Amateurs de la Manche)

Géopolitique du paysage

François LETOURNEUX: Le mouvement des lieux. Petites histoires de paysage
Odile MARCEL: Quels paysages pour l'après-pétrole?

Soirée:
Les jardins de nature: jardin des sens, jardin des sons
Françoise CRÉMEL: Quand Gilles Clément donne le la. Tonalité d'appel pour une nouvelle voie politique (Performance)


Mercredi 3 août
Matin:
Les jardins des migrations
Véronique MURE: Jardin-site, jardin-témoin, jardin-message: le jardin des migrations au MUCEM
Jacques TASSIN: Ce que les plantes invasives nous disent de notre regard sur le monde

Après-midi:
Les jardins des migrations
Lorette COEN: Glissements progressifs...
Carlos ÁVILA: Bunaeopsis clementii. Un papillon camerounais

EFIM
FLUX ET DISPERSION AU JARDIN, Poétique du mouvement

Rencontre avec Maxime AUMON (L'Ichtyostega et autres histoires buissonnières)

Soirée:
Gilles Clément et la photographie
Exposition de photographies
Photographie ou fragments de paysage, entretien entre Gilles CLÉMENT et Eugénie DENARNAUD


Jeudi 4 août
Matin & Après-midi:
PROMENADE À TOURLAVILLE ET À L'ÎLE DE TATIHOU
Visite des jardins de Gilles Clément au château des Ravalet (Tourlaville)
Visite sur l'île de Tatihou:
Accueil par Sylvie COULOT (Conseil départemental de la Manche)
Rencontre avec le jardinier de l'île, Henri MOISSON


Vendredi 5 août
Matin:
Les jardins de nature
Camilla BARBERO: Jardins sauvages, révolutions intimes: la nature, éternelle image de notre liberté

Une inspiration à l’œuvre, avec
Miguel GEORGIEFF: Création, Rêve et Résistance: refaire le monde par le projet de Paysage: trajectoire pédagogique auprès de Gilles Clément (2001-2016). Des ateliers Grand Territoire ENSP à la pratique in situ à Stolac (Bosnie) et Lecce (Italie)
Mathieu GONTIER: Prendre le temps et l'espace: le parc forestier Archstoyanie en Russie

Après-midi:
Romain BOCQUET: "Conduire le vivant", un atelier pédagogique singulier et novateur à l'ENSP de Versailles

La pédagogie selon Gilles Clément, table ronde animée par Patrick MOQUAY avec la participation de Gilles CLÉMENT, avec Romain BOCQUET, Miguel GEORGIEFF, Mathieu GONTIER et Alexis PERNET

Alexis PERNET: Pédagogie du grand paysage

EFIM
PARCOURIR L'ENVERS, Du jardin ensauvagé au tiers paysage
Rencontre avec Frédéric PICARD des Lentillières (https://lentilleres.potager.org/actualite/)

Soirée:
Projection du film Cultures en transition. La transition agro-écologique en cours de Nils Aguilar


Samedi 6 août
Matin:
Les jardins des migrations
Gilles CLÉMENT: Qu'est-ce qu'être un jardinier planétaire?, entretien animé par Sylvain ALLEMAND [enregistrement audio de l'entretien en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Les jardins de nature, jardins des arts
Lorette COEN: Gilles Clément, artiste
Patrick SCHEYDER: Au jardin avec Gilles Clément: arts et métiers (suivi d'un moment musical au salon, avec lectures)

Après-midi:
EFIM
JUSQU'OÙ S'ENRACINENT LES CHOSES, Éloge du jardin invisible
Rencontre avec Olivier MAZÉAS, Julie BEAUCE (Terres de Liens Normandie) et Axelle RIOULT

Géopolitique du jardin
Le jardin comme lieu d'alternatives, table ronde avec
Frédérique BASSET: Le modèle des jardins partagés
Eugénie DENARNAUD: Émergence du jardin pirate
Maxime DIÉDAT: Expériences marseillaises: La friche de la "Belle de Mai" et "Terre de Mars"
Yann LAFOLIE: Le premier jardin

Soirée (avec le séminaire de Textique):
Daniel BILOUS: Anciens et nouveaux mécanomates


Dimanche 7 août
Matin:
Géopolitique du jardin
Patrick MOQUAY: La politique de Gilles Clément: quatre côtés du cercle [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Alexis PERNET: Fissures et rhizomes

Après-midi:
EFIM
DE TRACES EN TRACES, Récolter le jardin
Rencontres avec Sébastien THIERY (Association PEROU)

Dans le jardin de Gilles Clément
Mathias BÉJEAN: Faire jardin, habiter la Terre [avec la collaboration de Cathy DUBOIS]

Présentation des Jardiniers du futur, animée par Esther SALMONA
1) Cueillette et traitement pendant le Buffet

Soirée:
Présentation des Jardiniers du futur, animée par Esther SALMONA [suite]
2) Lecture de la synthèse au Potager


Lundi 8 août
Matin:
Conclusions du colloque
EFIM
Clôtures ouvertes; récapitulation - déambulation

Échanges conclusifs, par Patrick MOQUAY et Vincent PIVETEAU, avec Gilles CLÉMENT

Après-midi:
DÉPARTS

EXPOSITION - FORUM - INITIATIVES (EN MOUVEMENT) :

Récits quotidiens sur les pratiques du paysage dans quelques théâtres temporaires du parc de Cerisy
Groupe de création collective d'étudiants de divers horizons sur la base des travaux du colloque
(animée par Gilles ZAMO, avec Maxime DIÉDAT, Manon DIENY, Laure LÉTOUBLON, avec la participation d'Esther SALMONA et la complicité du jardinier du Centre culturel, Pascal AUGRAIN)

