RÉSUMÉS :
Emma BATTESTI:
L'art au quotidien, l'art pour tous, ou comment partager l'art
avec les personnes qui n'y ont pas accès?
"
L’avenir du théâtre appartient
à ceux qui n’y vont pas encore": c’est le credo de
Pierre Debauche, grand homme de théâtre avec
qui nous avons créé en 1994 à Agen un théâtre
quotidien de création qui fonctionne toujours, le Théâtre
du Jour. Depuis cette expérience fondatrice, je cherche
non seulement à porter, mais vraiment à partager l’art,
avec les personnes qui n’y ont pas accès, et ce à différentes
échelles:
• un groupe d’usagers de la psychiatrie,
qui travaillent en dehors de l’hôpital pour monter des
spectacles que nous présentons dans des festivals amateurs;
• les quartiers défavorisés
de Marseille: "Migration Blues", une série de 5 spectacles
sur 2 ans à partir d’interviews des habitants, joués
directement dans les quartiers, puis dans un théâtre;
• la ville de Marseille et l’ensemble de
sa population: "la Massalia", une série de spectacles
de rue festifs réalisés durant 4 ans par les marseillais
pour les marseillais (2 000 participants amateurs et 500 000
spectateurs à chaque édition…).
• le pourtour méditerranéen:
"Les ports de la Méditerranée" un laboratoire
de formation, qui a duré 5 ans, destinés à de jeunes
acteurs méditerranéens originaires de pays où
le théâtre reste problématique.
Une des conditions essentielles de l'existence
et du succès de tous ces projets est de les inscrire
dans la durée, ce qui, hélas, est de plus en plus
difficile. Alors, comment faire pour soutenir la durabilité
de ce type de création artistique qui vise un développement
harmonieux des personnes et des territoires?
Valérie BLANCHOT-COURTOIS:
Eden ou comment concilier innovation technologique,
développement économique et citoyenneté:
vers un modèle universel d'innovation sociétable?
L’énergie a été
de tous temps un enjeu structurant pour les civilisations.
C’est encore plus vrai aujourd’hui avec des sociétés
humaines dont les économies ont un recours massif
à l’énergie pour se développer et assurer
leur croissance régulière. Les conséquences
en sont, d’une part, la raréfaction des ressources
fossiles avec des tensions économiques et géopolitiques
à la clé, et, d’autre part, des émissions beaucoup
trop importantes de gaz à effet de serre dont les effets
induits pour les grands équilibres climatiques planétaires
commencent d’ores et déjà à se faire dramatiquement
sentir. Afin de sortir par le haut de la spirale énergétique
et environnementale négative dans laquelle nous sommes entrés
aujourd’hui, il est urgent d’innover en refondant les relations
entre l’homme et l’énergie. C’est sur ce constat et pour contribuer
à relever ce défi énergétique que
l’association
eden a été créée en
2004 à Sophia Antipolis par huit personnes physiques aux compétences
complémentaires dans l’innovation et l’énergie.
Eden a une approche
systémique de l’innovation dans l’énergie
en remettant l’homme au cœur des décisions et des
actions. Abordant de front les aspects technologiques, économiques,
sociologiques, politiques et philosophiques, dans une
vision résolument entrepreneuriale,
eden porte
aujourd’hui un véritable projet d’innovation sociétale
dont l’ambition est de créer un espace favorable à
l’émergence d’initiatives entrepreneuriales afin de
construire des systèmes énergétiques durables.
Incubateur d’idées, de projets et d’entreprises, s’appuyant
sur un think-tank,
eden poursuit un double objectif
:
– développer
la
conscience énergétique® des citoyens,
les inciter à changer de comportement et à passer
à l’action notamment via des actes d’achat responsables
;
– favoriser la création
et le développement des
jeunes entreprises
innovantes de l’énergie porteuses de produits/services
en phase avec les attentes des citoyens porteurs d’une
conscience énergétique.
Les fondamentaux d’
eden,
ses principales réalisations à mi 2007
et ses options pour l’avenir seront explicités. On
s’interrogera également sur l’applicabilité du modèle
d’innovation sociétale proposé à des
domaines autres que l’énergie.
Philippe DESBROSSES,
Thanh NGHIEM, Jérôme VIRLOUVET: Agriculture
et alimentation durables
Manger est un acte essentiel pour chacun de nous: à
la fois indispensable et quotidien, moment de convivialité ou,
à l'inverse, source d'obésité, de surpoids et "malbouffe".
Derrière l'acte de manger, se cachent de grosses "machines":
cultures intensives, plaines uniformes, OGM, mais aussi circuits de distribution...;
la course sans fin pour "le pouvoir d'achat", avoir toujours plus pour
moins cher, nous transforme en victimes de la société de
consommation.
