DU MARDI 5 JUIN (19 H) AU MARDI 12 JUIN (14 H) 2007
DIRECTION : Bernard MARCHAND, Joëlle SALOMON CAVIN
ARGUMENT :
L'urbaphobie est une constante de l'histoire de France depuis plusieurs siècles. Le but de ce colloque est de discuter les diverses images, en général hostiles, rarement favorables, que les spécialistes, la littérature et les médias ont développées depuis 60 ans, voire depuis deux siècles, en France, en Suisse et plus généralement en Europe, avec des coups d'œil sur d'autres régions.
On s’intéressera particulièrement aux différents idéologues, ennemis de la grande ville, et à leur influence sur les politiques publiques et le territoire. On essayera d'évaluer les effets pratiques de telles idéologies sur les flux d'argent public, l'économie, les emplois et les logements. On analysera le contenu même des discours anti-urbains en cherchant à distinguer, d’une part, les grands thèmes anciens et récurrents, et, d’autre part, les critiques plus directement en relation avec des maux urbains historiquement situés. On s’interrogera enfin sur l’image actuelle de la ville dans les différents pays considérés. La ville est-elle toujours la mal-aimée au XXIème siècle?
(Voir également le site : http://www-ohp.univ-paris1.fr)
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mardi 5 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mercredi 6 juin
Matin:
Les Bases de l'Urbaphobie (Présidente: Marie-Claire ROBIC)
Bernard MARCHAND: L'urbaphobie en France depuis deux cent ans: bref rappel
Joëlle SALOMON CAVIN: La ville mal-aimée en Suisse: origine et évolution
Ville: relation amour-haine (Modérateur: Mathieu FLONNEAU)
Béatrice BOCHET: La ville comme lieu d'investissement affectif
Mathieu FLONNEAU: La somme de toutes les haines: la congestion automobile
Muriel ROSEMBERG: L'ambiguïté des relations à la ville
Après-midi:
L'image des Grands Ensembles (Modératrice: Annie FOURCAUT)
Camille CANTEUX: Les Grands Ensembles contre la ville
Fatiha BELMESSOUS: L'image du Grand Ensemble (texte résumé)
Gwenaëlle LEGOULLON: Les grands ensembles français, ville idéale?
Les banlieues mal aimées (Président: Vincent RENARD)
Marc DUMONT: L'ombre révélatrice du suburbain français
Soirée:
Projection de Blade Runner
Jeudi 7 juin
Matin:
Le rapport à la ville (Présidente: Béatrice BOCHET)
Denis MARTOUZET: Les quatre chances de la ville
Laurette WITTNER: Quand les mots trahissent la pensée (texte résumé)
Les Images de la Ville: leur construction (I) (Présidente: Yvette JAGGI)
Marc VACHER: Le discours de Jean-Jacques Rousseau sur Paris
Annie FOURCAUT: La construction du mythe des "banlieues rouges"
Les Images de la Ville: leur construction (II) (Président: Ettore JANULARDO)
Carole ESPINOSA: L'image de la ville chez les militaires, 1815-1870
Après-midi:
Images de la Ville: leur représentation (I) (Modérateur: Pierre-Jacques OLAGNIER)
Pierre-Jacques OLAGNIER: Les dystopies urbaines dans le cinéma de science-fiction
Georges Henry LAFFONT: Blade Runner ou le fantôme des rêveries du passé
Images de la Ville: leur représentation (II) (Président: Bernard MARCHAND)
Georges Henry LAFFONT: Urbaphobie et cinéma: le cas Jacques Tati
Géraldine MOLINA: Au-delà des antagonismes de l'urbaphilie et de l'urbaphobie: la ville comme oxymore? L'exemple de représentations de Paris dans la bande dessinée contemporaine
Soirée:
Projection de Mon Oncle de Jacques Tati
Vendredi 8 juin
Matin:
Ville, Nature, Campagne (Présidente: Gwenaëlle LEGOULLON)
Marie-Claire ROBIC: Ruralistes ou pro-urbains, les géographes?
Nicole MATHIEU: L'urbaphobie dans la relation ville/campagne
Ville et Géographes (Modératrice: Maria GRAVARI-BARBAS)
Laurence REYNAUD: L'homme et la ville vus par Pierre George et Maurice Le Lannou: postures inquiètes
Philippe PELLETIER: La grande ville entre barbarie et civilisation: Elisée Reclus (texte résumé)
Après-midi:
Pratiques urbaines et Urbaphobie (I) (Président: Bernard WOEFFRAY)
Vincent RENARD: Nous produisons la ville dont nous ne voulons pas
Jean RUEGG: La vidéosurveillance contre la ville?
Pratiques urbaines et Urbaphobie (II) (Modératrice: Nicole MATHIEU)
Bernard WOEFFRAY: Neuchâtel, pionnier de l'anti-urbain en Suisse
Jean-Antoine DUPRAT: Métropole d'équilibre et urbaphobie: le cas de Toulouse, rose pastel et rose passé (texte résumé)
Benoit GAY: Construction locale de la ville mal aimée: Saint-Etienne (texte résumé)
Soirée:
Projection de Playtime de Jacques Tati
Samedi 9 juin
Matin:
Urbaphilie? (Président: Bernard MARCHAND)
Philippe GENESTIER: Détester ou adorer les grandes villes, ou comment euphémiser ses options idéologiques?
Jacques LÉVY: La ville "bien aimée"?
Les effets de l'Urbaphobie (Présidente: Béatrice BOCHET)
Laurent DAVEZIES: L'Ile-de-France ou le développement sans croissance
Alain SALLEZ: Urbaphobie et désir d'urbain, au péril de la ville
Après-midi:
REPOS
Dimanche 10 juin
Matin:
L'Urbaphobie dans le monde: Banque Mondiale (Président: Jean-Jacques HELLUIN)
Rémy PRUD'HOMME: Le biais anti-urbain des politiques d'aide au développement
Mila FREIRE: Cities in the bresilian folklore and popular music: a positive up beat
L'Urbaphobie dans le monde: Italie (Modérateur: Dieter FRICK)
Tiziana VILLANI: La pensée anti-ville, anti-Etat et néo-écologiste en Italie (texte résumé)
Ettore JANULARDO: La construction et la dissolution: images urbaines en Italie entre 1917 et 1943
Hildegarde DJORDJEVIC: Comment changer une image urbaine dégradée? Satellite à Milan
Après-midi:
L'Urbaphobie dans le monde: Allemagne (Modératrice: Yvette JAGGI)
Bernard MARCHAND: Grossstadtfeindschaft: l'œuvre de Klaus Bergmann
Dieter FRICK: Eléments urbaphobes dans l'idéologie moderne en urbanisme
Marc CLUET: Le syndrome de l'atomisation-massification dans la pensée urbaphobe de l'Empire allemand (1871-1918)
L'Urbaphobie dans le monde: USA et Angleterre (Modérateur: Renaud LE GOIX)
Joëlle SALOMON CAVIN: Les cités-jardins d'Ebenezer Howard: une théorie contre la ville?