Faisant suite au travail collectif sur le Jardin Utopique de la décade "Renouveau des jardins, clés pour un monde durable?" (2012) et à l'Expo/Forum/Initiative du colloque "Nourritures jardinières dans les sociétés urbanisées" (2014), l'Exposition en Mouvement propose une itinérance à travers les ambiances du parc du Château de Cerisy-la-Salle.
Elle sera jalonnée de récits jardiniers. Ainsi, au début de chaque après-midi, des promenades seront proposées avec des pauses au cours desquelles divers intervenants, issus principalement d'un jardin planétaire, parleront de leur expérience personnelle (ou collective) pour ce qui concerne l'affranchissement des limites du jardin, la fertilisation des esprits ou, plus largement, l'économie du Vivant.
Le cheminement des auditeurs et des intervenants dans le jardin laissera chaque jour une trace végétale ou un dispositif balisant ainsi, avec le concours du géo-poéticien Emmanuel Fillot, ces moments de fertilisation croisée, sur la question des quêtes et des images inspirées par Gilles Clément et la diversité des initiatives des jardiniers contemporains.
L’Exposition en Mouvement viendra, par une forme de greffe ou d'anastomose végétale, illustrer ou compléter les thèmes proposés au cours du colloque.

Maxime AUMON: L'Ichtyostega et autres histoires buissonnières
L'échelle de la maison est celle que nous utilisons le plus généralement pour définir et donner sens à notre rapport au monde. Or, face aux crises multiples qui traversent le monde contemporain, on peut se demander si l'échelle domestique est encore pertinente pour comprendre les nouveaux enjeux et inventer de nouvelles pratiques. Ne serait-il pas temps de quitter la maison et d'envisager une existence plus fluide et transversale? Le recours au jardin, le recours aux forêts, aux interstices urbaines ou à toute forme d'entité extérieure à la maison ne pourrait-il pas devenir un geste politique de plus en plus incontournable? Plusieurs expériences racontées sous forme d'histoires seront présentées pour illustrer ces réflexions. Et pour faire suite à Curiocity le potager ambulant exposé il y a deux ans, une nouvelle machine mobile appelée Ichtyostega sera également présentée lors de ce colloque. L'Ichtyostega est le nom donné au premier vertébré symbolisant le passage de la vie aquatique à la vie terrestre il y a environ 370 millions d'années, au Dévonien supérieur. Ce petit tétrapode incarne le succès d'une transition longue et patiente mais radicale et obstinée d'un mode de vie à un autre. À l'instar de l'Ichtyostega qui est parvenu à sortir de l'eau pour vivre sur terre, l'espèce humaine doit à son tour trouver la force et l'intelligence de sortir de la maison afin de restaurer ce lien privilégié avec la Terre et l'habiter sous une forme plus respectable et responsable. Avec la machine Ichtyostega, devenons à notre tour amphibien et inaugurons de nouvelles aventures buissonnières.

Maxime Aumon est architecte ADE. Diplômé de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Malaquais en 2009, il est concepteur d'architectures légères ou mobiles utilisées comme supports de récits ou de fables poétiques réunies sous l'appellation "Trajectoires Buissonnières". Ces histoires exercent une analyse critique de  notre manière "d'habiter le monde". Quelques extraits sont visibles à l'adresse suivante: http://www.maximeaumon.fr/.

Maxime DIÉDAT
Maxime, diplômé de l’École du Paysage de Versailles Marseille en 2014, est notamment spécialisé dans les questions de la gestion naturelle de l’eau et des agricultures dans le paysage. Il œuvre également au sein de Terre de Mars, sur les problèmes de production en s’inspirant des récentes expérimentations sur les microfermes à travers le monde. Par ailleurs il pratique une activité d’apiculture ainsi qu’un travail au sein d'une Épicerie Paysanne de quartier qui promeut des fruits et légumes locaux et de saison.

Manon DIENY
Manon, diplômée de l’École du Paysage de Versailles Marseille en 2014, travaille dans la structure Terre de Mars, qui promeut une agriculture saine, durable et de proximité à Marseille. Terre de Mars défend ses valeurs en proposant des paniers de légumes maraîchers au centre-ville de Marseille, en organisant des événements culinaires autour de produits du terroir marseillais, en animant des ateliers pédagogiques avec des publics enfants et adultes et, enfin, en se servant de ces expériences pour réaliser des projets de paysage. Manon travaille également sur la question du corps, du mouvement et de la danse dans l’espace.

Laure LÉTOUBLON
Architecte passionnée par la question de l’habitat et notamment de l’habitat collectif & économique. Après avoir contribué à la réhabilitation des grands ensembles des Bouches du Rhône, Laure a découvert le paysage et le vivant à l’école de Marseille Versailles et devient Paysagiste D.P.L.G.. Elle travaille actuellement dans une structure mixte architecture & paysage pour penser en transversal et créer des espaces partagés, ouverts, vivants ! Elle jardine dans un jardin partagé collectif.

Esther SALMONA
Esther Salmona est auteur, paysagiste et enseignante. Son travail s’inscrit dans un espace de lenteur, de corps et d’écoute. Elle publie en revue papier et numérique, anime des ateliers d’écriture en déplacement et une émission radio.
Publications
Quads, leséditionsprécipitées, 2012.
Amenées, Éric Pesty Éditeur, 2016.


