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jour le 21 juillet 2008 "
DU VENDREDI 11 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 18 JUILLET
(14 H) 2008
LA LITTÉRATURE LATINO-AMÉRICAINE
AU SEUIL DU XXIe SIÈCLE
DIRECTION : Françoise MOULIN CIVIL, Florence OLIVIER,
Teresa ORECCHIA HAVAS
ARGUMENT :
Comme en écho
au colloque de Cerisy de 1978, celui de juillet 2008
entend interroger, 30 ans plus tard, la production littéraire
et critique latino-américaine, cueillant à
chaud, pour ainsi dire, une littérature en train de se
faire et de se penser elle-même. Pour l’essentiel, il
propose de sonder cette même littérature dans les
voies postmodernes et post-nationales qui, depuis lors, ont été
empruntées et par les écrivains latino-américains
dans leur propre pratique, et par la critique dans ses nouveaux
questionnements théoriques et dans son dialogue incessant
avec la création, et par les politiques éditoriales.
On tentera de savoir en
particulier comment la littérature latino-américaine
aborde et défie le XXIème siècle et
de quelle façon elle répond ou s’oppose aux impératifs
de la globalisation. Le projet se fonde sur une double
participation: tout d’abord celle d’universitaires, spécialistes
reconnus de littérature latino-américaine contemporaine,
voire toute récente, représentatifs également
des trois genres majeurs (roman, poésie, théâtre)
et des diverses aires géographiques de l’Amérique
Latine ; ensuite, celle d’auteurs latino-américains dont
la notoriété est certaine et représentatifs eux
aussi de la diversité du continent.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Vendredi 11 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Samedi 12 juillet
Matin:
Françoise MOULIN CIVIL: Ouverture
Jacques LEENHARDT: Où
en est la perspective continentale dans la littérature
latino-américaine au seuil du XXIème siècle?
Après-midi:
Norah GIRALDI DEI-CAS: Les suds des Amériques
aujourd'hui: au-delà des frontières et des
nationalités
Florence OLIVIER: Roberto
Bolaño lit ses contemporains
Karim BENMILOUD: La figure
de l'écrivain chez Sergio Pitol
Dimanche 13 juillet
Matin:
Fernando AÍNSA:
Paroles nomades. Les nouveaux centres de la périphérie.
Panorama de la fiction latino-américaine actuelle
Après-midi:
Gustavo GUERRERO: Aspects
de la réception
Françoise MOULIN CIVIL:
Les écritures d'Abilio Estévez
Etat des lieux de la critique actuelle, table-ronde
avec Fernando AÍNSA, Milagros EZQUERRO
et Jacques LEENHARDT
Lundi 14 juillet
Matin:
François DELPRAT:
Violence et souffrance dans le roman contemporain (1980-2005)
Après-midi:
Chris ANDREWS: L'informe, l'asymétrie et la monstruosité
dans l'écriture de César Aira (conférence commune avec
le colloque "La forme et l'informe")
Ina SALAZAR: De l'écart
au canon: la diction "conversationnelle" dans la poésie
péruvienne contemporaine
Christilla VASSEROT:
Le théâtre latino-américain à
l'épreuve de la traduction
Soirée:
Lectures
Mardi 15 juillet
Matin:
Edition, traduction, réception, table-ronde
avec Fernando AÍNSA, Gustavo GUERRERO
et Christilla VASSEROT
Après-midi:
REPOS
Mercredi 16 juillet
Matin:
Alan PAULS: Au delà de la
littérature: le problème des limites dans la fiction latino-américaine
contemporaine
Après-midi:
Monique PLÂA: Sorcières,
fantômes et rêveurs: la "connaissance
de l'imagination" dans Terra Nostra de Carlos Fuentes
Nathalie BESSE: Mil y
una muertes de Sergio Ramirez, un roman subversif
Françoise AUBÈS:
Hétérogénéité et totalité contradictoire:
le roman péruvien depuis les années 90
Jeudi 17 juillet
Matin:
Jorge VOLPI: Fiction essayistique
et essai fictionnel en Amérique latine
Après-midi:
Stéphanie DECANTE
ARAYA: Entre diabolisation et banalisation de la violence:
vingt ans de roman hispano-américain sur le fil du rasoir
Teresa ORECCHIA HAVAS:
Construction de traditions littéraires et projet personnel
dans l'œuvre de quelques écrivains argentins à
la fin du siècle
Etat des lieux de la création littéraire,
table-ronde avec Abilio ESTÉVEZ,
Luisa FUTORANSKY, Alan PAULS et Jorge VOLPI
Vendredi 18 juillet
Matin:
Milagros EZQUERRO: Lire
et écrire: interférences du discours littéraire
et du discours critique
Florence OLIVIER & Teresa ORECCHIA HAVAS: Clôture
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Fernando AÍNSA:
Paroles nomades. Les nouveaux centres de la périphérie.