Renaud LE GOIX: L'urbaphobie et ses manifestations aux Etats-Unis
L'Urbaphobie dans le monde: Algérie, Vénézuéla (Modérateur: Bernard MARCHAND)
Nadia KERDOUD: Ville vénérée ou ville mal aimée? Exemple de Constantine (Algérie)
Méridalba MUNOZ BRAVO: Anti-ville ou civilisation de la campagne dans la littérature vénézuélienne, début du XXe siècle
Soirée:
Itzhak GOLDBERG: L'image de la ville dans la peinture
Lundi 11 juin
Matin:
L'Urbaphobie dans le monde: Japon (Modérateur: Augustin BERQUE)
Augustin BERQUE: Méline en japonais: la ville-campagne (Den'en toshi, 1907)
Masami HAGAI: 130 ans de grande ville au Japon: conflit entre l'Etat et la ville
Patricia MARMIGNON: Seki Hajime (1873-1935) contre une tradition nippone urbaphobe
Constitution de groupes de travail
Après-midi:
Synthèse: réunion des groupes de travail
Mardi 12 juin
Matin:
Table Ronde de synthèse
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Augustin BERQUE: Méline en japonais: la ville-campagne (Den'en toshi, 1907)
En 1907, un groupe de fonctionnaires du ministère de l'Intérieur japonais publie Den'en toshi (La Ville-campagne), ouvrage qui, sous prétexte de présenter les idées d'Ebenezer Howard sur la cité-jardin (garden city), constitue en fait une apologie des campagnes traditionnelles, garantes de l'ordre social et des "vraies valeurs" à une époque où, du fait de l'industrialisation et des lendemains difficiles de la guerre contre la Russie, le Japon ne pouvait plus se dispenser d'une véritable politique urbaine et sociale. Souvenons-nous que Howard est d'abord un penseur social. Or la thèse est en gros que le Japon n'a nul besoin de cités-jardins à l'occidentale, non seulement parce que ses villes sont depuis l'Antiquité des cités-jardins avant la lettre, mais surtout parce que ce sont ses campagnes qui détiennent l'antidote des poisons de la ville moderne. En somme, pour le ministère de l'Intérieur, rester paysan sera la meilleure solution aux problèmes posés par la ville!
Références Bibliographiques :
- (1986, 1997) Le Sauvage et l'artifice. Les Japonais devant la nature, Paris, Gallimard.
- (1987) La Qualité de la ville. Urbanité française, urbanité nippone (dir.), Tokyo, Maison franco-japonaise.
- (1993) Du Geste à la cité. Formes urbaines et lien social au Japon, Paris, Gallimard.
- (1994) La Maîtrise de la ville. Urbanité française, urbanité nippone, II (dir.), Paris, Presses de l'EHESS.
- (1996) Destin, au Japon, de la garden city howardienne, p. 147-162 dans Ignacy SACHS (dir.) Quelles villes, pour quel développement ?, Paris, PUF.
- (2006) La Ville insoutenable (colloque de Cerisy, dir., avec Philippe BONNIN et Cynthia GHORRA-GOBIN), Paris, Belin.
- (sous presse) La Ville hors les murs. Histoire plus qu'orientale de l'urbain diffus, Paris, Arguments.
Hildegarde DJORDJEVIC: Comment changer une image urbaine dégradée? Satellite à Milan
Cette inervention propose un exemple concret de travail sur le terrain. La requalification urbaine et architecturale d’un quartier de périphérie, dégradé et de mauvaise réputaiton, a été l'occasion d'une réflexion sur les causes et les effets des rapports conflictuels avec l’environnement construit. En observant de près la cité moderne, en passant de l’échelle urbaine à l’échelle d’un quartier, les anomalies et les contradictions du système complexe de l’occupation par l’homme apparaissent clairement. Le travail de requalification urbaine devient, dans cet exemple, un instrument permettant de diminuer le malaise et la tension entre les citoyens et l’environnement de ce quartier de la banlieue de Milan.
Carole ESPINOSA: L'image de la ville chez les militaires, 1815-1870
L’intervention portera surtout sur l’image de la ville, véhiculée par la Guerre au cours de la période 1815-1870. Cette image, avant tout défensive, reflète un discours sur la ville, perçue comme devant assurer la protection et la cohésion de la Nation, ce qui explique la persistance dans les mémoires militaires de l’image d’une ville close. Cette vision militaire de la ville suscite bien des débats dans le cadre des aménagements urbains, entrepris par les autorités municipales, qui souhaitent à l’inverse de l’Armée ouvrir la ville sur la modernité. Cependant, au-delà des antagonismes, les représentants militaires et les édiles municipaux partagent une même représentation de l’espace urbain, synonyme à la fois de lieu en mouvement mais aussi d’espace de dépravation, sujet à de multiples troubles, qu’ils souhaitent conjointement réguler.
Dieter FRICK: Eléments urbaphobes dans l'idéologie moderne en urbanisme
La grande ville comme elle existe aujourd'hui n'est pas seulement le résultat de forces économiques, sociales et politiques, mais d'une théorie urbaniste dominante qui se manifeste sourtout dans l'idéologie du mouvement moderne. La contribution cherchera à identifier en première ligne les éléments urbaphobes dans les documents écrits d'urbanisme depuis la Charte d'Athènes (1933). Ce sont les idées ou les images sortant de ces documents, même parfois mal compris, qui ont servi comme justification pour les projets et les réalisations en urbanisme et en aménagement surtout entre 1950 et 1975. Ainsi, en deuxième ligne, mon intérêt concerne les relations entre les images et la ville telle qu'elle se démontre dans beaucoup de lieux après les dizaines d'années de planification sous les auspices du mouvement moderne.
Philippe GENESTIER: Détester ou adorer les grandes villes, ou comment euphémiser ses options idéologiques?
La détestation et la dénonciation des grandes villes constituent un type de discours bien connu. Un peu moins identifiée parce que peut-être plus récente est l’adoration de la grande ville en tant que figure émancipatrice et creuset civilisateur. Il est possible de préciser cet aspect notamment par l’analyse du discours technique et politique de la Politique de la ville. Il s’agit d’une politique qui repose complémentairement sur une vision catastrophiste de la banlieue et sur une vision valorisée de la ville. L’analyse des discours d’argumentation et de justification de cette politique, qui a été récemment menée, permet de dévoiler son urbanophilie intrinsèque. Dans le même sens, les doctrines urbanistiques actuelles du New Urbanism, du néo-haussmannisme et du projet urbain constituent des expressions explicites d’une vision réenchantée de la ville dense, continue, animée (les syntagmes "droit à la ville" et "aménités urbaines", par exemple, en portent témoignage).
S’il existe bien une urbanophobie traditionnelle (conservatrice ou réactionnaire), on peut observer également l’existence d’une réelle urbanophilie, bien que celle-ci soit de nature diverse. On trouve une urbanophilie d’inspiration progressiste et post-marxiste, qui fait du cosmopolitisme métropolitain le substitut de l’internationalisme et des catégories sociales reléguées et stigmatisées des banlieues le nouveau prolétariat. On trouve aussi une urbanophilie d’inspiration social-démocrate, inspirée par des valeurs socio-chrétiennes le plus souvent, arguant de "l’intersubjectivité" et de "la co-présence", de "la proximité" et de "l’être-ensemble" dans "l’espace public", en tant que facteurs produisant du "faire-société". On trouve enfin une urbanophilie d’orientation néolibérale sous-tendant le processus de gentrification et tablant sur les valeurs de l’ambiance et du paysage urbains, de la culture et de l’accessibilité, de la centralité, de la diversité culturelle et du métissage.