Gilles ZAMO
Paysagiste D.P.L.G., Gilles est issu avant tout d'une formation en Histoire de l'Art et Archéologie. Suite à une expérience professionnelle dans une agence réputée d'Architecture et d'Urbanisme, il tente aujourd'hui de produire un travail personnel autour des notions de "paysage ressource", de "seuils critiques de disparition du paysage" et de l'outil qu'est le "jardin rudimentaire coopératif et provisoire".

ENTRETIENS :

Pour donner suite au colloque, certains entretiens réalisés par Sylvain ALLEMAND sont disponibles en ligne sur le site "Paris-Saclay Le Média".

- Entretien avec Gilles CLÉMENT

- Entretien avec Vincent PIVETEAU

RÉSUMÉS :

Carlos ÁVILA: Bunaeopsis clementii. Un papillon camerounais
Jardin en mouvement, Jardin planétaire, Tiers paysage... Ces concepts nous font penser illico à Gilles Clément. Son parcours professionnel et ses projets sont mondialement connus, ce qui rend difficile de ne pas trouver sa référence quand on parle de jardin et de paysage. Sa large liste de publications, dont certaines ont été traduites en des langues aussi exotiques que le coréen, le chinois ou le bosniaque, ont permis de bien diffuser sa pensée aux quatre coins de la planète. Alors, que peut-on dire de nouveau sur Gilles Clément? En recherchant dans ses dossiers, ses documents manuscrits, ses photos, ses dessins et en parlant avec lui calmement à la fin de la journée, on peut découvrir des esquisses, des idées, des projets jamais réalisés, des anecdotes qui nous permettent de mieux comprendre la surface plus connue de son travail. De trouver, curieusement, un papillon camerounais survolant sa Vallée des Papillons.

Carlos Ávila, licencié en biologie, spécialiste de botanique, à l’Université Complutense de Madrid (1985), a obtenu, ultérieurement, le Certificat d’Études Supérieures Paysagères à l’ENSP de Versailles (1998),  son projet de fin d’études a été dirigé par le paysagiste Gilles Clément. De 2004 à 2006, il a été président de l’Association Espagnole de Paysagistes et délégué de cette Association dans l’European Foundation for Landscape Architecture (EFLA). De 2006 à 2009, il a été responsable du Paysage de la Société Expoagua Zaragoza 2008, où il a coordonné le chantier de l’enceinte Expo et du Parc de l’Eau. Il est professeur associé au Département d’Urbanisme de l’École d’Ingénierie et Architecture de l’Université de Zaragoza et Maître de Conférences du Master Paysage, Jardins et Espaces Publics de l’Université de Granada. Il gère en parallèle son propre Bureau professionnel qui travaille dans la conception et la planification des espaces verts.

Camilla BARBERO: Jardins sauvages, révolutions intimes: la nature, éternelle image de notre liberté
Depuis longtemps la dimension de la nature sauvage est objet de notre fascination et se construit comme imaginaire alternatif à la civilisation, à ses règles, ses impositions, ses dégénérations. Cette image d’une libre évolution créatrice qui informe la pratique et les discours du jardinier-paysagiste Gilles Clément puise de profondes racines dans l’histoire occidentale et se révèle au cœur de pratiques contemporaines dans les champs du paysage, de l’écologie, de l’art aussi. S’insérer dans le flux puissant de la nature signifie — aujourd’hui — proposer un jardin qui se fait recherche d’une esthétique inédite, en dialogue continu avec une dimension étjique qui l’informe, la nourrit: en nous conduisant vers une véritable révolution, avant tous, intime. La contribution va explorer les diverses dimensions de l’imaginaire et les paradoxes qui s’expriment dans l’idée d’un jardin capable d’accueillir la nature sauvage.

Camilla Barbero, PhD student (Beni Architettonici e Paesaggistici - Politecnico di Torino). Après le cours magistral en Architecture (Politecnico di Torino, 2008), elle a obtenu un master II à l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles (Théorie et démarches du projet de paysage, 2009).
Publications
"Imaginaires de nature sauvage dans la théorie et pratique de Gilles Clément", en cours de publication (Projets de paysage, n. 14 juillet 2016).
"Paesaggio e paesaggisti nell’istruzione superiore francese", Projets de paysage, n°3, février 2010.


Frédérique BASSET: Le modèle des jardins partagés
Quel rapport peuvent entretenir les jardins avec la politique? Fleurs et légumes sont-ils de droite ou de gauche? Si les plantes sont parfois étiquetées, elles ne sont jamais encartées. Pourtant, les jardins partagés constituent depuis leur origine un acte politique, au sens de la polis. Leur impact dépasse celui du jardinage, car, si ce sont des lieux où l’on célèbre le vivant et l’écologie, où l’on (ré)apprend à mettre les mains dans la terre, on y vient aussi pour rencontrer ses voisins, jeunes ou vieux, Français ou étrangers, riches ou pauvres, pour faire la fête, partager une soupe... Il y pousse des plantes bien sûr, mais il y germe surtout du lien social, des échanges, de la convivialité et de la solidarité, où, loin d’un modèle vertical, les savoirs et les savoir-faire s’échangent à l’horizontal. Hétérogènes, indéfinis, les jardins partagés émargent à la périphérie de l’espace politique institutionnalisé et obéissent à d’autres règles. Ce sont des "espaces autres", pour reprendre le terme de Michel Foucault, des espaces d’utopie où l’on invente une autre façon de s’approprier la ville. Ou encore des lieux d’infra-politique, tels que l’anthropologue James Scott les définit: "une grande variété de formes discrètes de résistance". Résistance à l’individualisme et au clivage social; résistance aux politiques foncières du tout béton; résistance à un modèle d’agriculture intensive qui cultive la terre à coup d’engrais chimiques et pesticides: résistance à un mode de consommation de produits standardisés qui ont perdu toute saveur et dont on ignore l’origine. On ne s’étonnera donc pas de voir un grand nombre de jardins partagés accueillir des AMAP. De fait, ces jardins s’inscrivent parfaitement dans ce que Gilles Clément nomme l’alternative ambiante.