Panorama de la fiction latino-américaine actuelle
Nous nous proposons d’aborder la question de la narration
latino-américaine des dernières décennies (1980-2008)
dans son ensemble. Elle se caractérise essentiellement par:
a) L’atténuation des procédés
expérimentaux extrêmes qui avaient été
introduits par les avant-gardes des années soixante et celle
de leur radicalisme révolutionnaire en matière de
politique, ainsi que l’abandon de la vocation totalisante propre
aux grandes "entreprises fictionnelles" de la période; une
nouvelle écriture narrative de racine plus anthropologique que
politique vient se substituer à la précédente,
elle contient l’écho des manifestations de la culture populaire
(musique, sports, cinéma, roman policier, feuilletons), englobe
l’humour, le rire et la parodie, et déconstruit l’histoire officielle.
L’apport du récit écrit par des femmes est ici fondamental;
b) Le dépassement de la dichotomie centre-périphérie,
qui était à la base d’une bonne partie du discours
narratif des années soixante-dix. Le récit latino-américain
n’est plus perçu comme la manifestation valorisée
d’une "région en voie de développement" qui mérite
d’avoir son propre chapitre dans la littérature d’Occident,
mais comme l’émergeant de ce pluralisme multipolaire que représentent
les nouveaux centres créés par la périphérie
(Mexico, La Havane, Caracas, Bogotá, Buenos Aires...);
c) La multiplication des circuits de circulation et
de diffusion, nouvelle cartographie des appartenances basée
sur des flux qui traversent les frontières et les brouillent,
en se fragmentant et en se combinant sans discontinuer. Ils caractérisent
la contemporanéité (Octavio Paz) et la simultanéité
(Abellán) de la vie du latino-américain dans le monde
globalisé. Cette horizontalité a induit des interactions
plus complexes que par le passé et elle a provoqué l’apparition
d’une périphérie urbaine multiculturelle dans les
anciens "centres" ou villes capitales (Paris, Londres, Madrid, Barcelone,
New-York);
d) Le nouveau récit donne témoignage
de l’importance des représentations de l’exode et de l’exil,
il exalte la "condition nomade", le déracinement, la figure
de l’artiste migrant et celle du "fugitif culturel": toutes des composantes
identitaires dans le cadre des processus de globalisation. L’écrivain
vit maintenant de façon volontaire "hors de sa tribu" (Hegel),
en dehors de la nation qui de manière habituelle lui servait
de protection — ce qui a produit une profonde révision du concept
de "littérature nationale" et est devenu un des multiples
liens transculturels —. Au cours de notre conférence nous insisterons
sur l’importance du caractère extraterritorial et transnational
de l’écriture narrative actuelle.
Françoise AUBÈS:
Hétérogénéité et totalité
contradictoire: le roman péruvien depuis les années
90
Il ne s’agira pas de faire un
inventaire de la production fictionnelle à partir
des années 90 mais de montrer ce que l’on pourrait
considérer comme les nouvelles tendances par rapport
à la production antérieure: les termes d'hétérogénéité
et de totalité contradictoire, empruntés à A. Cornejo
Polar, semblent les plus appropriés pour définir
la production péruvienne de la fin du XXème siècle
tant pour sa richesse thématique, que pour les techniques
narratives utilisées. En effet, dans ce corpus hétéroclite,
"sauvage" comme le définit le critique et poète
péruvien Mirko Lauer, même si l’on retrouve
les grands invariants de la littérature péruvienne
(le roman réaliste, social, etc.), dominent de nouvelles
thématiques, de nouvelles préoccupations, de nouveaux
sujets, une nouvelle conception de la fonction de la littérature
(subjectivité, intériorité, désengagement,
réécriture du roman de la ville, etc.). Il
s’agira également de déceler les effets de mode
dus à l’impact de la globalisation sur les tous jeunes écrivains
adeptes d’une littérature light, littérature
de consommation rapide qui répond aux exigences commerciales
du circuit éditorial. Ces considérations d’ordre
textuel et générique vont donc de pair avec celles
afférant au contexte et au champ littéraire national
traversé d’antagonismes et de contradictions (écrivains
telluriques contre écrivains hégémoniques,
école de Paris, etc.).