Ainsi l'empreinte écologique d'un français
est-elle de 3 planètes, dont 1 pour l'alimentation. Et la
moitié de notre assiette, c'est du pétrole et du carbone
! Une fraise importée en hiver, c'est 5 kilos de carbone pour 1
kilo de fruit, et la moitié de notre poubelle est remplie d'emballages
permettant aux produits de faire des milliers de kilomètres. Le
consommateur aveuglé par le "discount" préférera acheter
l'agneau venant de Nouvelle-Zélande plutôt que de choisir
l'agneau local, émettant ainsi 200 à 300 kilos de carbone
dans l'atmosphère pour 1 kilo de viande... sans parler du trajet
en voiture pour aller à l'hypermarché à 15 km de chez
lui.
Inéquités Nord-Sud mais aussi Nord-Nord,
pollutions et épuisement des sols, disparition des terres
agricoles et des petites exploitations, innombrables gaspillages tout
au long de la filière, le modèle production / distribution
/ consommation de masse a rompu l'équilibre. Des solutions existent,
mais il est urgent de les mettre en application: avec l'agriculture
paysanne, qui remet l'homme au milieu du système de production
; le Bio, qui milite pour des cultures de qualité, sans chimie
ni OGM, reposant sur des savoir faire et des sélections d'espèces
adaptées ; les AMAP et les réseaux de producteurs locaux.
Avec la prise de conscience qui s'opère au niveau des consommateurs,
on peut espérer renouer ce lien, ténu, entre la terre,
le paysan, les cultures locales, la diversité, les circuits courts
et la qualité — voire même retrouver un certain art de vivre,
en symbiose avec nos écosystèmes et les saisons, en puisant
dans l'incroyable réservoir de savoir faire et d'ingéniosité
que nous ont laissé les traditions et les terroirs. Nous présenterons
ces solutions en abordant plusieurs sujets:
- agriculture paysanne et enjeux du bio (Philippe Desbrosses)
;
- empreinte alimentaire et modes de vie durables (Thanh
Nghiem) ;
- illustrations dans la Manche avec le GAB 50 (Jérôme
Virlouvet).
Pour joindre l'utile à l'agréable, nous
proposons ensuite un déjeuner Bio original, préparé
par Philippe Enée (restaurateur près de St Lô).
En préambule, il nous parlera de son métier et nous expliquera
le menu composé par lui-même et ses apprentis venus de divers
pays du monde.
Catherine ESPINASSE: Bouger,
marcher dans la ville (le pas de la danse)
Les pratiques sportives ou
culturelles, impliquant le corps, sont nombreuses. Elles
comprennent la danse et font partie intégrante des
loisirs des urbains, comme en témoigne la fréquentation
croissante de structures sportives, culturelles, associatives
ou privées… Par ailleurs, danser est un besoin revendiqué
surtout par les jeunes, qui s’exprime essentiellement en "boîtes",
discothèques, ou bien, dans des
rave parties
qui ont lieu hors des villes, tandis que les aînés
avaient jadis les bals populaires sur les places des villages…
Aujourd’hui, les problèmes
de santé, telle l’obésité, liés
à la sédentarité, ainsi que le vieillissement
de la population, génèrent une sensibilisation
à l’entretien du corps, qui incite à repenser
nos modes de vie, de déplacement, à avoir recours
aux modes doux, et peut-être, aussi, à utiliser
différemment les espaces publics dans la ville…
Cependant, si le "pas de
la marche" est autorisé dans les espaces urbains extérieurs,
le "pas de danse" ne l’est pas, ou guère. Seule
l’émergence des arts de la rue, dont le hip-hop, né
dans les banlieues, et de pratiques spontanées, de
danses issues d’autres cultures, compense en partie, cet enfermement
du corps dans l’univers urbain. Ne s’agirait-il pas là
de signaux faibles du présent, qui permettront dans
un futur souhaitable, de transgresser cet interdit implicite de
l’expression du corps dans la ville?
Nos marches ne constituent-elles
pas déjà des formes d’expression qui révèlent,
en partie au moins, nos états d’âme et de corps,
nos scansions intérieures? Du pas de la marche,
dans toute sa singularité pour chaque sujet, au pas
de danse, forme de communication non verbale et d’art, source
de spectacles urbains et de nouvelles formes de convivialité,
n’y aurait-il pas un passage à établir?