Partant de là, la question se pose: les représentations (négatives ou positives) de la ville sont-elles toujours des expressions idéologiques et morales plus ou moins édulcorées? Et si oui, quelles sont les raisons de cette édulcoration (à quels impératifs sociaux répond cette euphémisation d’orientations idéologiques par des considérations sur l’espace urbain et sa dimension formelle, esthétique ou pratique)? Question corollaire: s’il y a instrumentalisation des questions urbaines par des enjeux idéologiques, le débat proprement politique aussi bien que les interventions proprement urbanistiques n’en sortent-ils pas perdants?
Masami HAGAI: 130 ans de grande ville au Japon: conflits entre l'Etat et la ville
Aujourd'hui, en apparence, les grandes villes au Japon sont en pleine prospérité et il y a de l'animation. En effet, diverses rénovations urbaines se développent, principalement dans des grandes villes comme Tokyo, Osaka, Nagoya. Elles s'appuient sur la politique urbaine ou plutôt sur la stratégie économique de l'Etat (le Gouvernement Central). Concrètement, les bases légales ainsi qu'administratives accélèrent ces rénovations par des promoteurs privés ou publics. Pourtant, en ce qui concerne leur conséquences, il semble qu'elles ne contribuent pas nécessairement à l'amélioration des conditions de la vie des citadins moyens. Alors, quelle est l'attitude de gouvernement local des grandes villes? Le but de cet exposé est d'examiner la relation entre l'Etat et la ville dans son contexte historique.
Ettore JANULARDO: La construction et la dissolution: images urbaines en Italie entre 1917 et 1943
La politique du fascisme oscille entre la perspective de « décongestionner les villes » et les interventions massives dans les grandes aires urbaines. En favorisant l’urbanisation dans la région des marais asséchés du Latium, on crée des lieux urbains au développement significatif ; tandis que, dans les villes principales, le visage « romain » et hiérarchique du régime doit compléter et justifier l’œuvre d’assainissement. La ville devient alors, sous le régime fasciste, le carrefour d’un débat qui ne peut qu’être global: politique, urbanistique et « mythologique », parce que touchant les origines mêmes de cette idéologie qui se veut totalitaire. Bien qu’apparemment contradictoires, ces deux types d’action ne font que répondre aux mêmes visions composites et hétéroclites du fascisme mussolinien, superposant le souvenir confus de la civilisation romaine à la réalité plate de la praxis dans une complexe société urbaine et industrielle.
Références Bibliographiques :
Assunto R., La città di Anfione e la città di Prometeo. Idea e poetiche della città, Jaca Book, Milano, 1984.
Barilli R. (sous la direction de) Annitrenta - Arte e Cultura in Italia, Mazzotta, Milano, 1982.
Benevolo L., Le origini dell’urbanistica moderna, Laterza, Roma-Bari 1968 et 1978.
Brunetti F., Profilo storico dell’urbanistica moderna, Cedam, Padova, 1978, p. 93.
Ciucci G., Gli architetti e il fascismo: architettura e città 1922-1944, Einaudi, Torino, 1989, 79.
De Felice R., Mussolini 1883-1925, 4 CD-Rom, Mondadori, Milano, 2001.
Gadda C. E., Eros e Priapo: da furore a cenere, Milano, Garzanti, 1967.
Gramsci A., « La città futura », in L’Ordine Nuovo (1919-1920), Einaudi, Torino, 1963, pp. 349-353.
Jacchia A., « Piemonte e Romagna », in L’Ordine Nuovo (1919-1920), Einaudi, Torino, 1963, p. 393.
Janulardo E., « La “grande vitesse” dans les contes de Cesare Pavese », dans la revue Recherches Régionales -Alpes-Maritimes, n. 182, Nice, 2006, pp. 79-84.
Roudaut J., Les Villes imaginaires dans la littérature française, Hatier, Paris, 1990, p. 53.
Salvatorelli L. - Mira G., Storia d’Italia nel periodo fascista, Mondadori, Milano, 1969 et 1972.
Susmel E. - Susmel D., Opera omnia di Benito Mussolini, Firenze, 1957, vol. XXIII, p.210, pp. 246-247, pp. 256-258.
Vercelloni V., La Cité idéale en Occident, (1994), édit. française Editions du Félin, Paris, 1996.
Zevi B., Controstoria e storia dell’architettura in Italia, Newton & Compton, Roma, 1996.
Nadia KERDOUD: Ville vénérée ou ville mal aimée? Exemple de Constantine (Algérie)
Ấ l’instar de toutes les villes des pays du sud, la ville algérienne n’a pas connu des dynamiques similaires à celles ordinairement relevées dans la plupart des pays développés. La défaillance des outils d’aménagement, l’absence d’une "gouvernance" efficace, caractérisent la ville algérienne qui propose à l’observateur une trilogie des formes urbaines. Les tissus hérités de l’histoire ancienne (patrimoine précolonial et colonial), la ville planifiée de l’État socialiste, la ville spontanée produite par les citadins. Constantine, métropole de l’est algérien n’échappe pas à cette tripartition.
Précaires au départ, les zones d’urbanisation spontanées se sont renforcées au fil des années pour constituer des espaces urbains à part entière. Mais, en dépit du rôle important qu’elles jouent dans le système économique et social, elles incarnent la ville mal aimée. Tel est le cas de "Oued-el-Had", secteur informel de 71 ha, situé à l’est de Constantine. A l’inverse, des espaces urbains plus traditionnels accusent le poids du délabrement et de la précarité. Lieu de la marginalité sexuelle, de la prostitution et de l’insécurité, ils apparaissent pourtant aux yeux des citadins comme les espaces de la centralité "affective" par excellence. C’est le cas de la vieille ville de Constantine. L’État, dans le cadre d’une politique du logement social volontariste, a dressé ses "grands ensembles stéréotypés qui masquent les vieux centres et banalisent la ville" (Côte, 1988). Vivement critiquée durant une période de l’histoire algérienne, la ville planifiée suscite désormais l’indifférence.
A partir du cas constantinois, notre intervention s’attachera donc à décrire et analyser les images contradictoires que génèrent ces trois types d’espaces urbains. Oued-el-Had, "la ville mal aimée" où les habitants tentent d’améliorer une image qui reste négative, la ville de l’État construite avec de bonnes intentions, mais sans grand succès et la vieille ville qui continue pourtant d’apparaître comme "la ville vénérée".
Références Bibliographiques :
Adnane M, « Le président lors des assises sur l’architecture », El- Nasr (Constantine), 20 Décembre 2006, p.03.
Badiaâ A, « Bouteflika aux assises nationales sur l’architecture », L’authentique (Constantine), 20 Décembre 2006, p.03.
Baulig H, (1962), « Une expérience de déplacement de population: les centres de regroupement en Algérie », Annales de géographie, n° 388 ; Ed Armand Collin, Paris, 670 p.
Belagha H, « Destructions en série de bâtisses séculaires. Menaces sur la médina de Constantine », El- Watan (Constantine), 6 mars 2005, p 03.