Karim BENMILOUD:
La figure de l'écrivain chez Sergio Pitol
Ecrivain cosmopolite, diplomate et traducteur, Sergio
Pitol est l’auteur d’une œuvre romanesque ambitieuse qui s’inscrit
dans le sillon des plus grands écrivains du XXème
siècle, qu’il a lus, commentés et traduits avec passion.
Remettant au goût du jour le roman de l’artiste (sans chercher
à le "mexicaniser"), l’œuvre de Sergio Pitol abonde en figures
d’artistes et d’écrivains qui sont plongés dans les
affres de la création et errent en quête d’une "forme".
Nous tenterons d’analyser dans cette communication cette écriture
subtile, aux résonances éminemment proustiennes, qui fait
selon nous du romancier mexicain à la fois un véritable
classique du XXème siècle et un précurseur dont
la dernière prose, toujours plus hybride, à mi-chemin
entre la fiction et l’essai, ouvre des voies nouvelles et fécondes
pour le XXIème siècle.
Nathalie BESSE: Mil y una muertes
de Sergio Ramirez, un roman subversif
Mil y una muertes, récit
structuré en dyptique, remémore l’itinéraire
d’un photographe nicaraguayen du XIXème siècle,
dont Sergio Ramírez suit les péripéties en
Europe, et ce au gré de photos parfois insérées
dans le roman qui contient d’ailleurs une réflexion — esthétique
et éthique — sur la photographie et son rapport à la
réalité qu’elle authentifie et dramatise. Cette intergénéricité
n’est qu’un exemple des différents effets de réel chers au
romancier: intertextualité qui n’exclut pas néanmoins
des documents apocryphes, épigraphes d’artistes célèbres
souvent moqués, évocation de certains acteurs
de l’Histoire, procédé cervantin de publication
d’un manuscrit, participent de l’illusion romanesque, sans
omettre cet auteur auto-fictionnalisé puis fabulateur déclaré.
En effet, Mil y una muertes
s’avère une fiction avouée ou spéculaire
puisque réfléchissant sur son élaboration,
notamment par le truchement d’un personnage qui informe
le romancier lui-même sur ce photographe dont il a peut-être
ré-écrit le mémorial: le dialogue avec
cet être de papier dont un écrivain devenu lui aussi
fictif veut nous faire admettre l’existence, présente
cette narration comme un "roman vrai" tout en dénonçant
paradoxalement le mirage romanesque. Ce récit ne reflète-t-il
pas d’ailleurs d’autres désenchantements de l’auteur:
à lire la vision d’un Nicaragua dérisoire et un excipit
d’une rare brutalité, on peut se demander si la goguenardise
de Sergio Ramírez ne masque pas une blessure, et si son
roman aux mille et une morts n’est pas en définitive celui
des illusions perdues.
Stéphanie
DECANTE ARAYA: Entre diabolisation et banalisation de
la violence: vingt ans de roman hispano-américain sur
le fil du rasoir
Les travaux de René Sitterlin (1996) incitent
à mesurer les enjeux d’un double écueil défini
comme banalisation et sacralisation de la violence. C’est à
l’aune de cette problématique que l’on étudiera la
représentation de la violence dans un corpus de romans hispano-américains
publiés au cours de ces vingt dernières années.
Après une mise en perspective historique, on interrogera la
pertinence de travaux classiques sur violence, littérature et
société en Amérique Latine (Dorfman, Kohut, Moraña)
pour aborder ces romans contemporains. En particulier, il s’agira
d’évaluer la façon dont ils affrontent et déjouent
les écueils posés plus haut, à une époque
où le relais médiatique, à renfort de sensationnalisme,
tend à redessiner notre perception de la violence (Mongin, 97 ;
Ardenne, 2007).
Il s’agira de montrer en quoi le traitement esthétique
de la violence dans les romans étudiés offre un
cadre de réflexion sur la dimension protéiforme et
paradoxale de celle-ci, et propose une critique des valeurs fondatrices
de la modernité.