Marc
HATZFELD: Manger, bouger, parler, jouer, la contribution
des jeunes des cités à la culture quotidienne
Les jeunes des cités sont
en large partie exclus ou rejetés de la contribution
culturelle. Déqualifiés par l'école
et dès avant que d'entrer dans la vie d'adulte par la
perspective du chômage, ils le sont aussi souvent par le
langage, les codes de civilité, les façons de s'aimer,
de manger. Face à un monde qui leur est très hostile
et qui ne les reconnaît ni ne les connaît, ils ont dressé
eux-mêmes, en guise de mur, un système du mouvement quotidien
totalement distinct et où ils sont les seuls à pouvoir
évoluer.
Dans ce système, les codes sont différents et
cachés. Ils sont analphabètes et le revendiquent
ou le déplorent, mais ils savent jouer de l'oralité
avec une vivacité inconnue. Ils s'encapuchonnent comme dans
des burnous, ils mangent n'importe quoi à n'mporte quelle
heure. Ils renversent les code bienséants des relations
entre hommes et femmes, tutoient leurs profs, mentent avec un
aplomb d'arracheurs de dents, dansent des chorégraphies saccadées
et athlétiques tandis qu'on les croyait épuisés,
sortent la nuit pour dessiner des messages hiéroglyphes
sur les murs longeant les voies ferrées. Que veulent-ils
dire?
Une civilisation qui ne comprend pas sa jeunesse est une civilisation
perdue. En dépit de leurs efforts pour brouiller les
pistes, nous sommes contraints de déchiffrer leurs gestes
et leur mots. Ils contiennent notre avenir et le leur, notre
devenir commun. A travers les constantes et les fondamentaux de
leur langage, ils nous disent qui ils sont mais aussi qui nous
sommes, comment ils voient le monde que nous leur livrons et ce qu'ils
comptent en faire. Décodage en commun.
Jean-Guy HENCKEL: Les Jardins
de Cocagne au cœur du développement durable
Les jardins de Cocagne font du développement qu’ils
espèrent durable depuis des années sans le dire ou plutôt
sans l’afficher. En développant une action sociale, économique,
environnementale et en recréant du lien social dans la proximité,
les Jardins de Cocagne se situent résolument au cœur du développement
durable. La charte en vigueur depuis l’origine en fixant des grands principes
intangibles le confirme :
1. une vocation d’insertion sociale et professionnelle de personnes
en difficulté,
2. la production de légumes cultivés en agriculture
biologique,
3. la distribution de ces légumes auprès d’adhérents
consommateurs,
4. la collaboration avec le secteur professionnel.
Rappelons aussi que les jardins ne se sont pas arrêtés
à ces grands principes, certes fédérateurs mais trop
imprécis pour ne pas prendre le risque d’être pervertis.
C’est d’ailleurs les griefs que l’on peut faire à un certain nombre
d’entreprises et d’associations qui préfèrent surfer sur
de grands principes ou se "rassembler" autour de chartes avec lesquelles
il est difficile d’être en désaccord. Des principes dont on
ne retrouve pas trace dans leurs actions quotidiennes… à quoi bon
afficher les droits de l’homme au mur de la pièce où on
torture ou persécute une personne?
Alors les jardins pour ne pas tomber dans le travers d’afficher des
principes contraires à ce qui se passe sur le terrain, n’ont ont
eut de cesse d’affiner cette réflexion, de la capitaliser et de
la diffuser.
La démarche qualité, les différents guides
notamment (accompagnement socioprofessionnel, technique, adhérent…)
participe à ce souci d’avoir des convictions en lien avec les actions
en répondant aux questions: qu’entendez vous par là?
Que faites-vous vraiment? Nous ne nions pas la difficulté à
mener de concert tous ces principes (social et sociétal, économique,
écologique), non pas par conviction, mais parce que cela nécessite
une vigilance de tous les instants dans la gestion et les décisions
quotidiennes. Cette manière de faire réinterroge forcément
nos principes de management, de gouvernance. Il ne s’agit pas pour nous
d’être simplement concerné par les principes du développement
durable, mais d’y être impliqué. Agir ensemble et durable,
passe par une vraie implication collective et personnelle des acteurs.
Edith HEURGON: Ecouter
les voix multiples des ados à Vitry, accompagner leurs
pratiques de danse dans la ville
Ecouter les voix multiples des ados, accompagner leurs pratiques
de danse dans la ville, saisir leurs trajectoires de vie en "situations",
à des moments-clefs où se transforment les comportements,
se construisent des façons de "vivre ensemble" dans la cité,
s’inventent des formes artistiques et culturelles, autant de dimensions
d’un développement durable, conçu comme "art de vivre"
qui intègre développement personnel et social, développement
territorial et urbain, développement artistique et culturel…
L’adolescence est un
âge de passages où se
construit progressivement l’autonomie des individus, où la
mixité et les
brassages intergénérationnels
et culturels sont essentiels. Le jeune, au travers d’expériences,
découvre ses limites, en faisant jouer ses ressources propres
(son corps, son genre), son origine culturelle et son milieu familial,
ses relations aux autres (à ses copains), à son territoire,
à la société.