Journaliste et auteure, Frédérique Basset se consacre depuis plus de vingt ans aux sujets liés aux utopies concrètes associant écologie et société. Elle a publié notamment "Jardins partagés", "Vers l’autonomie alimentaire", "Les quatre saisons de Gilles Clément". Elle collabore  au magazine Kaizen et à la revue Nature et Progrès. Elle est aussi présidente de Graine de Jardins, l’association des jardins partagés d’Ile-de-France, et membre de Klub Terre Agir ensemble, créé par Eric Julien, un fonds de dotation qui finance des projets de la transition.

Mathias BÉJEAN: Faire jardin, habiter la Terre (avec la collaboration de Cathy DUBOIS)
Nous souhaitons ici nous intéresser à la manière dont les jardins peuvent être une ressource pour penser notre rapport au monde et les enjeux politiques qui y sont associés. Pour ce faire, nous partirons de la mise en rapport de deux expériences de recherche, l’une dans le champ de la création de jardins, l’autre dans celui de l’Observation de la Terre par les satellites. Dans un premier temps, nous étudierons la création de jardins dans le cadre d’une réflexion sur la "création de lieu" (place-making) (Hunt 2000). Nous illustrerons notre propos en confrontant les pratiques du topiarius et de l’architectus romains (Béjean 2014). Nous essaierons ainsi de dégager quelques caractéristiques d’une pratique "topiariste" du jardin (temporalité du vivant, inachèvement, co-présence, regard et convocation des imaginaires) et d’esquisser une première définition de ce que nous nous proposons d’appeler ici un "faire-jardin". Dans un second temps, nous nous intéresserons à l’observation de la Terre par satellite. À l’aide de quelques jalons historiques (dont le célèbre clair de Terre), nous montrerons la coexistence d’une gamme de regards et de connaissances. Ceux des physiciens, ingénieurs, instrumentistes et producteurs de mesures, ceux des interprètes, traducteurs, spécialistes de photogrammétrie et autres cartographes, enfin ceux divers également des différentes catégories d’utilisateurs. Nous explorerons la manière dont la question de l’usage des données d’Observation de la Terre par satellite conduit à revisiter les notions d’environnement, de paysage et de milieu (Chateauraynaud-Debaz 2015). Nous soulèverons les problèmes tant épistémologiques (savoirs disciplinaires vs. savoirs composites) que politiques (espace normé vs. espace négocié,) qui se posent alors. Dans un troisième temps, nous nous appuierons sur ces deux expériences pour analyser la tension entre deux postures différentes (parfois incompatibles) par rapport ce qui peut faire "lieu" pour nous, l’une fondée sur l’expérience intime (histoire vécue, attachement, négociation, déprise), l’autre fondée sur des normes publiques (calcul, mesure, gouvernance, maîtrise). Tout en faisant écho à la notion de "Jardin Planétaire" développée par Gilles Clément, cette analyse cherchera à repérer si, refusant tout catastrophisme, la mise en friction (Tsing, 2004) de ces deux pôles ouvre des chemins pour la construction d’une relation à notre milieu de vie qui ne soit ni de l’ordre de la nostalgie des mondes premiers, ni dans l’hybris technologique.

Mathias Béjean est maître de conférences à l’Université Paris Est Créteil et membre de l’Institut de Recherche en Gestion (EA 2354). Ses recherches portent sur le management de l’innovation, le design et les processus de création collective. Il est aussi responsable d’enseignements à l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI Les Ateliers).
Publications
"Penser le jardinier créateur: vers une caractérisation d’un projet de conception singulier", in Renouveau des jardins, clés pour un monde durable?, S. Allemand, E. Heurgon, S. de Paillette (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann 2014.
Le management à l’épreuve des activités de création, Éditions universitaires européennes, 2015.
"D-MES: conceptualizing the working designers", The International Journal of Design Management and Professional Practice, 2015, avec A. C. Ehresmann.

Cathy Dubois, sociolinguiste, chercheure associée au laboratoire HT2S (UA 3716) [Histoire des technosciences en société], elle coordonne, pour le Centre National d’Études Spatiales, un programme de recherche en sciences sociales "Espace et Société" dont l’enjeu est de comprendre et favoriser les apports potentiels des dispositifs d’observation de la Terre.
Publications
Observer la Terre depuis l’espace. Enjeux des données spatiales pour la société, codirigé avec Michel Avignon et Philippe Escudier, Dunod, 2014.
L’Industrie jardinière du territoire: Comment les entreprises s’engagent dans le développement des compétences, avec Olivier Mériaux et Émilie Bourdu, Presses des Mines, 2013.


Romain BOCQUET: "Conduire le vivant", un atelier pédagogique singulier et novateur à l'ENSP de Versailles
Depuis 2008, la pédagogie de l’ENSP, animée par neuf "ateliers de projet" répartis sur les trois premières années d’études, a dédié l’un d’entre eux à une approche très singulière du projet de paysage. Intitulé "Conduire le vivant: le droit à l’erreur", l’atelier en est à sa neuvième édition. Cette formulation exprime bien la dimension jardinière de la pédagogie mise en œuvre. Elle suggère la sensibilité que nous cherchons à éveiller chez les paysagistes en herbe pour travailler en complicité avec les plantes dans un projet de paysage. S’intéressant à des sites d’étude différents d’une année à l’autre, l’atelier investit des lieux où le vivant s’exprime généreusement, souvent délaissés, sortis de l’attention des habitants, du public. Aventure commune d’une promotion d’étudiants, l’atelier a pour ambition de révéler les qualités de ces sites à leurs habitants et ce concrètement sur le terrain, pour fabriquer en jardinant un projet de paysage.