François DELPRAT: Violence
et souffrance dans le roman contemporain (1980-2005)
Les deux dernières décennies
du XXème siècle et le début du XXIème
siècle ont vu le roman assumer plus souvent que
jamais son rôle de reflet d’une réalité,
et aussi s’interroger sur le désordre du monde, la place
de l’homme et le sens de la vie, le mal inévitable. L’histoire
récente a multiplié en Amérique latine,
les référents possibles à une violence
exercée sur autrui, les différents moyens d’expressions
en portent l’empreinte, et chacun s’inquiète de la perte
d’un humanisme et use de ressorts dramatiques où la représentation
de la douleur physique et morale dépasse de loin les angoisses
existentielles d’une étape littéraire du milieu
du XXème siècle. Le discours pathétique
n’implique pas seulement la passivité de l’horreur et la souffrance
infligées par autrui, il hante l’esprit des hommes,
saisis de peur et conscients de leur propre férocité,
persécuteurs persécutés ; il conduit aussi
la contradiction entre quête du bonheur et pulsion de mort,
souffrance en chacun de son incapacité à donner un sens
au monde et au vécu. Ce pathos veut se communiquer au lecteur
dans nombre de romans dans une intention de dénonciation,
souvent de délivrance, d’autres fois de catharsis : il y a en
tous des procédés du drame, antonomases du mal et
déclamations douloureuses. Non sans ambiguïté,
ils font apercevoir une fascination du mal qui place le sadisme parmi
les traits dominants de notre temps. L’étude emprunte à
Frye des concepts sur le tragique et le pathétique et s’arrête
plus particulièrement sur des auteurs argentins (Marcelo Cohen,
Ariel Bermani), chilien (Roberto Bolaño), colombiens (Fernando
Vallejo, Laura Restrepo), salvadoriens (Horacio Castellanos Moya,
Rafael Menjivar Ochoa), mexicains (Homero Aridjis, Vilma Fuentes),
venezuelien (Carlos Noguera).
Milagros EZQUERRO: Lire
et écrire: interférences du discours
littéraire et du discours critique
Il s’agira de réfléchir sur les destins parallèles
de ces deux types de discours. Le discours critique est un discours
second, dépendant du texte littéraire, un commentaire
qui ne se construit qu’en prenant appui sur celui-ci. Est-ce à
dire que le discours critique a une simple fonction d’accompagnement du
texte littéraire? A-t-il des effets de retour non seulement sur
la réception du texte littéraire, mais aussi sur la construction
d’un canon littéraire, et donc sur le devenir des textes? Comment
interfèrent ces deux types de discours? Toujours dans le même
sens? Qu’en est-il de l’horizon d’attente? L’abondance d’écrivains
qui sont aussi critiques et / ou professeurs de littérature a-t-elle
une influence sur ces interférences?
Gustavo
GUERRERO: Aspects de la réception
Partant d’une analyse des relations
culturelles entre la France et l’Amérique latine
au cours du XXème siècle, cette intervention tentera
d’explorer les conditions et les modalités de la
réception française des auteurs latino-américains
et les conséquences qu’elle a eue dans le processus
de formation de leur littérature. Il ne s’agit plus
de poser la question sur la diffusion de la littérature
latino-américaine en France, mais bel et bien sur sa
configuration dans un double rapport de résistance
et d’attirance face aux attentes critiques et éditoriales
françaises.
Jacques LEENHARDT: Où
en est la perspective continentale dans la littérature
latino-américaine au seuil du XXIème siècle?
Durant les années fertiles du “boom” de la littérature
latino-américaine, un esprit en quelque manière commun
se dégageait des textes, aussi bien littéraires que critiques
et théoriques, dont le fondement se trouvait dans une vision
continentale à la fois politique et culturelle. C’était
comme une reprise des divers thèmes de l’américanité,
qui avaient déjà dans le passé ensemencé le discours
littéraire. En posant ce rappel, je voudrais interroger la permanence
ou, au contraire, l’évanescence de cet esprit continental, tel
qu’on peut l’envisager à partir de l’expérience contemporaine.
La mondialisation a transformé l’espace mental dans lequel réfléchissent
artistes ou écrivains. Que nous en dit la littérature?