Les activités des adolescents sont marquées
par les contraintes temporelles du système éducatif.
Leurs loisirs ont aussi tendance à être structurés
selon des temps programmés et encadrés. Des temps libres
et des lieux informels leur sont nécessaires pour construire
les "nous générationnels" (par exemple dans les quartiers),
mais aussi des lieux de rencontres et d’événements pour
favoriser l’ouverture (aux diverses échelles de la ville). C’est
dire que les temps et les lieux des activités de loisirs sont
aussi importants que leurs contenus. Deux
moments de passages
sont étudiés :
l’entrée au collège qui
ouvre à l’adonaissance, où l’autonomie est recherchée
par rapport au milieu familial en s’appuyant, moins sur un "je", que
sur des "nous générationnels";
l’entrée au lycée,
qui correspond à l’adolescence proprement dite, temps d’affirmation
individuelle au sein de codes sociaux qui jouent sur l’apparence et
la séduction.
Cette réflexion s’inscrit dans le cadre d’une démarche
conduite avec le Conseil général du Val de Marne sur
les rythmes de vie des adolescents, avec l’
hypothèse prospective
suivante: les adolescents, loin d’être seulement des problèmes,
peuvent nous apprendre beaucoup de choses sur le devenir de nos sociétés.
Cela exige de partir des questions qu'ils se posent, de les écouter
en situations pour appréhender leurs attentes, de les reconnaître
(leur soif de reconnaissance est immense) , de profiter de leur regard
pour voir autrement, dans sa diversité, le monde dans laquelle
nous allons vivre…
S’agissant des
situations des adolescents du Val-de-Marne,
on peut spécifier :
- un aspect générique: les activités
(de loisirs) que les adolescent(e)s exercent, au moment de leur entrée
(au collège/au lycée) et leur appartenance à des
"nous familiaux" et à des "nous générationnels";
- des aspects contextualisés: les pratiques et fabriques
territoriales des ados entre "nous familial" et "nous générationnel"
dans divers quartiers (logements, établissements scolaires,
loisirs,…).
Trois types de questions concernent le développement
durable comme nouvel art de vivre:
⇨ comment faire évoluer leurs comportements vers le
"bien bouger" et le "bien manger": d’une problématique de santé
à la question du corps et à son image dans la ville, dans le
respect des différences de genres, de générations
et de cultures?
⇨ comment bien vivre avec les autres? faire en sorte que
les diversités rencontrées soient porteuses, non seulement
de violences, mais d’une dynamique inventive où s’affirme la
dimension multiple de la parole, de la pensée et de la population?
⇨ comment créer? faire en sorte que la "culture jeune"
s’oppose à l’adolescence considérée comme crise,
en permettant aux ados de vivre dans leur monde ? que les arts des cités,
qui jouent sur la dislocation, l’éphémère, la transgression,
soient porteurs de germes de futurs au travers notamment de leur processus
de création, de leur reconnaissance et de leur dialogue avec
les arts conventionnels?
Les pratiques de danse peuvent aider à mieux
comprendre les adolescents au travers des expériences qui leur
font découvrir et éprouver leurs capacités propres,
au premier rang desquelles leurs corps, mais aussi les diversités
entre individus, les relations entre genres (les garçons et
les filles), en adoptant le regard des autres (travail à la
fois sur le "je" et sur diverses sortes de "nous"). Au-delà
de l’activité artistique, les temps et les espaces au sein desquelles
elle s’exerce sont essentiels à la construction de l’identité
adolescente. Choisir les pratiques de danse comme angle d’attaque doit
permettre d’élargir le champ d’investigation à d’autres
activités culturelles ou sportives qui en partagent certains
aspects (rapport au corps, relations aux autres, caractère programmé
ou libre, choisi ou imposé) ou s’exercent dans les mêmes
espaces-temps, de manière à formuler certaines préconisations
à caractère plus général.
Le contexte local de Vitry valorise la danse au travers
de divers équipements, événements et projets,
portés par des acteurs engagés. Mais, au-delà de
Vitry, les résultats obtenus, dans la mesure où ils parviennent
à caractériser les espaces et les situations socio-culturelles
des familles, seront passibles de certaines formes de généralisation.