Boumalit L, « Du soutien au groupe armé à l’abattage clandestin », Le quotidien d’Oran, 11 Octobre 2005, p.07.
Bouteflika A, « Allocution du chef de l’État », Horizons, 20 Décembre 2006, p.04-05.
Côte M, (1988), L’Algérie ou l’espace retourné. Paris, Flammarion, 362 p.
Côte M, (2006), « Cité antique et vile nouvelle ». Constantine, Ed Média Plus, 120 p.
Dris N, (2001), « La ville mouvementée, Espace public, Centralité, Mémoire urbaine à Alger ». Paris, L’Harmattan, 435 p.
Foura M, (2003), « La médina de Constantine, une centralité menacée de ruines », revue d’urbanisme « la fête en ville », n° 331, 30 p.
Grangaud I, (2004), « La ville imprenable ». Constantine, Ed Média Plus, 364 p.
Hafiane A, (1989), « Le défi à l’urbanisme, exemple de l’habitat illégal à Constantine ». Alger, Ed OPU, 290 p.
Kerdoud N, (2005), « Bengladesch ou Médina ? Espaces urbains périphériques et représentations : deux exemples à Annaba et à Guelma (Algérie) », Cybergeo, revue européenne de géographie, n° 327.
Krim N, « Cirta : mémoire et identité », L’expression (Constantine), 17 avril 2006, p.03.
Lynch K, (1994), L’image de la cité. Paris, Dunod, 221 p.
M. A. O, « J’ai honte de nos villes et villages », El- Watan (Constantine), 20 décembre 2006, p 03.
Ministère de l’Aménagement du Territoire, Demain l’Algérie, Alger. 1995.
Nourin N, « Constantine, évacuation par la force à Souika », El- Watan (Constantine), 22 février 2005, p. 03.
Raham D, (2005), « L’évolution spatio-temporelles du réseau urbain régional. Le cas de l’Est algérien », Les documents de la maison de la recherche en sciences humaines de Caen, n° 15. Caen, presses universitaires de Caen, 334 p.
Sari D, (1993), « Les mutations socio-économiques et spatiales en Algérie ». Alger, Ed OPU.
Georges Henry LAFFONT: Blade Runner ou le fantôme des rêveries du passé
En filmant une ville du futur extrapolée, les cinéastes de science fiction évoquent la ville contemporaine et l’urbain en hypertrophiant certaines de leurs caractéristiques.
À travers un exercice de géofiction, il s’agira de voir si les spéculations sur le Los Angeles du futur font désormais, de l’imagerie de Blade Runner le stade terminal du pays du soleil et si, à l’instar de Metropolis ou d’autres, l’imagerie véhiculée renforce l’urbaphobie récurrente.
La thèse autour de laquelle s’articule cette communication est que Blade Runner n’est pas tant le futur d’une ville que le fantôme des rêveries du passé.
Alors qu’on nous proposait une cité qui s’hallucinait d’elle-même, le Los Angeles contemporain abasourdi par « sa beauté » de volcan en perpétuelle éruption. Nous sommes en présence d’un fait assez singulier pour être signalé: l’urbaphobie ne relève plus exclusivement du cinéma mais elle est bien réelle.
Références Bibliographiques :
ASCHER F, 1995, Metapolis ou l’avenir des villes, Odile Jacob, Paris.
BLANC JN, 2003, Besoin de ville, Ed du Seuil, Paris.
CHOAY F, BANHAM R, BAIRD G, 1972 Le sens de la Ville, Seuil, Paris.
Coll, 2001, Utopies urbaines : de Thomas More à la Ville dans l’Espace, Courrier international, n° 533.
Coll, 2000, Archilab : la ville du futur, beaux arts magazine, n° 192.
Coll, 1998, Utopies urbaines, PUM, Toulouse.
DAVIS M, 1990, City of Quartz : Los Angeles capitale du futur, Paris, La découverte.
EISENSCHITZ B, 1999, Le cinema Allemand, Nathan Université, Paris.
EISNER LH, 1985, L’Ecran Démoniaque, Ramsay Poche, Paris.
LAFFONT GH, 2000, La ville dans le cinéma de science fiction, Mémoire de DEA, Institut d’Urbanisme de Lyon & Université Jean Monnet Saint Etienne.
MUSSET A, 2005, De New York à Coruscant : essai de géofiction, PUF, Paris.
NEUMANN D (dir), 1999, Film Architecture : From Metropolis to Blade Runner, Prestel, New York.
SAMMON P M, 1996, The making of Blade Runner : The Fascinating story behind the most influential sf film ever made. Orion Media, Coll Future Noir, London.
Georges Henry LAFFONT: Urbaphobie et cinéma: le cas Jacques Tati
Loin du souffle grandiose des symphonies urbaines comme Metropolis, Blade Runner ou plus récemment Dark City, les films de Jacques Tati participe à l’urbaphobie enracinée dans le cinéma.
Mon Oncle et Playtime illustrent, outre l’entrée dans la société de consommation de masse et un Paris qui se transforme, l’opposition classique, caractéristique de cette « ville mal aimée »: la machine contre l’organisme. Morcelé, découpé, l’urbain comme cadre et expression d’un mode de vie est montré à travers « un révélateur » du Paris des années soixante: M.Hulot.
En identifiant les grands thèmes développés par Jacques Tati, cette contribution montrera en quoi ces deux films développent l’idée de la transformation de la ville en une machine, inhumaine, froide et aseptisée. L’urbaphobie se cristallise ici sur le refus du progrès, la peur du changement et un désir profond de figer le temps.
Références Bibliographiques :
BLANC JN, 2003, Besoin de ville, Ed du Seuil, Paris.
CHION M, 1987, Jacques Tati, Editions des Cahiers du Cinéma, Paris.
CHOAY F, 1979, L’Urbanisme : Utopies et réalités, Seuil, Paris.
CHOAY F, BANHAM R, BAIRD G, 1972, Le sens de la Ville, Seuil, Paris.
DERYCKE PH, HURIOT JM, PUMAIN D, 1996, Penser la ville : Théories et modèles, Pir Villes & CNRS, Anthropos, Paris.
LAFFONT GH, 2000, La ville dans le cinéma de science fiction, Mémoire de DEA, Institut d’Urbanisme de Lyon & Université Jean Monnet Saint Etienne.
LYNCH K, 1971, L’image de la cité, Coll Aspects de l’Urbanisme, Traduction Française, Dunod, Paris. Ed originale : The Image of the City, 1960 MIT Cambridge & Harvard College.
NEUMANN D (dir), 1999, Film Architecture : From Metropolis to Blade Runner, Prestel, New York.
RENNES JM, (dir) 1994, Le Courier du CNRS : La ville. n°81, CNRS, Paris.
TOMAS F, 2003, La temporalité des villes, Publications de l’Université de Saint Etienne, Saint Etienne.
Gwenaëlle LEGOULLON: Les grands ensembles français, ville idéale?