Françoise MOULIN
CIVIL: Les écritures d'Abilio Estévez
L’écrivain cubain, Abilio Estévez, est l’auteur
d’une œuvre polymorphe dans laquelle se côtoient ou s’entrecroisent
de multiples genres littéraires: la poésie, le théâtre,
le roman, l’essai, les mémoires... L’absolue contemporanéité
et prégnance d’une telle pratique ne nous absout pas pour autant d’une
réflexion sur les enjeux qu’elle recouvre. Cette intergénéricité,
si elle dynamise l’écriture, met aussi en question les formes
canoniques et hégémoniques, subvertit les lois du genre
ou la loi des genres, devenant ainsi l’un des atouts essentiels de la
déconstruction, du renversement et de l’hybridité, toutes
pratiques propres aux nouveaux discours littéraires.
Florence
OLIVIER: Roberto Bolaño lit ses contemporains
Roberto Bolaño aime à déclarer
qu’il préfère la lecture à l’écriture,
reprenant en cela les propos de Jorge Luis Borges. L’originalité
de la position de Roberto Bolaño consiste en sa constante
activité de lecture de ses contemporains, tout particulièrement
des Espagnols et Latino-américains, dont font état
nombre d’articles recueillis dans le volume posthume Entre
paréntesis. Par ailleurs, il exerce une activité
critique voire pamphlétaire vis-à-vis des institutions
littéraires et du marché du livre, multipliant dans
les dernières années de sa vie les « discours
» à ce sujet. Dans l’œuvre de fiction, le discours sur
la littérature est omniprésent tout comme les histoires
littéraires imaginaires ou les histoires d’écrivains.
Placés dans une position tantôt ironique et iconoclaste,
tantôt mélancolique et admirative, ses multiples discours
invoquent un idéal littéraire et tracent une carte
géographique et historique de la littérature ultra contemporaine
latino-américaine. Le risque littéraire est revendiqué,
condamné tout arrangement. Il s’agira donc de voir quels défis
littéraires propres à l’actualité sont lancés,
quels rapports à la tradition littéraire sont recommandés
avec ludisme, mais aussi comment l’écriture de Roberto Bolaño
met en scène son rapport à la lecture.
Teresa
ORECCHIA HAVAS: Construction de traditions littéraires
et projet personnel dans l'œuvre de quelques écrivains
argentins à la fin du siècle
Dans la littérature argentine
du dernier quart du siècle s’affirment les trajectoires
d’écrivains préoccupés par une relecture
de la tradition littéraire, qu’ils effectuent en parallèle
avec leur œuvre de création, jetant de multiples passerelles,
soit sous la forme d’interventions critiques ou sous celle d’entrées
méta-fictionnelles, entre leur projet d’écriture
et leur canon personnel. Ce sont des auteurs qui dialoguent souvent
entre eux, de façon organique ou bien à travers de
textes polémiques et d’interlocutions masquées, et
dont les pratiques textuelles sillonnent et aussi enlacent les domaines
de la fiction et de l’essai, avec une notoire insertion de traits
autobiographiques ou auto-fictionnels. Parmi les problèmes
qui les occupent et qui sont marqués du sceau de notre temps
figurent en bonne place la relation entre l’art du récit et
les cultures populaires, la question de la représentation de
la mémoire collective et enfin la défense de la littérature
considérée comme la dernière des utopies,
indissociable de la vie et servant de rempart à la fois
contre les outrages de l’Histoire et contre la cristallisation des
discours et des langages.
La communication analysera la portée
et les caractéristiques de certaines de ces constructions
dans l’œuvre de narrateurs comme R. Piglia et J. J. Saer
ou encore César Aira, afin de mettre en relief
aussi bien les points de convergence que les tracés individuels
de ces pensées actuelles de la littérature, les
recentrant autour de la place et le rôle de l’écrivain
dans une culture périphérique et sur les programmes
d’esthétiques révolutionnaires ou avant-gardistes,
ainsi que sur les pratiques de rupture (ou de consentement)
avec les circuits de l’institution littéraire — marché,
édition, critique, académies, média —.