Claudine
HUNAULT: "Ecrire, Dire, Se représenter ou Le geste
de dire"
L’individu existe et définit
sa place dans une société à travers trois
sortes de messages: les messages du corps, ceux de la
parole, ceux de l’écrit. Par ces messages, il prend conscience
de son identité en même temps qu’il la crée.
Le travail dont il est question
ici met en jeu l’écriture, la parole et le langage
du corps. Il s’adresse actuellement à des enfants en
milieu scolaire, considérés comme des personnes
à part entière qui s’ouvrent à un tiers,
le tiers de la loi et le tiers multiple qu’est l’autre. L’enfant
considéré comme sujet et la question de son identité
sont au centre du projet. La pratique artistique, et profondément
la création, sont un champ privilégié d’observation
et de mise en jeu de son identité par le sujet lui-même.
Nous sommes en présence
de trois scènes différentes: la scène
où se produit l’écrit, la scène où
la parole se forme et s’adresse à l’autre, la scène
où le corps entier prend en charge le langage de l’enfant et l’inscrit
dans un espace de représentation. Ce que dit l’enfant,
ce qu’il n’ose pas dire, ce qu’il veut dire, passe d’une scène
à l’autre et dans chaque passage, se sculpte encore
différemment. A chaque passage, l’enfant prend le large
en regard de sa parole. Il la donne à entendre, à
voir et s’éloigne de l’emprise qu’elle avait sur lui. Comme
en un double mouvement de travelling, l’enfant donne à sa
parole l’importance croissante d’un objet esthétique à
partager, en même temps qu’il s’en déprend. Dans certaines
conditions qui déterminent la possibilité d’une
rencontre, l’enfant peut risquer sa parole sans être en danger.
Il peut même se risquer à dire le "rien" qui est en
lui ; ce rien qui serait inacceptable dans le processus d’acquisition
du savoir, devient ici un espace originel du poème. L’enfant
s’autorise à dire l’absence, son absence à lui et
l’absence d’images, Il écrit à partir du zéro
de la perception. Comme le zéro il rend présente
l’absence. Comme lui, il compte.
Josée LANDRIEU: Penser
le monde au pluriel
Comment redonner souffle au concept de développement
durable qui semble aujourd'hui s'appauvrir tant il est banalisé
et récupéré par les instances de l'économie-monde?
Comment lui garder sa force d'alternative féconde? Comment éviter
qu'il ne devienne le dernier avatar de la mondialisation? La gouvernance
mondiale tend d'imposer aux peuples une "culture globale" qui sert les
intérêts marchands. Cette marche forcée vers une
uniformisation des cultures appelle un ressaisissement tout aussi important
que l'est le ressaisissement nécessaire face aux déséquilibres
écologiques. La diversité des cultures, des croyances, des
expériences, des capacités créatives est le bien commun
de l'humanité. Penser le développement durable, c'est donc
le penser au pluriel, reconnaître ses diversités et leur
droit à être entendues, reconnues. De même qu'il n'y
a pas une mondialisation qui viendrait réduire en une globalité
toutes les cultures du monde, mais des mondialisations vécues par
les différentes civilisations avec leurs spécificités,
il n'y a pas un développement durable possible, normé, unifié
dans ses formes, ses valeurs, mais des développements durables, possibles
et souhaitables. Pour aller vers ces développements, il faut cependant
écouter et reconnaître
les voix de ceux qui ne sont
pas entendus, qui ne sont pas audibles dans le contexte d'une pensée
unique, fut-elle une pensée du développement durable:
- les voix de l'étranger, l'habitant de l'ailleurs,
le résiliant qui trouve dans les situations d'extrême
détresse qu'il vit la capacité de préserver ou de
construire des liens, d'inventer du collectif pour subsister et pour
créer des richesses ;
- les voix du poète, du peintre, du danseur, qui, par
leur corps, leurs perceptions, leurs lumières et leurs ombres
intérieures se plongent dans le monde, en captent le sensible
et, de tous leurs sens, s'inscrivent dans le mouvement, dans les transformations
du vivant et en orientent le cours ;
- les voix de l'enfant qui sait les mots de l'indicible, qui
exprime ses cauchemars et ses peurs, et guide l'adulte hors de ses
refoulements ;
- les voix de l'inventeur qui bricole et fait naître,
au-delà de l'objet qu'il créé, un processus qui unifie
sa pensée, son engagement, son rapport à la matière,
son rapport aux hommes.
"L'écoute" de ces multiples voix n'est pas facile, car
il faut non seulement les entendre, mais encore les sentir, les goûter,
les voir, les toucher. Pour développer notre conscience de mondialité,
nous avons besoin d'être traversés par le monde, nous
avons besoin de tous nos sens et pas seulement de notre esprit.