Le but de l'intervention est de montrer que les grands ensembles construits en France dans les années 1950 répondaient à la fois à un désir de rupture avec les anciens schémas urbains et à une volonté de construire de nouvelles normes urbaines, de bâtir des villes idéales. La communication consistera donc en une petite étude des conceptions urbaines des acteurs de la ville des années 1950 en France, révélées à l'occasion de la construction des premiers grands ensembles. Dans un premier temps, seront abordées les critiques des élus, techniciens et architectes à l'égard des villes du passé. A travers ces réquisitoires apparaissent également les souhaits de ces responsables. Ceux-ci donnent à voir les traits de leur ville idéale, qu'ils ont tenté de réaliser à travers les premiers grands ensembles et qui seront exposés dans un second temps. Ces perspectives seront basées sur des exemples précis tirés des archives municipales d'un certain nombre de communes, essentiellement situées en banlieue parisienne.
Bernard MARCHAND: L'urbaphobie en France depuis deux cent ans: bref rappel
Pour Rousseau, la grande ville était "le tombeau de la nation". Les horreurs sociales de la révolution industrielle fournirent quelques bases à cette critique. En 1848, en accordant le suffrage universel, la Seconde République divisa le pays en deux: les grandes villes où était concentré le pouvoir économique et la campagne qui obtenait, par sa population encore nombreuse, le pouvoir politique. La Commune de 1871 opposa à nouveau, dans un conflit sanglant, les Communards et les Versaillais provinciaux. A la fin du XIXe et pendant le XXe siècle, la grande ville a été synonyme de modernité, à la fois vitrine et outil du changement, ce qui en fit la cible de tous les conservateurs. La critique devint beaucoup plus acerbe après la guerre de 1914-18 et les crises morale puis économique qui suivirent. Un renouveau du régionalisme triompha dans le régime de Vichy et se poursuivit, après la Libération, dans l'œuvre de Gravier puis dans l'aménagement du territoire. Aujourd'hui encore, la grande ville reste l'ennemie mais en même temps la principale source de richesses pour l'Etat et la Nation: situation malsaine et dangereuse.
Bernard MARCHAND: Grossstadtfeindschaft: l'œuvre de Klaus Bergmann
Klaus Bergmann a défendu sa thèse, en 1970, devant l'Université de Münster, sur Romantisme agraire et urbaphobie. Il a étudié l'histoire de l'urbaphobie en Allemagne depuis Frédéric II jusqu'au nazisme. C'est assurément le meilleur texte que l'on ait produit, en Europe, sur le sujet. Malheureusement, la publication par l'Université, en 1977, est restée confidentielle et l'œuvre de Bergmann, peu connue en Allemagne, est inconnue à l'étranger. Klaus Bergman est mort en 2002. Ce texte, qui est un hommage, a pour simple but de résumer son travail, d'en montrer les très grandes qualités et de permettre des comparaisons utiles entre urbaphobies française et allemande.
Patricia MARMIGNON: Seki Hajime (1873-1935) contre une tradition nippone urbaphobe
Dans ce texte, sont examinées les caractéristiques de la pensée urbaphobe nippone traditionnelle, à travers ses particularités fondamentales que sont le confucianisme, le village (mura) et le ruralisme gouvernemental que l’on retrouve encore aujourd’hui entre le monde politique et le monde du travail. Sur cette toile de fond, sera présentée une antithèse à ce modèle traditionnel, au moment du passage, au Japon, d’une société rurale à une société urbaine et industrielle. La pensée visionnaire de Seki Hajime, maire d’Ôsaka au début du XXe siècle, sera étudiée par comparaison et en opposition à la pensée dominante alors au sein du gouvernement japonais et de l’élite. D’une réflexion basée sur l’économie et le social, il développa une théorie urbaine où la grande ville industrielle est synonyme de progrès et au cœur des aménagements à venir. Cependant, influencé par le mouvement moderne, dans la pratique, les réalisations procédant d’un fonctionnalisme, au lieu de rassembler au sein d’un grand organisme hiérarchisé, fractionnèrent l’espace, les gens, les activités, les genres et les âges. L’indistinction de base nippone, entre la ville et la campagne, véhiculée culturellement à travers la notion de communauté villageoise se retrouva de fait confrontée à une montée de l’individualisme. La vision organique, alliant la ville à la campagne devint alors caduque et remplacée par des pôles avant tout urbains. Enfin, l’osmose entre la nature et la culture, qui se traduisait dans les anciens aménagements à travers l’esthétique, disparut avec la modernité. Aussi, l’enjeu pour le Japon d’aujourd’hui est de penser de façon nouvelle l’urbain, le paysage urbain nippon, négligé jusqu’à lors.
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Nicole MATHIEU: L'urbaphobie dans la relation ville/campagne
L’entrée de l’expression La ville mal aimée dans le champ de l’analyse scientifique a renforcé l’hypothèse de l’effectivité des représentations sociales dominantes dans ce qui constitue l’action géographique individuelle et collective. Elle conforte la démarche des chercheurs qui accordent de l’importance à l’histoire des relations entre pratiques individuelles et collectives et représentations sociales, aux rapports entre idéel et réel – entre conceptions de l’action et matérialisation des actions – quand il s’agit de l’interprétation du changement social et des liens entre dynamiques sociales et territoriales. Rares sont les recherches qui ont tenté d’aller au fond des origines, des contenus et de la portée de la pensée anti-ville de la phobie urbaine tant la deuxième moitié du 20ème siècle est dominée par une idéologie pro urbaine que l’anti-étalement urbain ne fait que corroborer. Pourtant, pour aller au-delà des controverses que ne manquera pas de susciter la mise en discussion de l’amour ou du désamour (de la haine?) de la Ville en tous ses états, l’objectif de cette intervention est de montrer que la ville n’est pas mal aimée en soi mais que l’idée de ville s’établit dans la relation avec son symétrique l’idée de campagne (ou de nature) et qu’existe un balancement "cyclique" entre amour et désamour comme s’il s’agissait de deux milieux comportant des propriétés et "attirantes" et "repoussantes". Il est donc important d’inscrire cette réflexion sur les représentations anti-urbaines dans une représentation sociale qui les englobe, dans l’histoire européenne des conceptions des relations villes/campagnes dont on a montré qu’elles varient dans le temps et l’espace (Mathieu, 1990, 1996, 1998, 2004, 2006). Nous avons distingué quatre macro représentations sociales dominantes en Europe que nous présenterons en approfondissant le contenu de l’idée de ville dans chacune d’elle et en le repositionnant avec l’idée de campagne. A la conception moraliste et rousseauiste – où la nature est du côté du bien et la ville du côté du vice – s’oppose l’interprétation matérialiste de la relation ville/campagne que Marx – avec Engels – a forgé en grande partie sur l’analyse de Londres et des rapports entre agriculture et industrie anglaise. Cette dernière dominante dans la première moitié du 20ème siècle s’efface après la deuxième guerre mondiale devant une nouvelle représentation sociale dominante que nous avons nommée "démographique" ou "statistique" dans laquelle la ville – l’urbain – est pensée comme une densité de population accueillant des flux de travailleurs et de ménages qu’il faut loger, l’urbanité "triomphant" de la ruralité en la réduisant, en l’absorbant avec comme seul problème le risque que l’étalement urbain conduise à la fin de la ville. Notre hypothèse est qu’avec l’irruption de l’utopie du développement durable une nouvelle conception de la relation ville/campagne émerge, plus proche de la vision matérialiste, dans laquelle la question de la nature et des milieux de vie tient une place à nouveau importante. Passer de la ville mal aimée à la ville à aimer implique que, dans chaque milieu – rural ou urbain –, se pose la question des rapports à la nature de chaque habitant ainsi que celle de la conciliation entre les dimensions contradictoires – écologiques et sociales plus encore qu’économiques – des trois piliers de la durabilité. Une attention particulière est portée à l’idée émergente de la Ville dans cette dernière représentation qui n’est pas encore dominante. Dans quelles sphères prend-elle son origine et se propage-t-elle? Celle de l’Etat et du politique? Celle des praticiens urbanistes et architectes? Celle des scientifiques ou celle de la société civile et des individus habitants? La conclusion tentera de répondre à ces questions pour pouvoir atteindre un point de vue prospectif.