Romain Bocquet est paysagiste dplg installé à Dijon, jardinier, enseignant au département d’écologie de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles.
Bibliographie
Chauvel Gabriel et Rumelhart Marc, "Petit précis des terrains vagues", Les Carnets du paysage, septembre 2005, n°12, Actes sud et l’École nationale supérieure du paysage, p104-117.
Rumelhart Marc, "Mouvoir le jardin (Gestes pour jardiner)", Les Carnets du paysage, juin 2003, n°9&10, Actes sud et l’École nationale supérieure du paysage, p68-101.
Clément Gilles, Jardins, paysage et génie naturel, Collège de France / Fayard, 2012.


Lorette COEN: Glissements progressifs...
Jardinier, c'est par ce terme que Gilles Clément se définit pour signifier son engagement radical dans un métier de culture, un métier d'art vivant. Or il est peu de jardiniers aussi influents. Depuis longtemps ses idées ont sauté par-dessus l'enclos et connaissent un écho universel. Ses méthodes aussi: en Europe occidentale, on jardine un peu partout à la manière de Gilles Clément, la plupart du temps sans même le savoir. En quoi se distingue-t-il de ses contemporains paysagistes? Avec eux, dans les années 80 du XXe siècle, depuis le creuset de l'Ecole de Versailles, il participe avec vigueur à la renaissance de l'art du paysage. Mais sa contribution personnelle n'a rien d'académique. Elle prend naissance dans sa Vallée, la friche dans laquelle il plonge, fasciné par l'énergie de reconquête dont la nature fait preuve. Il s'y avance profondément afin d'apprendre et d'y trouver sa place. Ce bras-le-corps, cette intimité fait du jardinier le protagoniste amical du jardin en mouvement. Celui qui va dans le sens de la nature et non contre elle; celui qui compose et s'en amuse; celui qui revient à la graminée légère, à la fleur des champs. Un tel changement de position — non plus maître et seigneur mais partie prenante d'un monde précieusement vivant —,  un tel renversement de perspectives ressemblent fort à une révolution. Par mots et jardins, il séduit ceux qui l'écoutent et le lisent. En effet, comme les voyageurs des Lumières rapportaient leurs observations, Gilles Clément parcourt le jardin planétaire, le croque dans ses carnets, offre ensuite à la lecture le récit souriant et précis de ses émerveillements, de ses rêveries, de ses méditations. Il invite à la découverte, à l'aventure, et la conscience du monde s'élargit. Livres, jardins et bien d'autres œuvres encore naissent à profusion de ses mains. De la friche au Tiers paysage, la dissidence s'aiguise. L'indignation aussi, qui fait de Gilles Clément un jardinier politique hors catégories. Jamais à la place assignée mais un peu plus avant, en terre d'espoir.

Françoise CRÉMEL: Quand Gilles Clément donne le la. Tonalité d'appel pour une nouvelle voie politique (Performance)
"Allo, Allo Gilles. (biping)
- Oui.
- Allo, Gilles, c'est Françoise.
- Allo Gilles, je voudrais que tu sois là.
- Je suis ailleurs, à la vallée, et bientôt loin, en Tasmanie.
- Allo, Gilles, j'aimerais que tu nous donnes le la."
Que la tonalité de ta voix, petite pulsion intime de la présence puisse prodiguer le temps de la conférence. Que l'on se trouve tous et chacun dans la conversation de tous nos portables, fil des NTIC, jusqu'à la portée filaire de l'air ambiant. Qu'ici la parole de l'un épuisée par la matière soit reprise par le souffle de l'autre vers une douceur d'humus pour l'humeur. Que quelques respirations de l'homme symbiotique contribuent à fructifier l'air.

Eugénie DENARNAUD: Émergence du jardin pirate
De l'industrie en déshérence, à l'explosion industrielle galopante, quelles sont les conditions d'émergences du jardin pirate dans les villes du monde globalisé?
L’hypothèse de départ est de décrire un phénomène qui prend naissance dans une filiation d’un grand nombre de chercheurs ou de théoriciens qui abordent le jardin comme un lieu d’expérience alternative et sensible. Inscrite dans ce courant de recherches sur le jardin comme lieu de réinvention du monde, a fortiori je considère le jardin dans son sens large comme lieu de germination d’une pensée alternative. Les figures archétypales de la piraterie apportent une donnée nouvelle sur ces espaces de flous dans la ville, de délaissés, de dérive (Careri, 2013), espaces sans affectations: hétérotopies (Foucault, 2009): d’abord un changement de rapport à l’autorité à la figure programmatique de la ville: ensuite un rapport à l’espace et au temps dans une nouvelle acception du terme u-topie, qui n’est pas un rêve mais prend corps de manière tangible dans une temporalité donnée. Le jardin pirate n’est pas seulement une métaphore. Il porte en lui la matière d’une contestation. J’appelle ces lieux: jardins pirates. Je les ai rencontrés, à Tanger, au Maroc lors d’un voyage en 2008. C’est de cette observation, dont je vais tenter de décrire les contours, que va naître ma réflexion sur la figure du jardin comme lieu de réinvention du monde et de résilience, dans le contexte de la globalisation économique et des grandes transitions urbaines qui en découlent. Mon travail de recherche, explicité lors de la table ronde, consiste à décrire les jardins pirates, et en quoi ils sont des "signaux faibles" (Heurgon, 2005) dans la prospective des transitions urbaines, et ne se trouvent pas seulement à Tanger, mais partout.