Alan PAULS: Au
delà de la littérature: le problème des limites
dans la fiction latino-américaine contemporaine
A partir d’un corpus d’œuvres d’écrivains
contemporains (Fernando Vallejo, Mario Bellatín, César
Aira et d’autres) nous essayerons d’interroger deux des modalités
suivant lesquelles le problème d’un éventuel
au-delà de la fiction se pose aujourd’hui dans le
paysage de l’écriture latino-américaine. Une de ces
modalités est la constitution, depuis la fiction elle-même,
d’une figure d’auteur forte, à la fois composante
interne de la narration et figure sociale externe, amphibie, laquelle
estompe la frontière entre la littérature et l’intervention
publique, entre la fiction et l’action. L’autre modalité,
plus conceptuelle, dont les prémisses peuvent être recherchées
chez Macedonio Fernández, tend à subordonner l’«
œuvre » à une expérience à la fois plus vaste,
ponctuelle et abstraite, dont l’« œuvre » n’est que l’une
des déclinaisons possibles: il s’agit de l’expérience
du projet, sorte de simulacre d’institution littéraire
qui (se) pense et est pensé en tant que série d’opérations
effectuées sur le monde, et non plus en relation avec des livres,
des romans, des poétiques.
Monique
PLÂA: Sorcières, fantômes et rêveurs:
la "connaissance de l'imagination" dans Terra Nostra
de Carlos Fuentes
Dans Terra Nostra, c'est à
l'aune de la brève vie humaine d'un roi que Carlos Fuentes
recompose librement trois siècles d'histoire espagnole.
D'entrée, la mise en place d'un tel cadre narratif place
les faits historiques les plus avérés et identifiables
sous l'empire de l'imagination qui les recrée. Mais,
au-delà de la réélaboration des faits historiques,
l'imagination à l'œuvre dans Terra Nostra est une expérience
des possibilités extrêmes de l'écriture. Lestée
de cette part de réalité que lui vaut son ancrage dans
l'Histoire, l'écriture entreprend l'exploration de la
part cachée du réel, cette part à laquelle les
conventions les plus audacieuses du réalisme ne sauraient
donner accès. Pour tenter d'approcher la complexité
de cette exploration, on détachera trois aspects de la mise
en œuvre de l'imagination dans le roman: les sorcières, les fantômes
et les rêveurs. La sorcière est un thème récurrent
dans l'œuvre de C. Fuentes qui, en mêlant plaisamment traditions
populaires et savantes, fait, dans Terra Nostra, une place
de choix à ce personnage cher à Michelet et aux Surréalistes.
Le fantôme, qui hante le Romantisme mais aussi l'écriture
de Fuentes, plus qu'un thème, est une forme: celle que
Fuentes à choisi de donner à la quasi totalité
de ses personnages. Surgissant de nulle part, fantasmatiques et
fantastiques, les personnages installent dans l'œuvre un flottement
incertain et puissant. Pourvus de contours guère mieux définis
que ceux des fantômes avec lesquels, du reste, ils se confondent
souvent, les rêveurs sont autant des formes que des contenus.
Les rêves hétérogènes et contradictoires
des rêveurs surgissent sur le devant du texte par vagues fulgurantes.
Comme les sorcières et les fantômes, mais plus encore
qu'eux, les rêveurs, profondément inscrits dans l'œuvre
de Fuentes en général et dans Terra Nostra en
particulier, sont inséparables de l'écriture du roman
qui les constitue. En conclusion, on interrogera la nature de la connaissance
qu'offre au lecteur les explorations de l'imagination mises en œuvre
dans Terra Nostra.
Ina
SALAZAR: De l'écart au canon: la diction "conversationnelle"
dans la poésie péruvienne contemporaine
Le présent travail se propose
d’explorer l’itinéraire de ce qu’on peut appeler
la diction "conversationnelle" (une langue poétique qui
se nourrit de la langue de la rue, parlée, populaire et
s’appuie sur le narratif au détriment de l’image) au sein
de la production poétique péruvienne de la seconde
moitié du XXème siècle à nos jours. Il s’agit
d’examiner l’irruption dans les années 60, d’une langue
poétique qui s’écarte radicalement des pratiques antérieures,
apparaissant comme contestataire, associée aux mouvements
de contre-culture, mais qui, paradoxalement, au fil des décennies
suivantes deviendra hégémonique, se plaçant
au centre du canon poétique. Cette recherche est double,
d’une part, elle prétend cerner, définir cette diction
"conversationnelle", ses origines, ses apports et son sens par rapport
aussi bien à la constitution d’une tradition poétique
qu’au regard d’une culture et d’une société en pleine mutation.
D’autre part, elle veut engager aussi une réflexion autour
de la notion de "canon" qui en Amérique latine est une notion-clef.