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Géraldine MOLINA: Au-delà des antagonismes de l'urbaphilie et de l'urbaphobie: la ville comme oxymore? L'exemple de représentations de Paris dans la bande dessinée contemporaine
La bande dessinée correspond aujourd’hui à une œuvre artistique en plein essor du point de vue du nombre de lecteurs qu’elle séduit, de la diversification des œuvres qu’elle produit mais aussi de la reconnaissance de sa légitimité culturelle. Etudier la ville de Paris, la grande ville française par excellence, au travers d’un corpus de bandes dessinées contemporaines qui la mettent en images et en mots présente l’intérêt d’éclairer les représentations sociales de la ville à double titre. S’inscrivant dans une société et un contexte particulier, la bande dessinée met en scène un certain nombre de représentations sociales de la ville. De plus, son statut de "média de masse" lui assure un large public et une puissance d’influence sur les représentations sociales. Cependant, une excursion sur le terrain des bandes dessinées contemporaines révèle le problème suivant: les représentations de la ville de Paris ne semblent pas s’organiser autour d’un seul des deux axes mis en question dans la présentation de ce colloque, à savoir l’urbaphobie ou l’urbaphilie, mais reposent au contraire sur la co-présence d’images urbaphobes et urbaphiles, sur une tension duale entre ces deux pôles.
Corpus :
- Astérix, UDEZO et GOSCINNY, Hachette Astérix : « Astérix et la serpe d’or » T2, réédition 1998.
- Sambre, YSLAIRE, Glenat.: « Plus ne m’est rien… », T1 ; « Je sais que tu viendras », T2 ; « Liberté, liberté », T3 ; « Faut-il que nous mourrions ensemble ? », T4 ; « Maudit soit le fruit de ses entrailles », T5.
- Les Fées noires, un récit en trois parties, PECAU., DAMIEN, Guy Delcourt : « Le Diable Dauver », T1, 1999 ; « La Tombe Issoire », T2, 2000 ; « Notre-Dame de dessous la terre », T3, 2001.
- Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec, TARDI, Casterman : « Adèle et la Bête » T1, 1976 ; « Le Démon de la Tour Eiffel » T2, 1976 ; « Le Savant fou », T3, 1977 ; « Momies en folie », T4,1978 ; « Le Secret de la salamandre » T5, 1981 ; « Le noyé à deux têtes », T6, 1985 ; « Tous des monstres » T7, 1998 ; « Le Mystère des profondeurs » T8, 1998.
- Miss pas touche, HUBERT et KERASCOËT, coll. Poisson pilote, éd. Dargaud : « La Vierge du bordel » T1, 2006.
- Le retour à la terre, FERRI et LARCENET, coll. Poisson Pilote, éd. Dargaud : « Les Projets » T1, 2002, « La vraie vie » T2, 2003.
- Bitume, CONSTANT et VANDAM, Casterman : « Paris-Trottoir », T4, 1999.
Rémy PRUD'HOMME: Le biais anti-urbain des politiques d'aide au développement
L’aide au développement et aux pays pauvres s’organise, se généralise et se structure après la deuxième guerre mondiale. Universitaires et chercheurs s’efforcent de comprendre les mécanismes du "sous-développement" et les ressorts de la croissance. Dans chacun des pays riches, on voit apparaître des ministères (ministère de la Coopération en France), des agences (US AID américain, GTZ allemand, JICA japonais), et des fonds (Caisse Centrale de Coopération Economique en France) pour "aider" les pays du "tiers-monde". Au plan international, ce noble objectif donne lieu à la création du PNUD, de la Banque Mondiale, de la Banque Interaméricaine de développement, de la Banque Asiatique de Développement, de la Banque Africaine de Développement, et l’OCDE crée le Comité d’Aide au Développement. Il a également conduit à la floraison de nombreuses ONG dans de nombreux pays. Un trait commun à tous ces efforts est la place très secondaire qu’y ont tenu — et que continuent d’y tenir — les villes. Cette mobilisation intellectuelle et financière considérable a été a-urbaine ou anti-urbaine.
Cela est vrai des analyses théoriques du développement. Au début des années 1980, la Banque Mondiale a demandé à dix des "pionniers" de la réflexion sur le développement — de Colin Clark à Gunnar Myrdal en passant par Raoul Prebish ou Jan Tinbergen — une réflexion rétrospective sur leurs contributions séminales de l’après-guerre. Dans l’index du volume de 400 pages qui rassemble ces réflexions (Meier & Seers 1984), le mot "ville" n’est pas cité, et le mot "urbanisation" apparaît deux fois. Par contraste, le mot "agriculture" est cité près de cinquante fois. La contribution potentielle de l’urbanisation au développement économique a longtemps été complètement ignorée. En fait, la migration massive des campagnes vers les villes était vue comme un "mal" à combattre plutôt que comme une source de développement à encourager et à organiser. Cette vision se retrouve dans les politiques affichées, sinon toujours mises en œuvre, de nombreux pays du tiers-monde. Les deux plus grands, l’Inde et la Chine, ont effectivement pratiqué, avec succès, des politiques explicitement anti-urbaines (en Chine, les ruraux n’avaient jusqu’à une époque récente pas même le droit de s’installer en ville). Sans parler du Vietnam (et a fortiori du Cambodge), où l’on a déporté par la force des millions d’urbains dans les campagnes. On retrouve surtout cette vision, encore aggravée, dans les politiques d’aide au développement des pays riches et des organisations internationales. D’une façon générale, l’aide s’est focalisée sur les campagnes et sur l’agriculture ou sur les voies de communication qui relient campagnes et ports. Dans l’esprit des donateurs occidentaux contribuer à améliorer les villes et leur fonctionnement c’était pousser au vice et encourager le condamnable exode rural. On le voit jusqu’à la caricature dans les programmes d’aide d’une organisation comme Danida, qui représente l’aide publique et privée danoise, qui en pratique, a longtemps exclu les zones urbaines des bénéfices de la générosité des contribuables et donateurs danois. Mais l’aide française s’est également inscrite dans cette perspective. Pour partie, ce véritable biais anti-urbain, qui part des meilleures intentions, est l’écho de l’attitude dominante dans les pays riches. Il en a été de même de l’action des organisations internationales. On le voit en ce qui concerne le système des Nations-Unies. Alors qu’on a créé des agences spécialisées dans l’agriculture (FAO), la culture (UNESCO), l’industrie (UNIDO), le commerce (GATT, puis OMC), la santé (OMS), ou l’environnement (PNUE), rien en ce qui concerne l’urbain (Habitat, qui se consacrait au logement en général, y compris et surtout en zone rurale, n’a jamais décollé et a finalement été absorbé par le PNUE). Le poids des prêts au développement urbain a toujours été faible ou très faible dans le portefeuille des grandes banques publiques d’aide au développement. La Banque Mondiale fait en partie, mais en partie seulement, figure d’exception (1). Elle a commencé à réfléchir sur le phénomène urbain dans les années 1970, et à percevoir le rôle positif que pouvaient jouer les villes dans le processus de développement économique. Chaque année l’(influent) "rapport annuel sur le développement dans le monde" traite en profondeur un thème ou une dimension importante du développement. Le rapport de 1978 [date à vérifier] est consacré à l’urbanisation ; celui de 2000 reprend en partie le même thème. La Banque Mondiale a plus, et plus tôt que les autres banques publiques internationales, accordé des prêts à des projets proprement urbains. Mais la Banque Mondiale, en dépit de sa capacité d’initiative propre, est soumise à son conseil d’administration où siègent les représentants des pays membres, eux-mêmes influencés par l’opinion publique de ces pays, et donc par la perception négative de l’urbain. Avec le temps, au fur et a mesure que l’urbanisation progressait et qu’une part croissante — majoritaire dans beaucoup de pays du tiers-monde — de la population vivait dans des villes, ce préjugé anti-urbain s’est un peu atténué. Dans les organisations internationales et dans l’aide bilatérale l’ostracisme qui frappait les projets urbains a diminué. Mais il n’a pas disparu. Et il a sûrement fait beaucoup de dégâts.