Odile MARCEL: Quels paysages pour l'après-pétrole?
L’alerte donnée par Gilles Clément au sujet de l’état présent du règne végétal, la connaissance qu’il a diffusée sur le thème de son histoire ont considérablement contribué à l’éveil récent d’une volonté responsable chez les aménageurs. La naissance du collectif Paysages de l’après-pétrole est l’expression d’une telle volonté autour de l’intention d’un paysage qui pourrait devenir durable. La démarche du jardinier planétaire et la démiurgie douce d’un paysage post-pétrole interrogent le statut et la place de l’homme dans le cosmos. Cette place est celle d’un homo natura qu’il faut expliciter, fonder et faire ressentir si l’on entend établir un fonctionnement nouveau des sociétés humaines. Le jardin planétaire totalise les espèces compatibles sous un même climat, le jardin de nature laisse sa place à l’art involontaire. Contexte et milieu d’une humanité désormais unifiée, ils modélisent et annoncent les relations peut-être pacifiées que le genre humain pourrait entretenir avec lui-même comme avec son milieu de vie. Comment l’émergence de ce monde différent s’inscrira-t-elle dans l’histoire prochaine, appelle-t-elle une action politique spécifique?

Odile Marcel, philosophe et écrivain, professeur des universités, a contribué à l’élaboration de la théorie du paysage comme à sa diffusion. Elle est présidente de l’association "La Compagnie du Paysage" qui publie chez Champvallon les Cahiers de la Compagnie du Paysage (5 volumes parus) et expérimente en Berry un projet de développement local fondé principalement sur la valorisation culturelle (www.lacompagniedupaysage.fr/). En 2013, Odile Marcel a coordonné avec Baptiste Sanson le recueil collectif "Paysages de l’après pétrole?" (Revue Passerelle, n°9, Coredem Éditions, 2013) et publié, en collaboration avec Régis Ambroise l’ouvrage Aménager les paysages de l’après pétrole  (éditions Charles Léopold Mayer, 2015). Odile Marcel est Vice-Présidente de l’association "Collectif Paysages de l’après-pétrole".

Patrick MOQUAY: La politique de Gilles Clément: quatre côtés du cercle
Jardinier-paysagiste engagé, Gilles Clément est assurément un jardinier politique: il prend position dans les grands débats contemporains et entend développer sa pensée comme sa pratique en cohérence avec la vision du monde et de la société qu’il professe. Chercher à qualifier la doctrine de Gilles Clément, c’est rechercher cette cohérence, en tissant la trame du discours social, environnemental, économique et politique du jardinier. Le jardin est alors un modèle du monde, où sont célébrés la liberté et l’insoumission, l’expérimentation et l’aléa. La figure de la quadrature du cercle, qui allie des formes géométriques appréciées du jardinier, souligne la difficulté et l’exigence d’une telle posture. Les différentes dimensions de cette pensée critique révèlent les paradoxes d’une pensée politique et d’une pratique qui veulent à la fois laisser s’exprimer les forces vitales et les hasards (de la nature ou de la société) et leur donner forme (affirmée parfois de manière très frontale).

Politologue, Patrick Moquay est professeur à l’école nationale supérieure de paysage de Versailles, dont il dirige le Laboratoire de recherche en projet de paysage (LAREP). Après avoir étudié l’évolution des pratiques de gestion territoriale et les nouveaux modes de gouvernement des territoires ruraux, ses travaux portent sur les politiques locales en matière de paysage, de patrimoine et de développement durable.

Véronique MURE: Jardin-site, jardin-témoin, jardin-message: le jardin des migrations au MUCEM
Le Jardin des Migrations, nouveau jardin public marseillais associé au Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), a été conçu par l’agence A.P.S. formée par un trio de paysagistes (Jean-Louis Knidel, Hubert Guichard, Gilles Ottou) installés à Valence (26) en association avec Olivier Filippi et Véronique Mure, comme un jardin "engagé" autour de deux idées fortes. Il est inspiré par la thématique des migrations des plantes autour du bassin méditerranéen, doté d’une exceptionnelle diversité biologique et culturelle. L’emplacement du jardin, au cœur du Mucem, dans le site exceptionnel du fort Saint Jean, renforce ce positionnement conceptuel. Il est également conçu comme un nouveau modèle de jardin méditerranéen, avec un choix de plantes et des techniques de plantation permettant de limiter son entretien (jardin en sec et sans  pesticide). L’engouement du public pour cet espace, et en filigrane pour les thématiques développées, nous amène à réfléchir au rapport homme-plante par le passé et dans nos sociétés modernes.

Botaniste et ingénieur en agronomie tropicale, Véronique Mure défend depuis 30 ans la valeur patrimoniale et biologique des jardins et des paysages méditerranéens à travers l’histoire des végétaux qui les composent. Dans ses missions d’analyse, de conseil ou d’interprétation elle œuvre pour donner toute sa place au vivant dans les paysages. C’est une conviction qu’elle aime partager et transmettre, qui l’a amené à publier plusieurs ouvrages et enseigner la botanique à l’ENSP Marseille.
Site internet: http://www.botanique-jardins-paysages.com


Alexis PERNET: Pédagogie du grand paysage
Le grand paysage n'appelle pas uniquement à l'appréhension de grandes échelles de projet: en enjambant les distinctions public/privé, urbain/rural et les découpages administratifs, il constitue un outil d'exploration pour comprendre autrement les pratiques humaines, leurs interrelations à la surface du globe. La lecture du paysage, l'apprentissage d'outils de politiques publiques, la conception de dispositifs de médiation sont quelques unes des étapes de la pédagogie du grand paysage. Mais il s'agit avant tout d'une pédagogie de l'expérience, du contact avec des milieux et des sociétés locales, pour réfléchir aux meilleures conditions possibles d'habitabilité des territoires, les énoncer dans un cadre partagé, leur donner des traductions inventives et vivantes.