Des voix, donc, et des
passages aussi si l'on veut que
cette multiplicité soit féconde: passages par l'enseignement,
par le partage, passages entre les générations, de l'enfant
vers l'adulte... Passages aussi entre le Sud et le Nord ; entre l'engagement
individuel du bricoleur qui se confronte à la matière
et son engagement de citoyen. Mais, aussi, l'itinérance en tant
que passage entre notre territoire intime et le monde qui nous émerveille,
nous surprend, nous dérange. Une itinérance qui nous imbibe
du monde, déplace notre pensée, nous ouvre à l'invisible,
met en harmonie notre dedans et notre dehors. Autant de chemins possibles
vers des développements durables.
Katia
LÉGERET-MANOCHHAYA*: Théâtre, danse
et poésie de l'Inde : un art de vivre l'impermanence
Cette tradition orale, transmise
depuis plus de 2000 ans, est répertoriée
par l'UNESCO comme un élément fondamental
"du patrimoine immatériel de l'humanité". Loin d'être
un divertissement ou une codification figée, cet art
véhicule des valeurs interculturelles et humaines
profondes, interrogeant des questions contemporaines (écologie,
droits de l'homme ...). L'essentiel de cette sagesse pratique
consiste à placer en amont de toute parole une alliance
rythmique entre notre souffle et la gestuelle créative
de nos mains.
*artiste internationale de
Bharata-natyam (Inde du sud), maître de conférence
en science de l'art à l'Université Paris8, co-directrice
du Laboratoire de recherches CICEP Paris8, consultante en
entreprises.
Hassan MAKAREMI* et Nicole BARRIÈRE**:
Atelier de réflexion poétique autour
de Hafez
Entamer un dialogue culturel
par la lecture de la poésie de Hafez dans
sa langue et ses traductions.
Explorer le sens
du poétique dans ses composantes vivantes qui
traversent le temps, l’espace et les cultures, à partir
de la lecture en langue persane et en langue française
des ghazals de Hafez.
L’atelier de réflexion
autour de la poésie que nous proposons s’élaborera
autour des variations de compréhension, de débordement
du poétique et de l’écriture voyageuse
à laquelle nous convie Hafez.
La poésie de
Hafez nous invite à un voyage vers
le concept
du temps dans la civilisation persane. La compréhension
du concept du temps chez Hafez, nous donne une clé
pour mieux se projeter dans la culture persane. Cette
ouverture s’inscrit dans le chemin qui nous mène à
une réflexion sur le développement durable. Développement
durable, concept cher à notre cité, a besoin d’être
compris dans sa grande diversité, telle que la notion
du temps. Le temps, cette notion complexe et variée, dessine
aussi la présence de l’homme sur terre ainsi que le
regard de l’homme vers son passé et son avenir. Hafez et
sa conception du temps nous permettent une entrée dans
ce concept en culture persane.
Dans les itinéraires
secrets du poème ou la méconnaissance
des alentours, nous tenterons d’approcher les différentes
faces du savoir de l’humain. Dans l’idée de
durée, la thématique envisagée est
le temps dans ses différentes compréhensions
qui varient selon les cultures et les religions (temps
de la finitude avec un début et une fin ou temps qui
s’ancre dans un processus de transformation et de devenir). De
ces variations actives nous esquisserons une nouvelle réflexion
sur la durée, le durable dans l’exploration d’un espace
poétique, entre affinités et inventions que suscite
en chacun la poésie de Hafez; en démultipliant
le sens, l’espace ainsi créé se fera voie et voix de
l’être nomade au rêve silencieux qui nous
habite pour le porter dans l’espace collectif de poésie
qui permet le dialogue sensible de tous.
*Nicole BARRIÈRE,
poète et sociologue, a publié de nombreux
recueils de poésie traduits en persan, espagnol et
italien. Engagée pour les femmes et la paix, elle
défend la francophonie, participe au Pen Club et préside
l'Association des Amis de César Vallejo.
**Hassan MARAKEMI,
iranien, psychanalyste, en France depuis dix ans, directeur
de la stratégie des Haras nationaux, a fait plusieurs
articles et conférences sur Hafez. Trésorier
de la Ligue pour la défense des droits de l'Homme en Ira,
il a édité deux livres en persan.
Véronique MICHAUD: Bouger,
marcher dans la ville (le pas de la marche)
La marche, plus qu’une caractéristique
commune, est un bien commun à tous les humains,
urbains et ruraux. Mais on ne marche pas en ville comme
à la campagne ou dans ces zones périurbaines façonnées
par et pour la voiture…
La prise en compte du piéton
dans les choix d’aménagement et les projets urbains
traduit à l’évidence une amélioration
de notre regard sur la ville. Elle réconcilie les notions
d’espace et de flux et mélange les fonctions urbaines.