(1) Contrairement à ce qu'une première formulation du titre de cette communication a pu laisser croire.
Vincent RENARD: Nous produisons la ville dont nous ne voulons pas
Les politiques publiques qui contribuent aux formes de la production urbaine sont multiples, prises à différents niveaux, de l'Etat aux collectivités locales. Elles peuvent être de nature réglementaire, fiscale, financière, et autres ayant, de manière directe ou indirecte, un impact sur l'évolution des villes. La production urbaine est aussi, et beaucoup plus qu'il y a 50 ans, le fruit des choix individuels des ménages, dont la liberté s'est considérablement accru au cours des dernières decennies. Elle est enfin le produit des acteurs directs de la production, l'ensemble des acteurs de la chaîne de l'aménagement et de la construction, les aménageurs, les lotisseurs, les promoteurs, les géomètres, les notaires, les banques... Depuis une trentaine d'années environ, on peut être frappé, dans plusieurs pays européens, et tout particulièrement en France, par l'écart croissant entre les politiques affichées en matière de production urbaine et les évolutions réelles qui résultent du fonctionnement de cette chaîne de production.
Quelques objectifs consensuels se répandent, mixité sociale, refaire la ville sur la ville, "développement urbain durable", bref cette ville sympathique et conviviale, où il fait bon "faire société", qui réinvente le "vivre ensemble", où chaque ménage est propriétaire d'un logement agréable et spacieux, situé dans un environnement plein de charme, situé bien sûr à proximité d'un transport en commun. On voit pourtant se développer des choses bien différentes, des fractures de tous ordres, coupures, enfermement, fermetures, clôtures... Logement hors de prix, qui contraint à la relégation dans des périphéries improbables. Comment et pourquoi? Serait-ce la volonté d'urbanistes pervers et malfaisants? La disparition d'un véritable "pouvoir d'urbanisme" qui laisse place à la jungle des supposées "lois du marché"? Les effets pervers de règles financières et fiscales conçues dans d'autres logiques que celles de l'aménagement des villes? Notre approche sera celle d'une analyse critique des règles juridiques et économiques qui exercent un impact sur la (dé)formation des villes, qui peut expliquer en partie ce divorce croissant entre ces bonnes volontés urbaines et le développement de nos villes contemporaines.
Laurence REYNAUD: L'homme et la ville vus par Pierre George et Maurice Le Lannou: postures inquiètes
En 1969, Pierre Georges et Maurice Le Lannou participent à l’ouvrage L’homme et la ville dans le monde actuel, édité par le Centre d’Etudes de la Civilisation Contemporaine, sous la direction de Jean Onimus. L’objectif de la communication est tout d’abord de revenir sur les articles qu’ont composé les deux géographes pour cet ouvrage. Nous y trouverons l’expression d’inquiétudes dont les principales sont les dimensions de la ville et son degré de pollution, et l’expression d’une profonde déception face à ce que la ville est devenue. La ville est morte. Les mots sont durs : "Le centre ne peut être offert en holocauste à l’automobile" s’exclame Pierre George, tandis que Maurice Le Lannou intitule son article "La ville-désert" et considère que le désert "c’est celui de l’âme". Au-delà des dénonciations, ce qui nous intéresse c’est la mise en perspective d’une société technicienne et d’une société organique. La ville cristallise cette tension et les deux auteurs, en s’inscrivant dans l’analogie classique ville/corps humain, en appellent clairement à un retour à un état organique. Nous ne nous limiterons pas à ces articles de 1969 et des références à d’autres textes de George et Le Lannou seront faites. Ces deux géographes ont commencé à écrire à peu près en même temps, au milieu des années trente, et ont "couvert" chacun à leur manière les Trentes Glorieuses, époque de grandes mutations urbaines. Lire leur désamour de la ville constituera surtout l’occasion de lire leur attachement pour la ville.
Jean RUEGG: La vidéosurveillance contre la ville?
La présence croissante de caméras dans les lieux que nous fréquentons tous les jours ne susciterait ni inquiétude, ni interrogation particulières. La vidéosurveillance ne serait qu’un nouvel équipement qui, dans l’espace à usage public, ne dérangerait que celles et ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Pourtant, à lire Davis ou Monmonnier, les enjeux de la vidéosurveillance semblent être autres. Elle porterait atteinte à l’urbanité, laquelle suppose une certaine autonomie des acteurs et le respect de libertés fondamentales, comme la liberté de mouvement. En étant mobilisée pour réduire le sentiment d’insécurité, la vidéosurveillance n’est-elle pas foncièrement anti-urbaine? Fondés sur deux études de cas genevoises, notre propos tentera d’apporter une réponse nuancée entre une vidéosurveillance "nouvel équipement public" et une vidéosurveillance archétype de la ville mal-aimée.
Références Bibliographiques :
Davis M. 1998. Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l’imagination du désastre. Paris : Ed. Allia.
Monmonier, M. 2002. Spying with maps: surveillance technologies and the future of privacy. Chicago : The Chicago University Press.
Ruegg J., A. Flückiger, V. November, et F. Klauser. 2006. Vidéosurveillance et risques dans l’espace à usage public: représentations des risques, régulation sociale et liberté de mouvement. Genève : CETEL (publication no 55).
Joëlle SALOMON CAVIN: La ville mal-aimée en Suisse: origine et évolution
La ville, la grande ville surtout, est depuis longtemps la mal-aimée en Suisse. L’origine de cette hostilité a deux causes principales dont l’émergence se situe à la fin du XVIIIe siècle. La première est d’ordre politique; c’est la révolte des campagnes contre les villes dominatrices qui fonde la République helvétique et un système politique organisé pour limiter le pouvoir des grandes cités. La seconde est d’ordre culturel; c’est la construction du mythe des Alpes et plus généralement du mythe suisse qui oppose une nature et une vie rurale idéalisée à une ville malsaine tant moralement que physiquement. Ce mythe va se conforter tout au long du XIXe siècle et servir d’ancrage à la construction de l’identité nationale suisse. La première moitié du XXe siècle marque une sorte d’apogée de l’urbaphobie en Suisse. Durant cette période marquée par des crises économiques et deux guerres, la ville est désignée comme un véritable ennemi intérieur qui stérilise terres et familles.