Alexis Pernet est paysagiste dplg, maître de conférences à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, chercheur au Larep. Ses terrains d’intervention sont des "grands paysages", au sens où les démarches engagées visent de grandes échelles d’action par la mobilisation d’une multitude d’acteurs, au service d’une vision du territoire comme bien commun. Ses travaux sont conduits en étroite proximité avec un collectif qui a proposé en 2011 une édition du Manifeste du Tiers paysage et a participé au cycle Selon Gilles Clément au Centre Pompidou.

Alexis PERNET: Fissures et rhizomes
Le projet de paysage constitue une boîte à outils étroitement politique, en ceci que chaque période historique déploie ses propres instruments d’aménagement, de contrôle et de définition de l’espace. Les paysages vernaculaires, nés des besoins et des usages de la communauté, ont depuis longtemps cédé la place à des espaces encadrés, normés, traductions de visées technicistes, marqués par un rationalisme dont n’a pas tout à fait disparu une dimension égalitariste. Mais l’institution n’est pas monolithique. Elle-même est traversée de flux contradictoires, de fissures, de strates curieusement étanches. Travailler le paysage au contact de l’institution revient bien souvent à oser s’aventurer dans des méandres difficiles à soupçonner, de la même manière que l’expérience du paysage peut amener l’institution à se réinventer, à re-poser son projet au bénéfice du lieu. Porter l’alternative ambiante à l’intérieur des systèmes constitue l’une des voies d’exploration possibles pour le paysagisme contemporain, instrument peut-être bien moins contrôlable qu’il ne le laisse penser au premier abord.

Vincent PIVETEAU: Jardins en politique (autour de Gilles Clément). Entre "itinéraire" et "mouvement"
"Il m’arrive de vous désirer proche. Ce n’est pas tant pour parler avec vous que pour faire le tri des mots, en laisser quelques-uns inutiles [...], choisir l’essentiel et s’y tenir".
Ainsi s’adresse Thomas au voyageur. Travailler les mots. Etre parcimonieux dans leur sélection; les frotter et les presser. Aller à l’essentiel. Tel est Gilles Clément, auteur. Cette contribution s’inscrit dans ce plaisir du dialogue autour des mots. À travers les deux mots, "d’itinéraire" et de "mouvement", dont l’un a trouvé sa place dans son abécédaire (le mouvement) et l’autre non, on veut tenter de situer la position singulière de Gilles Clément paysagiste. Mais on veut inviter également à une lecture de l’œuvre, dans sa construction progressive et pour ce dont elle témoigne à qui la découvre.

Vincent Piveteau, Ingénieur en chef des ponts, des eaux et des forêts, dirige depuis 2011 l'École Nationale Supérieure du paysage (ENSP) de Versailles-Marseille.

Patrick SCHEYDER: Au jardin avec Gilles Clément: arts et métiers
La raison poussée à son extrême est déraisonnable. D’où le mot d’ordre: réaffirmer la sensibilité pour nourrir la raison; dire des choses, quand il le faut, mais mieux encore, les faire ressentir... La fréquentation du jardin a des vertus extraordinaires. Le jardin permet de faire sentir des choses, sans être obligé de les expliquer par le menu. Le jardin permet de transmettre, de toucher par le sensible. Le jardinier est un hypersensible. Le jardin offre, de fait, un moyen rapide de comprendre, même pour ceux qui ne sont pas initiés. Je souhaite le partage d’une philosophie du jardin; et faire sortir cette philosophie humaniste du seul cercle des jardins. Faire parler l’intention du jardinier, en associant les arts pour animer le jardin. En attendant de comprendre le langage des plantes. Épicure ou Léonard de Vinci nous montrent la voie, en plaçant la vie au-dessus de tout, par l’art, et en alliant art et ingénierie: associer les savoirs, au lieu de les séparer en spécialités, comme on nous l’a appris. Par cette référence aux arts et métiers, j’entends regarder le jardinier comme artiste tout autant que comme technicien. Tout est dans cet alliage des savoirs et avant tout des savoir-faire. Le bon jardinier peut se passer de l’artiste, parce qu’il est lui-même à la fois artiste, artisan et technicien.

Jacques TASSIN: Ce que les plantes invasives nous disent de notre regard sur le monde
Le discours conventionnel sur les plantes invasives reste fidèle à une orthodoxie rebelle aux changements opérés dans la nature, mais aussi dans nos sociétés. Cette rigidité d’expression, basée sur un prétendu consensus qui pourtant n’existe pas, appuyée sur une science dite des invasions en attente de théorie, traversée de définitions contradictoires, nourrie de présupposés semble-t-il irréfutables, parsemée d’écarts éthiques surprenants, pose nécessairement question. De quels changements implicites voulons-nous nous prémunir en retirant tout droit aux plantes invasives? Responsables d’aucune extinction au monde, réparatrices de nos agressions environnementales, signaux vivants nous alertant de nos excès, les plantes invasives demeurent incompréhensiblement indésirables. Un tel rejet ne dissimule-t-il pas d’autres rejets encore, tant à l’égard de l’altérité qu’à la nécessaire révision de nos modes de vie... ou plutôt de non vie?