Christilla VASSEROT: Le
théâtre latino-américain à
l'épreuve de la traduction
Au-delà d’une analyse des difficultés propres à
l’exercice de la traduction appliquée au théâtre,
nous verrons en quoi la traduction consiste aussi en un questionnement
de cette "latino-américanité" et révèle le
sens que peut revêtir cette référence en dehors de
l’Amérique latine. Cette étude sera aussi l’occasion d’envisager
quelques tendances parmi les plus récentes du théâtre
latino-américain contemporain et les problèmes de traduction
posés par ces formes nouvelles, en tenant compte de pratiques
telles que le surtitrage qui a permis de voir circuler en France des
spectacles en langue originale tout en confrontant la traduction non
plus seulement au texte mais aussi à la scène.
Jorge VOLPI:
Fiction essayistique et essai fictionnel en Amérique latine
Face au déclin du réalisme magique
en Amérique latine, et à la multiplication des
romans de genre (historiques, policiers, sentimentaux), différents
écivains de cette région du monde ont construit
au long des trente dernières années une écriture
alternative, dont le principal point de contact est l'union de l'essai
avec le récit. Ces textes, que j'appelle mutants, constituent
certaines des meilleures réussites de la littérature
latino-américaine des dernières décennies. Comptant
parmi ses représentants des personnalités devenues
incontournables, tels Ricardo Piglia et Sergio Pitol, cette tendance
à fondre ensemble l'essai et le roman, la fiction et la réflexion,
offre un champ inusité et est sans doute le terrain d'expérimentation
et d'innovation le plus fécond de la littérature latino-américaine
actuelle.
BIBLIOGRAPHIE :
Benmiloud, Karim et Estève
Raphaël (éd.), Les astres noirs de
Roberto Bolaño, Université Michel de Montaigne
Bordeaux 3 – Maison des Pays Ibériques et Ibéro-américains,
AMERIBER – ERSAL/GRIAL, Presses Universitaires de Bordeaux,
2007.
Bensoussan, Albert, Le
Retour des caravelles. Lettres latino-américaines,
Presses Universitaires de Rennes, « Interférences
», 1999.
Cucuel Madeleine (éd.),
« Le théâtre mexicain contemporain »,
Les Cahiers du CRIAR, n° 7, Rouen, 1987.
Cymerman, Claude et Fell
Claude (dir.), Histoire de la littérature
latino-américaine de 1940 à nos jours, Paris,
Nathan Université, 1997, rééd. 2001.
Ezquerro, Milagros et Roger,
Julien, L’hybride. Cultures et littératures
hispano-américaines, Paris, Indigo & Côté-Femmes,
2005.
Ezquerro, Milagros et Roger,
Julien, Le texte et ses liens I. Cultures et littératures
hispano-américaines, Paris, Indigo & Côté-Femmes,
2006.
L’Amérique Latine
et la nouvelle revue française, Les Cahiers
de la nrf, Paris, Gallimard, 2000.
La Nouvelle Revue Française,
n° 528, janvier 1997, Paris, Gallimard, nrf (dossier:
« Amérique Latine trente ans après »).
Leenhardt, Jacques (dir.)
Littérature latino-américaine
aujourd’hui, Colloque de Cerisy, Paris, 10/18, 1980.
Meyran, Daniel, «
Images du roman hispano-américain contemporain
», Cahiers de l’Université de Perpignan,
n° 8, 1er semestre 1990.
Orecchia-Havas, Teresa (éd.)
Les villes et la fin du XXe siècle en Amérique
Latine, Littératures, cultures, représentations,
Berne, Peter Lang, Leia vol. 9, 2007.
Siècle 21,
n° 5, Automne-Hiver 2004, Paris, L’esprit des péninsules
(Dossier « La littérature mexicaine des trente
dernières années ».
Singler, Christoph, Le
roman historique contemporain en Amérique Latine.
Entre mythe et ironie, Paris, L’Harmattan, 1992.
Vasserot Christilla, «
Théâtres cubains », Les Cahiers,
Maison Antoine Vitez, n° 1, Montpellier, Maison
Antoine Vitez, 1995.
Avec le soutien du Conseil scientifique et du Laboratoire
d'Etudes Italiennes, ibériques
et ibéro-américaines (LEIA) de l'Université
de Caen, du Conseil scientique et de l'Institut des Mondes
Anglophones, Germaniques et Romans (IMAGER) de l'Université
de Paris XII
et du Conseil scientifique et du centre des Civilisations
et Identités Culturelles Comparées (CICC) de l'Université
de Cergy-Pontoise