La pensée aménagiste sera marquée par ce contexte. L’aménagement du territoire à l’échelle nationale, surtout développé à partir des années 1960 mais imaginé dès les années 1940, n’aura de cesse de tenter de limiter la croissance des grandes villes et de favoriser les zones dites périphériques et rurales. Cependant, les années 1990 marquent une sorte de tournant urbain en Suisse durant lequel on voit émerger un discours moins partisan sur l’urbanisation de la Suisse et, ce faisant, sur la nécessité de développer une politique fédérale des villes.
Références Bibliographiques :
Conseil fédéral, 2001, Politique des agglomérations des la Confédération, Berne.
Marchand B, Salomon Cavin J, 2007, Anti-urban ideologies and Planning in France and Switzerland : Jean-Francois Gravier et Armin Meili, Planning Perspectives, 22, pp. 29-53.
Salomon Cavin J, 2005, La ville mal-aimée, PPUR, Lausanne.
Walter F, 1994. La Suisse urbaine, 1750-1950, Zoé, Carouge.
Joëlle SALOMON CAVIN: Les cités-jardins d'Ebenezer Howard: une théorie contre la ville?
L’Angleterre constitue un terrain essentiel de l’étude de l’urbaphobie car elle a été la première société moderne à devenir majoritairement industrielle et urbaine. Les grandes villes ont été le phénomène marquant du XIXe siècle dans ce pays. Cette transformation a été d’autant plus impressionnante et effrayante qu’elle s’est déroulée sur une relativement courte période et pour la première fois au monde. Aussi fut-elle sans doute la première nation où se sont développés des courants anti-urbains de grande ampleur. La littérature anglaise foisonne de textes qui, à l’instar de ceux de Dickens, illustrent l’horreur de la ville industrielle et, à contrario, une vision idyllique du monde rural, telles les œuvres de Jane Austen ou Thomas Hardy. Là plus qu’ailleurs peut-être on peut constater le paradoxe d’une nation fortement urbanisée et industrialisée qui va faire de la campagne le lieu privilégié d’incarnation de l’identité nationale. Première nation urbanisée à grande échelle, l’Angleterre fut aussi celle qui développa les premières théories et pratiques conçues pour gérer un phénomène d’une telle ampleur. Le livre de Ebenezer Howard Tomorrow, a peaceful path to real reform publié pour la première fois en 1898 est à l’origine de la théorie des cités jardins. Il va avoir une influence considérable sur l’urbanisme dans le monde. Le caractère anti-urbain de ce modèle urbanistique ainsi que le caractère pionnier de la pensée anti-urbaine anglaise seront discutés dans le cadre de cette communication.
Références Bibliographiques :
Buller H, 1997, La countryside britannique, un espace symbolique, in Jollivet (ed.),Vers un espace rural post-industriel, L’harmattan, Paris.
King A.D., 1980, Historical patterns of reactions to urbanism : the case of Britain, 1880-1939, International Journal of Urban and Regional Research, 4, pp. 453-467.
Lees A, 1985, Cities perceived. Urban Society in European and American Thought (1820 1840), Manchester Univerity Press, Manchester (USA).
Lowe P, Murdoch J, Cox G, 1995, A civilised retreat ? Anti-urbanism, Rurality and the making of Anglo-centric Culture, in P. Healey et al. (ed.), Managing Cities, The New Urban Context, John Wiley and Sons Ltd, London.
Matless D, 1998, Landscape and Englishness, Reaktions books Ltd, London.
Salomon Cavin J, 2005, La ville mal-aimée, PPUR, Lausanne.
Williams R, 1985, The country and the city, The Hogarth Press, London.
Marc VACHER: Le discours de Jean-Jacques Rousseau sur Paris
De tous les auteurs du XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau est sans doute celui qui tient sur Paris les propos les plus négatifs. S'il garde des villes suissses et savoyardes une réelle nostalgie, il condamne en revanche sans appel la capitale française. Véritable "gouffre de l'espèce humaine", elle corrompt ses enfants en les exposant aux fléaux les plus divers. La prostitution, l'adultère, l'esprit de jouissance, la misère, la licence, l'inégalité constituent quelques-uns de ces maux qui gangrènent Paris et qui infestent l'espace urbain. A la grande ville qui exhibe si crûment sa pathologie, le philosophe oppose la vertueuse Genève dont il se déclare fièrement "le citoyen". Dans l'imaginaire rousseauiste, la cité suisse incarne ce que Paris ne saurait être, la cité républicaine idéale, peuplée d'habitants honnêtes et responsables, foncièrement attachés aux valeurs morales. Tout un pan de l'œuvre de Rousseau s'articule autour de l'opposition Paris/Genève à partir de laquelle le philosophe pense sa critique de la société moderne et élabore sa théorie de l'état de nature.
Pour autant, est-il légitime de réduire le discours de Rousseau sur Paris à ses seules observations acerbes et négatives? La lecture de quelques-uns de ses textes les plus célèbres (Julie ou La Nouvelle Héloîse, l'Emile, Les Confessions, Rousseau juge de Jean-Jacques) montre que le Genevois entretient avec la cité française des liens beaucoup plus ambigus. Résidant à Paris une grande partie de sa vie, c'est là qu'il accède à la célébrité et qu'il rève de l'origine de "l'homme naturel". La capitale qui l'attire et le repousse à la fois est pour lui le lieu d'une expérience unique où s'éprouvent contradictoirement les progrès de l'esprit (elle est la Ville-Lumière) et l'aliénation radicale (elle est le tombeau de l'être social). Le discours de Rousseau sur Paris, parce qu'il condense toutes les contradictions de l'humanité civilisée, révèle l'émergence d'une véritable conscience dialectique. En ce sens il est fondateur d'une réflexion décisive qui influencera une grande partie des penseurs contemporains.
L'Urbaphobie dans le monde: Japon (Modérateur: Augustin BERQUE)
Augustin BERQUE: Méline en japonais: la ville-campagne (Den'en toshi, 1907) ; Masami HAGAI: 130 ans de grande ville au Japon: conflit entre l'Etat et la ville ; Patricia MARMIGNON: Seki Hajime (1873-1935) contre une tradition nippone urbaphobe
Les trois textes sont centrés sur le Japon contemporain, mais ne couvrent pas exactement la même période et n’ont pas le même champ. Celui de Hagai Masami porte sur les politiques d’urbanisme de Meiji à nos jours ; celui de Patricia Marmignon sur un personnage historique, Seki Hajime, qui fut maire d’Osaka ; celui d’Augustin Berque sur un ouvrage publié en 1907, Den’en toshi (La ville-campagne), qui incarne l’idéologie directrice du pouvoir central. Le contexte général est effectivement celui d’une urbaphobie, mais le personnage de Seki contraste avec cette tendance.