L’objectif est que la rue ne soit plus une route où
l’on circule, mais un lieu où l’on se déplace, s’arrête,
habite, travaille et se côtoie. La rue doit être
multi-usage et multi-visage, chacun de nous étant aussi
un piéton… Cet objectif de rééquilibrage
et de partage de la rue n’est pas atteint partout, loin s’en
faut, car l’inversion des priorités entre la voiture et
les autres modes de déplacement — marche, vélo
et transports collectifs — implique un changement profond de notre
vision.
Ce changement se traduit
localement par le passage d’une échelle routière
à une échelle piétonne, par la réhabilitation
de la voirie urbaine, mais aussi par la redéfinition
des usages, des usagers et des espaces en ville. Ces vingt dernières
années ont vu la production de nouveaux savoirs- faire
pour conduire ces évolutions. Mais les outils techniques
ne peuvent pas tout. Ils doivent être au service d’une
approche sensible de la marche et de la production des espaces
au cœur des mobilités urbaines. Affaire d’ambiance, de
qualité d’usage, d’accessibilité, de proximité…
Les enjeux relatifs à
la marche sont donc multiples. Il s’agit, d’une part,
d’encourager un mode de déplacement efficace et complémentaire,
socle d’un système global de mobilité durable.
Il s’agit aussi de redonner l’envie de marcher à nos
concitoyens pour leur bien-être quotidien et leur santé,
la sédentarité et son corollaire de pathologies devenant
un problème majeur de santé publique. Enfin, à
travers la marche et le modèle d’urbanité qui va avec,
est également en jeu, notre capacité à restaurer
l’urbain au-delà des centre-ville, là où il est
absent, en luttant contre l’étalement de la ville, en densifiant
et en réparant, bref en se soignant. Et à n’en
pas douter, les circulations douces — la marche, le roller,
le vélo… — sont une médecine douce efficace au service
de ce développement soutenable de nos territoires.
Micheline PUJOLLE-JACOTTIN,
Olivier WAHL: Accompagner le changement dans l'entreprise
en utilisant la peinture comme outil pédagogique
L'entreprise est un espace réglementé
où tout est cadré en vue d'atteindre des objectifs définis
alors que l'art propose un lieu où rien n'est
encore défini, où peut jaillir la création.
Nous avons travaillé ensemble à dépasser cette
antinomie apparente pour mettre en place au sein d'une grande entreprise
des stages utilisant la peinture comme moyen de formation.
Beaucoup d'entreprises sont en
profonde mutation. Les salariés y sont sollicités
par des nombreuses transformations. Or, la peinture, en
faisant vivre un processus de création, permet d'expérimenter
et de comprendre le fait de vivre un changement, dans
un contexte sans enjeu, ce qui en facilite l'intégration.
A partir de leur découverte de la peinture et de la
création, les salariés étonnés
et bouleversés peuvent questionner leurs attitudes face
au travail. Chacun d'eux peut vivre alors plus facilement
les périodes de mutation tout comme l'entreprise peut
assure sa propre évolution avec plus de souplesse.
Alain SAULIÈRE: Jardins
dans la crise, des réalités économiques
différentes
Que ce soit en Ouganda, à
Kinshasa, ou au Burkina, c’est à l’intérieur
de situation de crises (crises dues à la guerre, aux
bouleversements politiques, à la situation économique
nationale et internationale) que les groupes filmés
(village ou quartier) ont mis en œuvre, par nécessité,
des formes de vie vraiment intéressantes. Nos grilles
d’analyse, qui séparent les approches en laissant à
la la rationalité économique une place prépondérante,
sont pour ces situations totalement inopérantes. Nous rencontrons
dans ces "
jardins dans la crise", un "bricolage" dans tous
les domaines avec une interpénétration de divers
niveaux: culturel, économique, social, éducationnel.
Une autre lecture est donc nécessaire si l’on veut y comprendre
quelque chose et surtout en tirer quelques enseignements. J’étais
allé dans ces pays pour filmer des expériences ,
j’’y ai trouvé bien plus que ça; c’est cela que nous
pourrons entrevoir dans les films et apporter à la réflexion
de ce colloque.
Caroline
SPEIRS: Contribuer au changement de comportement en matière
de déplacement
Aujourd’hui, se déplacer est
un besoin essentiel, tant au plan social qu’économique.