Jacques Tassin est chercheur en écologie végétale au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), et notamment expert auprès de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale  sur la biodiversité et les services écosystémiques). Familier des systèmes insulaires et de leur biodiversité dite remarquable, il ne s’en intéresse pas moins au regard de nos sociétés sur une autre nature, soit disant ordinaire. Les plantes invasives, chargées de valeurs implicites négatives, sont à ce titre l’un de ses sujets d’étude favoris.



Gilles CLÉMENT: Qu'est-ce qu'être un jardinier planétaire?, entretien animé par Sylvain ALLEMAND

Cette conférence, qui a eu lieu le 6 août 2016, s'est déroulée à la manière d’un dialogue entre le célèbre "jardinier paysagiste" et Sylvain Allemand, Journaliste, par ailleurs codirecteur, avec notamment Édith Heurgon, des deux précédents colloques cerisyens consacrés aux jardins: Renouveau des jardins: clés pour un monde durable (Hermann, 2014), Nourritures jardinières dans les sociétés urbanisées (Hermann, 2016) dont certaines communications sont également disponibles sur la Forge numérique.
Elle était l’occasion d’expliciter la notion de "jardinier planétaire". Pour paraître "couler de source", dès lors qu’est posée l’hypothèse que la terre peut être désormais appréhendée comme un "jardin planétaire" (idée exprimée pour la première fois dans Thomas et le voyageur, en 1996, sur la base d’un triple constat: la finitude écologique; le brassage planétaire et la couverture anthropique), elle n’avait pas jusqu’à présent, et aussi curieux que cela puisse paraître, donné lieu à une définition formelle par Gilles Clément, à la différence des autres notions clés de sa réflexion (outre le Jardin planétaire, le "Jardin en mouvement" et le "Tiers Paysage", pour ne retenir que celles-ci).
Qu’est-ce donc qu’un jardinier planétaire? Comment le devient-on? Peut-on l’être seul? Sans le soutien des collectivités territoriales? Et puis, dans quelle mesure cette notion requestionne-t-elle en retour les autres notions-clés proposées par Gilles Clément, à commencer par celle de Jardin planétaire, dont on peut s’interroger sur son apparente tendance à escamoter l’enjeu des échelles (locale, nationale, supranationale, ...), et donc la possibilité de faire aussi "jardins en politique" à travers la mise en réseau (rhizome?) d’initiatives même très localisées? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles répond Gilles Clément à la lumière de l’état de sa réflexion antérieur au colloque mais aussi de ce qu’il "butiné" au fil des communications et visites qui s’étaient succédé depuis le début de celui-ci.



Photographie ou fragments de paysage, entretien entre Gilles CLÉMENT et Eugénie DENARNAUD

Le propos part d’un constat: Gilles Clément, lors de ses interventions, conférences et cours, notamment au Collège de France, utilise de manière prégnante la photographie comme langage visuel, alors que certains font la part belle aux plans, coupes, maquettes et autres documents graphiques de communication du projet. Ces images nous révèlent une position face à la nature et à la transmission qu’opère le paysagiste des lectures de paysage qui animent sa pratique. En tant que collectionneuse de fragments de cette nature, dans lesquels je comprends la photographie, nous nous entretiendrons avec Gilles Clément sur le rapport que l’on a avec cette pratique de grande discipline de la perception, et son sens dans la transmission des états de paysages, en faisant de nous des "rapporteurs de la nature" (P. Descola) et les porteurs de ce que Pierre Restany appelle "l’expression d’une conscience planétaire (...) un naturalisme intégral, gigantesque catalyseur et accélérateur de nos facultés de sentir, de penser et d’agir" (1978).
Cet entretien aura lieu en complément d’une exposition photographique de fragments de paysage.

BIBLIOGRAPHIE :

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Frédérique Basset, Vers l’autonomie alimentaire. Pourquoi, comment et où cultiver ce que l’on mange, Rue de l’échiquier, Paris, 2012.
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Hervé Brunon (dir.), Le jardin comme labyrinthe du monde. Métamorphoses d’un imaginaire de la Renaissance à nos jours, Presses de l’université Paris-Sorbonne / Musée du Louvre, 2008.
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Gilles Clément, Thomas et le voyageur. Esquisse du jardin planétaire, Éd. Albin Michel, Paris, 1997.
Gilles Clément, Les libres jardins de Gilles Clément, Le Chêne, Paris, 1997.
Gilles Clément, Traité succinct de l’art involontaire, Éd. Sens et Tonka, Paris, 1997, Édition augmentée, 2014.
Gilles Clément, Une école buissonnière. Catalogue de l’exposition à l’Espace Electra, Fondation EDF, Éd. Hazan, Paris, 1997.
Gilles Clément, Les portes, Éd. Sens et Tonka, 1998.
Gilles Clément, Le jardin planétaire. Réconcilier l’homme et la nature, catalogue de l’exposition à la Grande Halle de la Villette, Éd. Albin Michel, Paris, 1999.

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Gilles Clément, La dernière pierre. Roman, Éd. Albin Michel, 1999.
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Gilles Clément, La sagesse du jardinier, Éd. L’œil neuf, Paris, 2004.
Gilles Clément, Manifeste du Tiers-Paysage, Éd. Sujet/Objet, Paris, 2004, Édition augmentée, Sens et Tonka, Paris, 2014.
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Gilles Clément, Le Dindon et le Dodo, Éd. Bayard, Paris, 2005.
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Patrick Viveret, La cause humaine, du bon usage de la fin d’un monde, Éd. Les liens qui libèrent, 2012.


Avec le soutien
du Conseil départemental de la Manche,
de la Région Normandie,
de Val'hor (Les professionnels du végétal),
de l'Institut Klorane
et de Veolia

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