Dans nos sociétés modernes de la course aux
gains de temps, la mobilité des personnes est un enjeu
primordial, aux implications nombreuses. Dans le même temps,
on observe avec inquiétude l’augmentation des pollutions
et nuisances locales, surtout en milieux urbains, et des bouleversements
climatiques dus notamment aux émissions de gaz à
effet de serre, dont les transports représentent la première
source en France. Face à ces constats, de nombreuses possibilités
de solutions existent. Parmi celles-ci, une association francilienne
développe depuis plus de 3 ans des projets de "Centrales
de Mobilité". Il s’agit d’espaces d’accueil du public d’un
genre nouveau, mêlant informations et services à la
mobilité, et dont les objectifs sont à la fois environnementaux
(sensibilisation pour de nouveaux usages, rationalisés, de
la voiture, et pour des reports vers les modes "alternatifs": vélo,
transports en commun, etc.) et sociaux (désenclavement de zones
urbaines mal desservies), mais également économiques (création
d’activité et d’emploi de l’économie sociale et solidaire).
Philippe ZARIFIAN: L'individu
face aux mouvements du monde
Sortant de la problématique sociologique traditionnelle,
qui reste centrée sur le couple "individu" et "société",
cette dernière étant souvent assimilée aux institutions
de l’État-Nation, cette intervention traitera de la manière
dont un individu peut appréhender directement les mouvements
du monde contemporain. Elle partira de l’expérience personnelle
de l’auteur, des impressions et analyses qu’il a retirées de séjours
réalisés dans trois pays : Iran, Brésil et France.
Elle mettra en valeur les contrastes entre ces pays et en particulier
s’attachera à faire ressortir l’art de vivre qui les caractérisent,
en mettant en parallèle des situations de progression et des situations
de franche régression. C’est progressivement que l’on fera apparaître
le concept sociologique de mondialité, défini comme l’expérience
que nous faisons de notre appartenance à un même monde,
à une même humanité concrète, saisie à
la fois dans la communauté de ses problèmes et dans la diversité
des attitudes actuelles face au vivre.
Représentation Théâtrale,
L'Ogresse de
Francine PELLAUD (avec le conseil
de
Richard-Emmanuel EASTES), interprétée
par
Violaine BREBION, suivie d’une discussion
Occidiane est une princesse bien gourmande. Si gourmande qu'elle en
devient énorme. Si énorme qu'elle doit sans cesse agrandir
ses châteaux. Pour subvenir à son appétit, tous les
gens du royaume, puis tous les gens de la Terre cultivent, élèvent,
détuisent...
Comment tout cela va-t-il finir? Occidiane se rendra-t-elle compte
que des gens meurent de faim pour subvenir à ses propres besoins?
En tiendra-t-elle compte? S'en moquera-t-elle?
L'Ogresse, un conte allégorique sur le thème de la lutte
contre les effets pervers de la croissance économique à tout
crin.
Un conte dont c'est le public lui-même... qui choisit la fin!
Jeu Kaléïdosco-poïetique,
avec Régis LECŒUVRE (Luami CREER)
Petit texte de présentation: [sans oublier
de respirer!]
Ce qui me plaît dans l'ingénieur
C'est le génie du créateur,
L'intelligence pour comprendre
La complexité qu'il engendre,
La capacité d'analyser
Le but réellement visé,
La possibilité d'expliquer,
En toute simplicité,
Pourquoi nous sommes nés
Et comment l'on renaît.
L'enjeu est essentiel,
Pas besoin d'étincelles,
C'est toute une alchimie
D'ingrédients de la vie.
Chacun apporte les siens
Et ses besoins au quotidien.
Il y a certes une recette
Mais elle reste bien secrète.
Jouons au bon sens
Digne de notre naissance,
Faisons respirer notre esprit
Et les idées qu'il décrit,
Dansons inexorablement
En rythme et honnêtement,
Rions, c'est bien humain,
Ensemble, soir et matin.
Vivons notre ère
Toujours extraordinaire,
Préférons deux ailes à une
Pour nous approcher de la lune,
Rêvons du lendemain
Avant que ce (ne) soit la fin,
Voyageons dans notre monde
Portés par un joli vol d'onde.
Le binaire est dépassé,
La relation trine l'a remplacé,
Le monde a été créé
Pour être sans cesse recréé,
A chacun sa mission
Et ce n'est pas une illusion,
Chacun est responsable
Sinon c'est coupable.
Pour innover, sinon mourir,
Il est urgent de s'unir,
Les alliances stratégiques
Ont un pouvoir quasi-magique,
Soyons en les médiateurs
En ouvrant notre coeur,
Notre salut plein d'altruisme
Agrandit notre dynamisme.
luami ... c'est lui avec une âme dans le monde
de la conscience!